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La souveraineté européenne, nouveau moteur d’investissement / Oddo BHF met en avant les « 7 magnifiques » du continent
De Rheinmetall à Thales, de Schneider Electric à ASML, les champions européens de la défense, de l’énergie et de la technologie incarnent le retour de la souveraineté comme priorité stratégique. Mais la reconquête de l’autonomie du continent dépasse largement ces quelques figures emblématiques. Oddo BHF vient de s’y pencher de près dans une étude dense, à travers un panorama des secteurs et des entreprises appelés à tirer parti de ce nouvel élan.
La souveraineté européenne est désormais considérée comme un thème d’investissement à part entière. C’est le constat posé par Thomas Zlowodzki, responsable de la stratégie actions chez Oddo BHF, dans cette publication qui recense 127 valeurs susceptibles de bénéficier des dispositifs publics et privés déployés en Europe. "Trois chocs ont déclenché un réveil européen", écrit Thomas Zlowodzki : la pandémie de Covid-19, le conflit russo-ukrainien et "le retour de Donald Trump, qui a clairement rappelé aux pays de l’OTAN qu’ils devaient prendre en main leur défense".
De la santé à la défense, de l’énergie aux télécommunications, la thématique irrigue désormais les budgets européens et nationaux. Les nouvelles orientations de la Commission, présentées le 16 juillet 2025, prévoient un cadre financier pluriannuel de 2 000 milliards d’euros pour 2028-2034, soit 1,26 % du PIB de l’Union, autour d’un triptyque : souveraineté, durabilité et compétitivité. Ce plan comprend un Fonds européen de compétitivité de 409 milliards, 175 milliards pour Horizon Europe et 131 milliards pour la défense, la sécurité et l’espace, financés par de nouvelles ressources propres à hauteur de 58,5 milliards d’euros par an. Les États membres y ajoutent leurs propres dispositifs : 500 milliards d’euros d’investissements en Allemagne, 54 milliards pour le plan France 2030, 20 milliards pour la société publique espagnole SETT, ou encore la relance du nucléaire en Italie et aux Pays-Bas.
Les grands noms d’une souveraineté qui se structure
Sur cette base, Oddo BHF distingue deux cercles d’entreprises européennes. Le premier, celui des "7 magnifiques", réunit des acteurs qui concentrent la puissance industrielle et technologique du continent : le néerlandais ASML, pierre angulaire mondiale de la gravure de puces ; le suisse Lonza, maillon essentiel de la production pharmaceutique ; l’allemand Rheinmetall, fer de lance de l’industrie de défense européenne ; SAP, champion du logiciel d’entreprise ; Schneider Electric, référence française de l’électrification et de l’automatisation ; Siemens Energy, pivot de la transition énergétique allemande ; et Thales, maître d’œuvre français de l’électronique de défense.
ASML symbolise la maîtrise des semiconducteurs, Lonza celle des biotechnologies, Thales et Rheinmetall incarnent le renouveau des budgets militaires, tandis que Schneider Electric et Siemens Energy s’imposent dans la modernisation des infrastructures et la sécurisation énergétique. Quant à SAP, il porte la souveraineté numérique à travers l’architecture technique souveraine qu’il déploie pour ses clients européens. "Ces sociétés allient masse critique, savoir-faire et positionnement stratégique sur des marchés essentiels à l’autonomie du continent", souligne Thomas Zlowodzki.
Des “étoiles montantes” alignées sur les priorités stratégiques du continent
À ces grands noms s’ajoute une génération d’"étoiles montantes" - vingt valeurs mid et small caps au potentiel élevé et à la croissance déjà visible : Hensoldt, spécialiste allemand de la défense électronique ; Renk, fournisseur de transmissions et de motorisations pour véhicules blindés ; Exosens (ex-Photonis) et Exail Technologies, deux acteurs français de pointe dans l’optronique et les systèmes embarqués ; Elia Group, opérateur belge des réseaux électriques ; Technip Energies, référence française de l’ingénierie énergétique ; Nordex, producteur allemand d’éoliennes ; Vopak, groupe néerlandais de logistique énergétique ; K+S, producteur allemand de potasse ; Grenergy Renovables, développeur espagnol de projets solaires et éoliens ; Sartorius, fabricant allemand d’équipements biopharmaceutiques ; Knorr-Bremse, spécialiste des systèmes de freinage ferroviaires ; SPIE, acteur français des services techniques ; Nexans, expert mondial du câble ; Merlin Properties, foncière espagnole centrée sur les infrastructures ; Sulzer, groupe suisse d’ingénierie industrielle ; Vossloh, fabricant allemand d’équipements ferroviaires ; Frequentis, société autrichienne de systèmes de communication critiques ; BE Semiconductor Industries, acteur néerlandais des équipements pour semiconducteurs ; et adesso, société allemande de conseil et de services numériques.
Ces entreprises, selon Oddo BHF, bénéficient "d’un alignement inédit entre besoin stratégique, soutien public et visibilité de croissance".
L’étude regroupe ces opportunités autour de cinq grands piliers d’investissement. La défense, d’abord, où l’Europe doit compenser le désengagement américain. Les budgets devraient atteindre 3 % du PIB de l’Union d’ici 2030, dont 40 % consacrés à l’investissement. L’effort portera sur les systèmes d’artillerie, les drones, la guerre électronique et la cybersécurité. Le financement combine assouplissement du pacte de stabilité, Fonds européen de défense et programmes de la BEI. Oddo BHF anticipe une "reconquête de parts de marché" par les industriels européens, de 25 % aujourd’hui à 40 % d’ici 2030, au bénéfice notamment de Thales, Rheinmetall, Hensoldt, Renk, Exosens, Exail Technologies et Airbus.
Une Europe qui investit dans sa sécurité numérique et énergétique
Le deuxième axe concerne la souveraineté technologique et numérique. L’Union veut réduire sa dépendance au cloud et aux infrastructures satellitaires américaines. Les investissements se concentrent sur la constellation IRIS², dotée de 10,6 milliards d’euros dont 6,6 milliards de fonds publics, sur la recapitalisation d’Eutelsat, opérateur français de satellites, sur les projets de cloud souverain menés par OVH Cloud et IONOS, ainsi que sur les AI Gigafactories, pour lesquelles la Commission envisage un financement de 20 milliards. Des groupes tels qu’Airbus et Thales, présents à la fois dans l’aéronautique et la cybersécurité, Leonardo, industriel italien majeur de la défense et de l’électronique, SES, acteur luxembourgeois des communications satellitaires, Deutsche Telekom, pilier des télécoms européens, ou encore les scandinaves Nokia et Ericsson, leaders historiques des infrastructures de réseau, figurent parmi les bénéficiaires potentiels de cette stratégie technologique.
Troisième pilier : la souveraineté énergétique et en matières premières, où l’Europe s’appuie sur le European Chips Act, fort de 43 milliards d’euros d’investissements publics et privés d’ici 2030, ainsi que sur les plans nationaux de France, d’Italie et d’Allemagne pour sécuriser ses approvisionnements, relancer le nucléaire et développer l’hydrogène vert. Oddo BHF cite Technip Energies, reconnu pour son expertise dans l’ingénierie énergétique et les projets d’hydrogène, Siemens Energy, acteur central de la production et du transport d’électricité, Vopak, spécialiste néerlandais du stockage et de la logistique d’énergie, K+S, groupe allemand de chimie et d’engrais, Nordex et Grenergy Renovables, moteurs européens des énergies renouvelables, ainsi que Sulzer, industriel suisse réputé pour ses technologies de procédés, parmi les acteurs clés de cette transition.
Des réseaux aux biotechnologies
Viennent ensuite les infrastructures industrielles et la construction, avec des investissements massifs préparés dans les réseaux de transport et d’énergie. En Allemagne, un fonds spécial de 500 milliards d’euros sera déployé sur douze ans, et la France a intégré la modernisation des infrastructures dans le plan France 2030. Oddo BHF identifie Schneider Electric, SPIE, Nexans, Knorr-Bremse, Vossloh et Bouygues comme principaux bénéficiaires.
Le dernier axe porte sur la sécurité sanitaire et alimentaire, qui prolonge les enseignements du Covid-19. En France, huit projets de relocalisation de molécules stratégiques ont déjà été soutenus à hauteur de 160 millions d’euros via France 2030. L’Europe, de son côté, renforce le soutien à la recherche à travers Horizon Europe et la PAC. Les groupes Lonza, Sartorius, Dermapharm et Sanofi sont placés parmi les principaux bénéficiaires de cette dynamique. Pour Thomas Zlowodzki, la tendance est désormais irréversible : "Le financement de la souveraineté européenne reposera sur une articulation nouvelle entre budget communautaire, plans nationaux et capitaux privés." Une architecture qui, selon lui, "donne naissance à un véritable écosystème d’investissement, où la technologie, l’énergie et la résilience deviennent les piliers d’un nouveau modèle de puissance européenne."
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