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JPMorgan conjugue puissance et vigilance / Jamie Dimon pointe les risques d’un crédit non bancaire en pleine expansion
"Nos clients et nos métiers se portent bien, mais le monde reste plein d’incertitudes." Ce discours de prudence de la part de Jamie Dimon ne surprendra personne. Là où d’autres se féliciteraient d’un bénéfice net de 14,4 milliards de dollars et d’une rentabilité à 20 %, le patron de JPMorgan a également tenu à rappeler les risques : inflation persistante, prix d’actifs élevés, tensions géopolitiques.
Pour le patron de la première banque américaine, chaque présentation de résultats dépasse le simple commentaire de conjoncture. C’est une réflexion sur la résilience et le temps long, où la solidité se juge moins à la performance d’un trimestre qu’à la capacité de traverser les cycles.
La prudence du discours n’en atténue pas les résultats : JPMorgan a aligné Main Street et Wall Street au troisième trimestre. Ses revenus ont progressé de 9 % à 47,1 milliards de dollars, pour un bénéfice net de 14,4 milliards et un retour sur capital tangible de 20 %. Les marchés ont signé un trimestre nourri, la banque d’investissement a repris des couleurs et la consommation est restée robuste. De quoi ouvrir la saison américaine sur une performance supérieure aux attentes, sans dépendre d’un seul moteur.
Une dynamique portée par tous les métiers
Dans la banque de détail, les clients et les petites entreprises "restent solides", a souligné Jeremy Barnum, le directeur financier, lors de la conférence téléphonique avec les analystes, rappelant que "les faits actuels côté consommateur sont les suivants : le consommateur est résilient, les dépenses sont soutenues et les taux de délinquance ressortent en dessous des attentes". Les encours de cartes de crédit ont continué d’augmenter, soutenant la marge d’intérêt malgré la baisse des taux. JPMorgan revendique par ailleurs sa cinquième année consécutive de leadership sur le marché des dépôts, tandis que sa carte Sapphire a connu "la meilleure année de nouvelles ouvertures de comptes de son histoire".
Dans les activités de marché, la banque a profité du redémarrage des marchés de capitaux et de la vigueur du trading. Le pôle CIB a dégagé un bénéfice net de 6,9 milliards de dollars, porté par une hausse de 19 % des revenus. Les commissions de banque d’investissement ont progressé de 16 %, les activités de marchés de 25 %. Une dynamique entretenue par la reprise du M&A et une demande accrue en produits de couverture dans un environnement de volatilité persistante.
Le crédit non bancaire dans le viseur
Les pertes sur crédit, en revanche, se sont élevées à 3,4 milliards de dollars, leur plus haut niveau depuis 2020. Le groupe a notamment dû passer 170 millions de dollars de charges liées à un cas de fraude sur un prêt à Tricolor, un acteur non bancaire. Cet épisode a ravivé chez les analystes une interrogation plus large : jusqu’où JPMorgan est-elle exposée aux contreparties non bancaires, et ce type de crédit pourrait-il devenir un foyer de risque systémique ?
Face aux analystes, Jamie Dimon a cherché à relativiser ce risque tout en admettant certaines zones d’ombre. Selon lui, le vaste univers des non-bank financial institutions (NBFI) – fonds de dette privée, CLOs, sociétés de financement spécialisées, fonds de private equity – recouvre des acteurs très divers, dont les standards de crédit sont "hétérogènes et parfois opaques". "Nous avons connu une période de crédit très bénigne depuis longtemps ; lors du prochain ralentissement, certains segments pourraient se détériorer davantage que ce que le marché anticipe", a-t-il averti. Une mise en garde adressée à l’ensemble du secteur, à un moment où le crédit privé est devenu un pilier du financement hors banques.
Des revenus d’intérêts toujours porteurs
Sur le plan macroéconomique, Dimon affiche son pragmatisme légendaire : l’économie américaine "reste solide", a-t-il dit, mais "rien ne garantit que cela dure". S’il juge l’impact des droits de douane "moins fort qu’attendu", il estime que les incertitudes commerciales, la lente érosion du marché du travail et le risque d’une inflation tenace continueront de peser sur la visibilité.
Il n’en demeure pas moins que JPMorgan aborde la fin d’année avec une position de force : un ratio de fonds propres CET1 de 14,8 %, une collecte soutenue et un moteur de croissance diversifié entre taux, marchés et services. La banque prévoit pour le quatrième trimestre un produit net d’intérêt autour de 25 milliards de dollars et des charges totales de 24,5 milliards. L’ensemble dessine une trajectoire solide, mais sans excès d’optimisme.
Comme souvent avec Jamie Dimon, la conclusion prend la forme d’un avertissement lucide. "Nous pensons être prudents, mais il faut rappeler que nous sortons d’un long marché haussier. Les prix des actifs sont élevés, et beaucoup de fragilités ne se révèlent qu’au moment d’un retournement", a-t-il observé, s’agissant des risques cachés du crédit non bancaire. Une façon d’avertir que la solidité du système financier se juge moins à ses profits qu’à sa résistance face aux tensions du cycle.
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