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L’amélioration des délais de paiement, un trompe-l’œil ? / François Villeroy de Galhau relève trois points de vigilance

Des délais clients qui se réduisent et de même du côté des délais fournisseurs : en 2024, les entreprises françaises ont, en moyenne, amélioré leurs comportements de paiement. Pour autant, la tendance ne semble pas être inscrite dans le marbre, tandis que les disparités restent établies entre les sociétés, en fonction de leurs tailles. Et la sphère publique n’apparaît pas non plus exemplaire. Le tout se réalisant aux dépens des petites et moyennes entreprises.
 (Photo by Henrique Campos / Hans Lucas via AFP)
(Photo by Henrique Campos / Hans Lucas via AFP)

Les entreprises françaises semblent, en moyenne, être engagées sur une tendance d’amélioration de leurs comportements de paiement. En 2024, les délais (à différencier des retards) dans lesquels elles ont été payées par leurs clients ont de nouveau diminué, à hauteur d’un jour et demi de chiffre d’affaires plus précisément, détaille l’étude annuelle à ce propos réalisée par la Banque de France et publiée ce matin à l’occasion des Assises des délais de paiement. D’un autre côté, après une année 2023 de stagnation, ceux pris pour régler leurs fournisseurs se sont également réduits dans la même proportion, à 1,5 jour d’achat. Un ensemble fait de certaines améliorations, qui ne masquent pour autant pas certains contrastes et points de vigilance, a expliqué vendredi le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, lors de l’évènement.

Retenu à Washington par les assemblées annuelles du Fonds monétaire international, il a tout d’abord indiqué lors de son intervention, retransmise à distance : "Selon certaines indications, le premier semestre de 2025 aurait marqué un arrêt de l’amélioration, voire une dégradation". Deuxièmement, a-t-il poursuivi, cette légère amélioration reste une moyenne. En réalité, elle contient de fortes divergences ou dégradation dans certains segments d’entreprises. "La réduction moyenne des délais de paiement provient essentiellement des entreprises dont les délais étaient déjà les plus courts, alors que la situation se dégrade encore pour les plus mauvais payeurs, au premier rang desquels il y a les grandes entreprises", a regretté François Villeroy de Galhau.

Résultat : la chaîne de paiement se déséquilibre, puisqu’elles ont tendance à profiter ainsi de la réduction des délais de leurs clients (avec une baisse de près 3 jours), tout en ne réduisant pas leurs délais vis-à-vis de leurs fournisseurs. Ils ont augmenté de 0,8 jour en 2024, pour atteindre 65,5 jours d’achat. La moyenne pour l’ensemble des entreprises est de 49,7 jours d’achat. "Cet écart de tendance entre les côtés actif et passif du crédit interentreprises des grandes entreprises entraîne une baisse significative du solde commercial en leur faveur. En 2024, elles financent ainsi presque intégralement les délais qu’elles accordent à leurs clients grâce aux délais qu’elles obtiennent de leurs fournisseurs", observe l’étude de la Direction des Entreprises de la Banque de France.

 

Un écart marqué

 

D’autant que les grandes entreprises ont, par ailleurs, été moins d’une sur deux à régler leurs fournisseurs sans retard. Une situation qui tranche avec celle des microentreprises, par exemple, dont une part de 84 % règle ses fournisseurs en temps et en heure, tout comme 71 % des PME, retranchées des premières. Ces retards accumulés de paiement, dans l’ensemble, ont généré un déficit de trésorerie de 13 milliards d’euros pour les TPE et PME françaises à fin 2024, d’après l’étude.

"Cette situation n’est pas acceptable, nous devons agir", a alerté François Villeroy de Galhau, se félicitant que la proposition qu’il avait émise l’année dernière, lors du même événement, de déplafonner les sanctions découlant des retards pour les exprimer en pourcentage du chiffre d’affaires, et les rendre ainsi plus incitatives, fasse désormais son chemin. Elle a été reprise dans le rapport du Médiateur national du crédit et du Médiateur des entreprises, et suscite également l’intérêt des parlementaires. "C’est une réforme simple, mais impérative", a-t-il ajouté. Pour mémoire, depuis trois ans, la Banque de France prend aussi les comportements de paiement en compte dans son système de cotation des entreprises. Et sur les huit premiers mois de l’année, 500 d’entre elles ont été dégradées de ce fait, sachant que 206 de ces décisions concernaient de nouvelles entreprises.

Troisième point de vigilance, pour le gouverneur de la Banque de France : le manque d’exemplarité de la sphère publique. "La situation est, là aussi, hétérogène. L’État, en moyenne, est du côté des bons payeurs, avec une situation qui continue de s’améliorer et un délai de paiement contenu à 14,2 jours", a indiqué François Villeroy de Galhau. Moins bons, les délais s’améliorent toutefois également dans les collectivités territoriales, passant de 20,9 jours en 2023 à 19,7 jours en 2024. En revanche, ils tendent à s’allonger avec la taille de la collectivité, tandis que de fortes disparités territoriales sont aussi à souligner. "Le plus préoccupant reste la situation des établissements publics de santé", a pointé le gouverneur de la Banque de France, avec des délais de paiement représentant en moyenne 63,4 jours. Soit plus du double du plafond légal. "Les administrations, de toute nature, doivent être exemplaires. Nous devons soutenir et valoriser les bonnes pratiques", a relevé François Villeroy de Galhau.

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