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Renault / François Provost
Renault garde la tête froide dans la course électrique / En ligne de mire, le futur plan stratégique de 2026
Renault a changé de visage pendant l’été, mais n’a pas changé de boussole. À la manœuvre depuis fin juillet, François Provost signait sa première publication trimestrielle, même si c’est son directeur financier, Duncan Minto, qui répondait jeudi aux questions des analystes. "Nous confirmons nos perspectives 2025", a-t-il martelé jeudi lors de la conférence de présentation des chiffres d’activité, après un troisième trimestre en progression et sans surprise majeure, dans la ligne d’un groupe qui préfère défendre la valeur plutôt que courir les volumes.
Le chiffre d’affaires a atteint 11,4 milliards d’euros, en hausse de 6,8 % (+8,5 % à taux de change constants), dont 9,8 milliards pour l’Automobile (+5 %). Les vents contraires de change ont amputé de 1,8 point la dynamique, mais les volumes (+3,2 points) et un mix encore positif (+0,9 point) ont fait le travail, tandis que les ventes aux partenaires ont apporté +1,6 point. Les stocks restent sous contrôle à 538 000 véhicules fin septembre, avec la promesse d’un restockage du réseau plus modeste qu’en 2024 au quatrième trimestre.
Une dynamique commerciale toujours soutenue
Dans le détail, la trajectoire commerciale demeure robuste : immatriculations mondiales en hausse de 9,8 % à 529 486 unités au troisième trimestre, avec une avance en Europe sur un marché pourtant tendu. La marque Renault progresse de 6,6 % sur la période, portée par les véhicules particuliers, quand les utilitaires restent en retrait mais se redressent séquentiellement. Dacia accélère (+16,2 %, Bigster s’installe) et Alpine change d’échelle avec l’arrivée de l’A290. Surtout, l’électrification avance : plus de 20 % des ventes de la marque Renault sont désormais électriques, et les hybrides représentent 37,9 % de ses volumes ; chez Dacia, l’hybride pèse déjà près de 21 %.
Côté carnet, l’ordre de marche reste solide : prises de commandes en "forte croissance à un chiffre" en Europe, carnet ramené à 1,6 mois essentiellement parce que les ventes attendues au quatrième trimestre sont élevées. Ainsi, la trajectoire du second semestre reste atteignable, avec une amélioration séquentielle des marges portée par les volumes, la montée en puissance des lancements et un contrôle accru des coûts sous la nouvelle direction, note le cabinet Oddo BHF.
Rentabilité sous contrôle, discipline inchangée
C’est là que se joue l’essentiel : la capacité de Renault à préserver sa rentabilité alors que la concurrence tire les prix vers le bas sur le thermique et que l’électrique reste, pour l’heure, moins profitable. Le discours de Minto est clair : "Nous continuerons à nous concentrer sur le point mort, la réduction des coûts… et les coûts variables progressent aussi." L’objectif d’amélioration de 400 euros par véhicule sur l’année est confirmé pour le second semestre, avec une intensification des actions sur les coûts fixes pour compenser un pricing moins favorable et des coûts de garantie exceptionnellement plus élevés au troisième trimestre.
Sur le cash, la feuille de route est maintenue à 1,0 à 1,5 milliard d’euros en 2025, après l’abaissement de juillet consécutif au départ de Luca de Meo. La variabilité tient d’abord au besoin en fonds de roulement : "Le free cash-flow évolue entre une borne basse et une borne haute ; la variabilité vient surtout du besoin en fonds de roulement. Après − 900 millions d’euros au premier semestre, une bonne partie devrait se résorber d’ici la fin de l’année", précise le directeur financier, en rappelant qu’il ne s’agit pas de forcer le déstockage en fin d’année. Le pilotage des cadences et la rigueur dans la facturation de fin d’année doivent faire le reste.
Une trajectoire clarifiée avant la prochaine étape
Le trimestre n’apporte pas de rupture, mais un cap qui se précise : recentrer l’effort sur les métiers cœur, accélérer hors d’Europe, sécuriser la compétitivité électrique par la baisse des coûts batterie et des plateformes, et contenir strictement les dépenses d’investissement et de R&D. En évoquant la feuille de route que Renault doit dévoiler au premier trimestre 2026, Duncan Minto en précise la philosophie : "Ce sera un plan de transformation à part entière, avec le contrôle du CapEx et de la R&D — nous ne dépasserons pas 8 % —, focalisé sur le core business et la croissance hors d’Europe." Le rendez-vous est pris pour début 2026. Entre-temps, la séquence commerciale de fin d’année s’annonce dense : Renault Boreal, Kwid E-Tech, Alpine A390 et la nouvelle Clio doivent nourrir le mix et conforter l’hypothèse d’un quatrième trimestre mieux orienté qu’un troisième encore pénalisé par un effet de base élevé.
Le marché est resté prudent : l’action Renault a reculé de 3 % jeudi, à 34,24 euros, malgré la confirmation des objectifs annuels.
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