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Crédit Agricole SA
Crédit Agricole au rendez-vous des chiffres, le marché attend davantage sur la stratégie / Cap sur la journée investisseurs du 18 novembre
Pour sa deuxième présentation de résultats depuis son arrivée à la tête de Crédit Agricole S.A., Olivier Gavalda avait de solides arguments à faire valoir. Le résultat net part du groupe ressort à 1,836 milliard d’euros au troisième trimestre 2025, en progression de 10,2 % sur un an. Sur neuf mois, il dépasse déjà les 6 milliards d’euros, soit le niveau visé dans le plan moyen terme 2022-2025. "Six milliards d'euros, c'est l'objectif qu'on avait affiché dans notre PMT 2022-2025, donc atteint à la fin du troisième trimestre", a-t-il souligné lors de la conférence de présentation.
Cette performance traduit une activité soutenue dans l’ensemble des métiers, avec des revenus en hausse de 5,6 % à 6,85 milliards d’euros, un coût du risque contenu à 489 millions et un coefficient d’exploitation stable à 56 %. "On constate sur ce trimestre une marge d'intérêt qui recommence sa croissance après deux à trois ans de décroissance assez importante liée à la hausse des taux", a ajouté le directeur général, considérant que cette reprise traduit une normalisation du modèle bancaire, après deux ans où la hausse des taux avait comprimé les marges en alourdissant le coût des dépôts.
Des fondamentaux toujours impeccables
Le groupe affiche par ailleurs des ratios de solidité toujours parmi les plus élevés d’Europe, avec un CET1 à 11,7 % pour Crédit Agricole S.A. et 17,6 % pour le groupe consolidé, ainsi qu’un coussin de liquidité de près de 500 milliards d’euros. La qualité d’actif demeure exemplaire : un coût du risque limité à 27 points de base sur quatre trimestres glissants et un taux de couverture des créances douteuses de 83 % témoignent d’un profil prudent, encore renforcé depuis le début de l’année.
"L’activité est restée soutenue dans toutes les lignes", a confirmé Clotilde Langevin, directrice financière. La conquête de clientèle reste à un niveau inédit, avec 522 000 nouveaux clients sur le trimestre et 1,5 million depuis janvier. En France, la production de crédits habitat a rebondi de 18 % sur un an, tandis que celle aux entreprises progresse de 14 %. Dans les services financiers spécialisés, les encours de crédit à la consommation atteignent 122 milliards d’euros, en hausse de 4,5 %, portés à parts égales par les segments traditionnels et automobiles. La banque de financement et d’investissement signe un trimestre de haut niveau et un record sur neuf mois, soutenue par les financements structurés et les activités de marché. "Nous avons enregistré un fort dynamisme sur les marchés primaires et sur les financements d’acquisitions, en particulier dans les énergies renouvelables", a précisé Clotilde Langevin. Dans la gestion d’actifs, la collecte nette s’élève à 15 milliards d’euros, tirée par les produits moyen-long terme, tandis que l’assurance maintient un chiffre d’affaires de haut niveau sur l’ensemble des segments.
Des investisseurs exigeants
Malgré la qualité d’ensemble, l’accueil des investisseurs était mitigé jeudi : l’action Crédit Agricole S.A. cédait 3,5 % à 15,7 euros en fin de matinée. La Bourse se montrait surtout exigeante à l’annonce d’un résultat d’exploitation de 2,524 milliards d’euros, soit 1 % en dessous des attentes, principalement du fait de coûts ponctuels. "Les écarts les plus importants s’expliquent par un consensus qui ne semble pas avoir pris en compte des facteurs tels que les coûts de restructuration et l'opération de rachat de capital de Victory au sein de la division Gestion d’actifs", notent les analystes d'UBS. Le marché reste par ailleurs en attente de précisions avant la Journée Investisseurs du 18 novembre, où plusieurs axes stratégiques doivent être détaillés.
Interrogé sur la position du groupe en Italie et l’avenir de sa participation dans Banco BPM, Olivier Gavalda a livré une réponse prudente : "L’Italie représente environ 15 % de nos revenus, et Banco BPM est un partenaire clé dans plusieurs domaines, notamment l’assurance et le crédit à la consommation. Nous restons attentifs et ouverts aux différents scénarios, mais je n’ai pas de commentaire particulier de M&A." Une formulation qui confirme l’importance du marché italien dans la stratégie du groupe, sans lever les interrogations sur ses intentions à moyen terme.
Même retenue sur les partenariats d’Amundi. Le dirigeant a rappelé que l’accord avec UniCredit court jusqu’à mi-2027 et qu’aucune notification d’arrêt n’a été reçue. "Même en cas de non-renouvellement, Amundi a atteint une taille critique qui lui permettrait d’absorber sans difficulté la fin d’un partenariat", a-t-il assuré. Valérie Baudson a pour sa part confirmé que l’accord avec Société Générale demeure en vigueur jusqu’à fin 2025 et que la coopération se poursuit dans un climat de confiance.
Note française, surtaxe et feuille de route à venir
Pour revenir à la France, les dirigeants ont tenu à relativiser l’impact de la dégradation récente de la note souveraine et de la possible reconduction de la surtaxe sur les grandes entreprises. "Il n’y a aucun effet sur notre programme de refinancement, déjà bouclé pour 2025 et même légèrement en avance sur 2026", a indiqué Olivier Gavalda. "Les titres d’État français que nous détenons sont comptabilisés au coût amorti ; il n’y a donc pas d’impact comptable immédiat." Il a toutefois reconnu que le contexte fiscal faisait partie des éléments de vigilance : "Nous espérons naturellement que la surtaxe restera une mesure temporaire."
Jérôme Grivet, directeur général délégué, a abondé : "Il n’y a pas d’effet mécanique sur la notation du groupe, ni d’effet significatif sur notre coût de refinancement." Selon lui, l’impact potentiel se limiterait à "un effet de troisième ou quatrième ordre sur la valeur du collatéral éligible à la BCE", le véritable enjeu résidant dans la trajectoire économique globale.
Si la dégradation de la note française et la surtaxe exceptionnelle ne constituent pas à ce stade des sources d’inquiétude majeures, le marché attend désormais du 18 novembre qu’il apporte des réponses sur les grands sujets stratégiques du moment : la trajectoire d’Amundi, l’avenir du partenariat avec UniCredit, la place de Banco BPM dans le dispositif italien et, plus largement, les priorités d’allocation du capital du groupe.
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