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La Sfil entre dans l’ère nucléaire / Un cap décisif franchi avec le projet britannique Sizewell
"Nous sommes très heureux et très fiers de contribuer de manière significative au financement de ce grand projet d’infrastructure." Philippe Mills, directeur général de la Sfil, ne cachait pas sa satisfaction mercredi. Avec Sizewell C, projet de construction de deux réacteurs EPR au Royaume-Uni dont le montage a mobilisé de nombreux acteurs publics et privés de premier plan, la Sfil vient de franchir une étape décisive en signant sa première opération nucléaire.
Officialisée le 4 novembre, cette participation fait de l’établissement public le principal prêteur du crédit export lié à Sizewell C, avec "une part supérieure au milliard d’euros", indique à WanSquare Philippe Mills, "soit un peu plus de 20 % du total."
La tranche de crédit export du projet s’élève à environ cinq milliards de livres, au sein d’un investissement global estimé à 38 milliards. Le rôle de la Sfil s’inscrit donc dans un dispositif de financement d’envergure, destiné à sécuriser un actif stratégique du mix énergétique britannique.
Un projet fondateur pour l’engagement climatique de la banque publique
Sizewell C doit mettre en service 3,2 gigawatts, de quoi alimenter environ six millions de foyers et réduire les émissions de CO₂ de neuf millions de tonnes par an. "Même si notre part reste modeste à l’échelle du projet, c’est celui dont la contribution unitaire à la réduction des émissions de gaz à effet de serre est la plus forte parmi tous ceux que nous avons pu financer." souligne Philippe Mills, rappelant que la Sfil a clairement défini un cap stratégique en faveur de la transition écologique dans l’ensemble de ses financements.
Or, aussi exceptionnelle soit-elle, Sizewell C ne devrait pas rester un coup isolé. "Ce n’est pas une opération ponctuelle ; c’est, au contraire, la première – et nous l’espérons, la première d’une longue série." insiste le directeur général. Le pipeline est désormais explicite : "D’ici cinq ans, nous prévoyons un peu plus de 4 milliards d’euros de financements dans le nucléaire, ce qui en ferait notre deuxième secteur après la défense."
L’ouverture du champ d’action de la Sfil dépasse d’ailleurs le seul cadre britannique. Philippe Mills décrit un environnement européen redevenu favorable au nucléaire, propice à l’émergence de nouveaux projets dans lesquels la banque pourrait être amenée à intervenir. "Nous sommes ouverts à tout autre type de projet nucléaire," précise-t-il, soulignant que les opportunités à venir ne se limiteront pas au format des grands EPR. Dans plusieurs pays, les études de faisabilité avancent rapidement : Pologne, République tchèque, Pays-Bas, Suède, Belgique, voire Italie. "Une grande majorité de pays européens sont redevenus favorables au nucléaire," constate-t-il, un contexte qui redonne une légitimité à l’expertise française.
De l’EPR aux SMR, la Sfil s’ouvre de nouvelles perspectives
Les futurs montages pourraient aussi prendre des configurations différentes : "Il peut y avoir des projets où EDF ne joue pas le rôle d’intégrateur, mais où une de ses composantes peut être un fournisseur important du schéma global," explique Philippe Mills, évoquant notamment les turbines Arabelle reprises par EDF à General Electric. Dans ce cas, la Sfil financerait non plus l’ensemble d’un projet clé en main, mais des segments technologiques portés par les industriels français.
Le dirigeant évoque aussi la piste émergente des petits réacteurs modulaires (SMR), encore en développement mais déjà identifiés comme un futur levier de financement. "Dès lors que l’industrie française engagera la production de SMR, la Sfil examinera avec intérêt les opportunités de financement correspondantes." La taille des investissements – de l’ordre de plusieurs dizaines de millions d’euros par tranche – correspond en effet au seuil d’intervention naturel de la Sfil.
Un rôle pivot dans les filières stratégiques françaises
La ligne directrice, revendiquée, est celle de la souveraineté économique. "Nous n’avons pas attendu que le nucléaire ou la défense redeviennent à la mode pour nous positionner : la Sfil est, par nature, un outil de souveraineté – à la fois industrielle et stratégique." rappelle Philippe Mills.
La concrétisation de l’opération britannique rappelle la lente maturation de ce type de dossiers. "Nous sommes impliqués dans la discussion sur Sizewell depuis le début, et cela fait quatre ans que les échanges se poursuivent entre les deux pays et entre les deux gouvernements", confie le directeur général.
Cette patience s’appuie sur une expérience déjà bien ancrée dans un autre secteur stratégique : la défense. Depuis 2018, la Sfil s’est imposée comme un acteur clé du crédit export dans ce domaine, avec neuf opérations réalisées pour un montant total de 10 milliards d’euros – soit près de la moitié des 21 milliards de financements qu’elle a engagés au titre de 35 contrats conclus depuis sa création. Une trajectoire qui illustre la montée en puissance d’un outil désormais incontournable dans le soutien aux exportations françaises à haute valeur industrielle.
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