WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche

Macro-économie / Taux

Macro-économie / Taux

IA : la Bundesbank se méfie des retombées pour la stabilité financière / Entre promesses d’efficacité et risques systémiques

Dans son dernier rapport sur la stabilité financière, la Banque centrale allemande met en garde contre les conséquences encore incertaines de l’essor de l’intelligence artificielle dans le secteur financier. Si l’IA promet des gains d’efficacité et une meilleure gestion des risques, elle pourrait aussi accroître la volatilité et concentrer le pouvoir entre quelques acteurs dominants.
Joachim Nagel, président de la Bundesbank - SOEREN STACHE / dpa Picture-Alliance via AFP
Joachim Nagel, président de la Bundesbank - SOEREN STACHE / dpa Picture-Alliance via AFP

L’intelligence artificielle s’impose dans la finance, mais la Bundesbank redoute qu’elle ne devienne un facteur d’instabilité. Selon la Banque centrale allemande, l’intelligence artificielle (IA) transforme déjà en profondeur le système financier. En 2025, près de 44 % des entreprises allemandes utilisaient des technologies d’IA, contre seulement 26 % un an plus tôt. Dans le secteur financier et assurantiel, ce taux atteint même 54 %. Pourtant, la Bundesbank souligne que ces outils restent majoritairement cantonnés à des fonctions de soutien – comme la détection de fraude, les chatbots ou la génération automatique de textes – et ne sont encore que marginalement employés pour des activités centrales comme l’octroi de crédit ou la gestion des portefeuilles.

Mais cette situation pourrait évoluer rapidement. Dans son rapport sur la stabilité financière, elle prévient que, si les établissements venaient à confier à des modèles d’IA des décisions clés en matière de prêts ou d’investissements, les risques augmenteraient. Des modèles entraînés sur des données similaires pourraient provoquer un comportement mimétique, amplifiant les cycles d’euphorie ou de panique sur les marchés. À l’inverse, une utilisation maîtrisée pourrait aussi améliorer la tarification des risques et la résilience des institutions.

La Bundesbank rappelle que la régulation européenne - via le AI Act et le RGPD - encadre déjà l’autonomie de ces systèmes, notamment pour les décisions ayant un impact sur les individus. Mais elle insiste sur la nécessité d’un suivi macroprudentiel accru : l’IA, tout en étant un outil de surveillance potentiellement précieux, doit elle-même faire l’objet d’une supervision rigoureuse.

Le rapport met également en lumière les risques de concentration liés à la dépendance envers un petit nombre de fournisseurs de technologies d’IA. Si le coût d’accès reste élevé, seuls quelques grands intermédiaires financiers pourraient tirer parti de ces innovations, renforçant ainsi leur position sur le marché.

Enfin, les économistes de l'institut d'émission rappellent que les effets de l’IA dépassent le seul cadre du secteur financier. En bouleversant les modèles économiques et les marchés du travail, cette révolution technologique pourrait modifier la dynamique du crédit et des risques macroéconomiques. Les prévisions sur son impact réel - qu’il s’agisse de croissance, d’emploi ou de taux d’intérêt - demeurent, à ce stade, hautement incertaines.

La Bundesbank plaide pour une coopération internationale renforcée sur la question, notamment au sein du Financial Stability Board (FSB), afin d’anticiper les conséquences de cette technologie.

Vous souhaitez réagir à cet article ou apporter une précision ?
Commentez cet article