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L’arbitrage belge de BNP Paribas / Une opération d'assurance à double détente

En cédant sa participation dans AG Insurance tout en renouvelant son partenariat de bancassurance avec Ageas, BNP Paribas transforme un actif industriel en capital, en liquidité et en résultat récurrent. Une opération très alignée avec sa trajectoire de renforcement du ratio CET1 à l’horizon 2027.
BNP Paribas et Ageas redessinent leur partenariat d’assurance (Photo by NICOLAS MAETERLINCK / BELGA MAG / Belga via AFP)
BNP Paribas et Ageas redessinent leur partenariat d’assurance (Photo by NICOLAS MAETERLINCK / BELGA MAG / Belga via AFP)

BNP Paribas traverse un hiver décidément dense sur le front stratégique. Après avoir bouclé en octobre l’acquisition des activités de banque privée de HSBC en Allemagne, puis relevé fin novembre son objectif de ratio CET1 à 13 % à l’horizon 2027, la banque de la rue d’Antin annonce à présent un mouvement structurant en Belgique. Le groupe a signé le 7 décembre un accord avec l’assureur belge Ageas, prévoyant à la fois la cession de sa participation de 25 % dans AG Insurance et la formalisation d’un partenariat de long terme en bancassurance entre AG Insurance et BNP Paribas Fortis.

L’opération combine un désengagement capitalistique et un réinvestissement ciblé. D’un côté, BNP Paribas Fortis cède à Ageas l’intégralité de sa participation dans AG Insurance pour un montant de 1,9 milliard d’euros, ce qui permet à l’assureur belge de reprendre la pleine propriété de son principal actif sur son marché domestique. De l’autre, BNP Paribas Cardif investira 1,1 milliard d’euros dans Ageas à l’occasion d’une augmentation de capital réalisée sur la base d’un prix de 60 euros par action. À l’issue de l’opération, Cardif porterait ainsi sa participation de 14,9 % à 22,5 % du capital, confortant le statut de BNP Paribas comme actionnaire de long terme d’Ageas, sans en remettre en cause l’autonomie stratégique.

 

Une alliance industrielle renforcée en Belgique

 

Sur le plan industriel, le cœur de l’accord réside donc dans le renouvellement exclusif du partenariat de bancassurance en Belgique entre AG Insurance et BNP Paribas Fortis. Le dispositif couvre l’épargne, la protection et l’assurance dommage, avec une ambition clairement affichée d’accélération, notamment dans les outils numériques. À cela s’ajoute un second pilier, plus discret mais tout aussi stratégique, avec la mise en place d’un partenariat de long terme entre Ageas et BNP Paribas Asset Management pour les investissements sur certaines classes d’actifs. Ce volet s’inscrit dans le cadre de la nouvelle plateforme de gestion d’actifs issue du rapprochement récent entre BNP Paribas AM et AXA IM, que le groupe entend désormais positionner comme un outil clé auprès des assureurs et fonds de pension.

Les bénéfices de l’opération pour Ageas sont évidents : la reprise du contrôle intégral d’AG Insurance consolide son ancrage sur son marché cœur, la Belgique, tout en sécurisant la distribution bancaire à travers le partenariat renouvelé avec BNP Paribas Fortis. Hans De Cuyper, directeur général d’Ageas, y voit d’ailleurs "une avancée significative" dans la mise en œuvre de la stratégie Elevate27 de l’assureur belge.

 

Une brique de plus dans la trajectoire CET1 2027

 

Mais cette opération résonne tout autant avec la trajectoire financière de BNP Paribas. Fin novembre, la banque a relevé son objectif de ratio CET1 à 13 % à l’horizon 2027, en s’appuyant sur trois leviers clairement identifiés : l’amélioration de la profitabilité et de la génération organique de capital, une croissance modérée des actifs pondérés, estimée à environ 2 % par an, et l’accélération des cessions d’actifs non stratégiques. La vente de la participation dans AG Insurance constitue une illustration très concrète de ce troisième levier.

L’opération se traduira en 2026 par une plus-value de cession nette d’impôts de 820 millions d’euros, qui viendra directement nourrir les fonds propres du groupe. Après prise en compte de la distribution du résultat, l’impact est estimé à 5 points de base sur le ratio CET1. À cela s’ajoute une contribution récurrente de 40 millions d’euros par an au résultat net part du groupe, issue du nouveau périmètre de participation et du partenariat de long terme.

 

Un message de lisibilité envoyé au marché

 

Autrement dit, tandis qu’Ageas renforce son contrôle industriel et sécurise son exécution stratégique en Belgique, BNP Paribas, de son côté, allège son intensité capitalistique, améliore son ratio de solvabilité et arbitre une participation stratégique, sans renoncer à son rôle d’actionnaire de référence.

Le mouvement belge prend aussi une portée plus large. Alors que le groupe doit composer avec le contentieux lié à ses anciennes activités au Soudan, dont les investisseurs scrutent les possibles effets sur la trajectoire de capital, BNP Paribas réfutant pour sa part toute menace sur son ratio CET1, l’accord donne à voir un bilan piloté de manière très active, où l’arbitrage industriel et la gestion du capital avancent de concert. Sans effacer le bruit juridique entourant ce dossier, l’opération illustre la capacité de BNP Paribas à poursuivre le renforcement de sa base de fonds propres. L’opération était d’ailleurs bien accueillie lundi sur le marché, l’action BNP Paribas gagnant 0,8 % à 76 euros.

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