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Entreprises / Actions

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exclusif L'année 2026 vue par... François Riahi / Directeur général de Banijay

EXCLUSIF. Quelle forme affichera l’économie française en 2026 ? Le manque de confiance envers les institutions politiques se traduira-t-il par un nouveau recul de l’investissement des entreprises dans notre pays ? L’Europe trouvera-t-elle les moyens de donner un coup d’arrêt à la déferlante manufacturière chinoise ? Quelles conséquences aurait une possible mise sous tutelle de la Fed par Donald Trump ? L’adoption de l’intelligence artificielle par les entreprises se transformera-t-elle enfin en levier de croissance ?   Autant de questions que vous vous posez et auxquelles WanSquare tente de répondre chaque jour grâce aux éclairages de chefs d’entreprise, investisseurs et économistes.
François Riahi, le directeur général de Banijay
François Riahi, le directeur général de Banijay

Malgré les tensions géopolitiques, les entreprises du CAC 40 ont délivré des performances solides au cours des derniers trimestres, grâce notamment à leur présence géographique diversifiée, et en particulier dans les pays émergents. Ces pays sont-ils devenus le nouvel eldorado de croissance des entreprises françaises et comptez-vous accélérer votre présence sur ces territoires cette année ?
 

Les entreprises françaises ont été confrontées à une baisse de la productivité en France et à une hausse de la pression fiscale, qui les ont entraînées à l’agilité et à la recherche de nouveaux terrains de jeux. Heureusement que la France a encore ce tissu de grandes entreprises, dont les sièges sont en France, même si la majorité de leur profit est réalisée à l’étranger. En ce qui nous concerne, nos clients sont principalement dans les pays les plus développés. Nous cherchons à développer notre croissance par la diversification des activités – par exemple le développement d’expériences "live" - et par l’allocation de capital sur des secteurs encore en croissance en Europe, en particulier les paris sportifs. Nous venons ainsi de créer un champion européen du secteur avec l’acquisition de Tipico, qui est leader en Allemagne et en Autriche.

 

Les rapports Draghi, Noyer, Letta, bien que montrés en exemple, ne se sont traduits à ce jour que par peu de réformes concrètes en Europe, malgré la longueur du temps législatif. Quelles sont pour vous les chantiers prioritaires à mener pour que l’Europe ne soit plus un marché mais redevienne une industrie ?
 

L’Europe doit réfléchir davantage en termes de souveraineté technologique. Le retard pris par rapport aux Etats-Unis et à la Chine est terrible, mais nous ne pouvons pas nous résoudre à constituer uniquement des armées de consommateurs pour les produits innovants américains ou chinois. Nous avons des institutions de formation de premier plan, des talents, des entreprises bien établies, il revient aux politiques d’adopter une stratégie de rattrapage technologique, sans quoi l’Europe perdra son statut de zone développée.

 

La Commission européenne a entamé une révision des directives relatives au contrôle des concentrations : quels seraient, selon vous, les facteurs à prendre en compte lors des examens par Bruxelles d’une opération de concentration (gains d’efficience, propositions de remèdes comportementaux, etc.) ? Cette stratégie vous semble-t-elle suffisante pour permettre à la politique de concurrence européenne d’être mieux adaptée aux entreprises, ou d’autres de ses aspects et caractéristiques vous semblent préjudiciables pour la compétitivité des acteurs européens ?
 

Nous sommes à un moment de l’Histoire où l’Europe est seule face aux Etats-Unis et à la Chine, deux puissances qui lui sont technologiquement supérieures et qui constituent, contrairement à elle, un marché unifié large de consommateurs. Dans notre secteur des médias, on voit les opérations de rapprochement aux Etats-Unis comme si on regardait le film Godzilla vs King Kong. Sans parler des chiffres articulés par les entreprises de technologie. L’Europe doit revoir sa stratégie et accepter la constitution de mastodontes européens.

 

Alors que le sujet de la souveraineté numérique européenne occupe le devant de la scène, comment articulez-vous cet enjeu à votre stratégie de groupe français, mais dont la présence est avant tout mondiale ?
 

Le sujet de la souveraineté technologique européenne est crucial. En tant qu’entreprise internationale, soumise à une concurrence mondiale, nous ne pouvons pas remédier à ce problème à notre niveau. Nous utilisons les meilleurs outils disponibles pour ne pas être désavantagés par rapport à nos concurrents. Il revient aux autorités publiques de prendre en main ce sujet.

 

L’intelligence artificielle produit-elle déjà des effets sur vos activités, vos marchés et votre entreprise ? Dans quelle mesure anticipez-vous ses effets futurs sur votre compétitivité (réduction de coûts, gains de productivité…) ?
 

La vitesse à laquelle les évolutions de l’intelligence artificielle produit ses effets est assez sidérante. L’utilisation de ces technologies est déjà une réalité dans l’ensemble des métiers du groupe Banijay. Les paris sportifs en ligne, qui sont une activité totalement numérique, sont bien sûr en avance sur ce sujet, et l’intelligence artificielle est déjà utilisée pour détecter des comportements suspects, que ce soit en matière de jeu responsable ou de lutte anti-blanchiment. Dans la production télévisée, nous utilisons déjà l’intelligence artificielle pour produire à moindre prix les pilotes des nouveaux projets par exemple. Il est évident qu’il y aura des conséquences significatives sur notre productivité et sur l’évolution de nos coûts, ce que d’ailleurs réclament nos clients dans le domaine de la production télévisée. Mais nous pensons également que ceux qui sauront le mieux utiliser ces outils pour développer des produits encore meilleurs auront un avantage important, et nous entendons donc en faire également un outil de conquête commerciale. D’autant plus que plus l’intelligence artificielle alimentera les gains de productivité humains, plus cela devrait profiter au Divertissement sous toutes ses formes, ce qui constitue probablement un facteur important de croissance pour nous dans les prochaines années.

 

Comment anticipez-vous l’instabilité politique française avec ses conséquences éventuelles notamment en matière fiscale et sociale sur vos activités ?
 

La situation politique française ne peut qu’attrister tous ceux qui aiment notre pays. Il est difficile d’imaginer que quoi que ce soit de significatif soit réalisé d’ici aux prochaines élections présidentielles. En attendant, j’anticipe un statu quo, ce qui est problématique au moment où notre pays est confronté à tant de défis majeurs : rétablissement de nos finances publiques, souveraineté technologique européenne, crise démocratique, impacts de l’intelligence artificielle sur l’emploi, tensions militaires et j’en passe. On ne peut maintenant qu’espérer que le temps qui reste jusqu’aux prochaines élections présidentielles sera mis à profit par ceux qui brigueront nos suffrages pour bâtir des réponses crédibles sur ces grands sujets. Sinon, ce serait vraiment du temps perdu à un moment où nous n’en avons plus trop à perdre.

 

Depuis cinq ans, la productivité est en baisse régulière en France, comment appréciez-vous celle-ci dans votre groupe et quels impacts cela peut-il avoir en termes d’emplois ?
 

Malheureusement, aujourd’hui, l’Etat en France, qui est la colonne vertébrale de notre pays, ne fonctionne plus de manière satisfaisante, ce qui pèse sur l’ensemble de l’économie. La France est le pays qui est le moins profitable dans notre groupe compte tenu des contraintes qui s’appliquent à une activité française. Il faudrait que tout le monde ouvre les yeux sur cette situation, plutôt que de vouloir l’occulter et mettre un impôt sur les sociétés sur les multinationales qui revient à faire payer aux autres pays la sous-productivité française, comme l’Assemblée nationale l’a voté. Je ne me résigne pas à ce que la productivité française continue à diminuer et je crois qu’il faut inverser notre rapport au travail.

 

En vue de l’élection présidentielle française de 2027, les ébauches de programme des candidats pourraient être dévoilées l’année prochaine. Par ordre d’importance, quelles seraient les trois mesures à adopter pour muscler le potentiel de croissance de l’Hexagone ?
 

Je ne crois pas que quelques mesures pourront vraiment impulser un nouveau sentier de croissance pour notre pays. Nous avons besoin d’un plan global qui rassemble les gens au lieu de les diviser, qui ouvre les yeux de chacun sur le fait que notre position de pays riche n’est pas acquise pour toujours et que nous sommes plutôt sur une trajectoire de perdre ce statut si nous ne faisons pas plus d’efforts, et qui demande à chaque Français de participer de manière équitable à un effort commun pour remonter la pente, que nous avons descendue à vive allure ces dix-quinze dernières années. Personnellement, je crois qu’il faut revivifier la démocratie, refonder complètement l’Etat, et réduire fortement les dépenses publiques d’abord, les impôts ensuite. Il n’y a rien de facile là-dedans, cela suppose à la fois beaucoup de courage, et surtout beaucoup de talent politique pour raconter une histoire qui tourne le pays vers l’avenir et permette de surmonter les barrages, juridiques ou psychologiques, qui ont empêché de le faire jusqu’à présent.

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