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Macro-économie / Taux

Macro-économie / Taux

exclusif L’année 2026 vue par… Monica Defend / Directrice, Amundi Investment Institute

EXCLUSIF. Quelle forme affichera l’économie française en 2026 ? Le manque de confiance envers les institutions politiques se traduira-t-il par un nouveau recul de l’investissement des entreprises dans notre pays ? L’Europe trouvera-t-elle les moyens de donner un coup d’arrêt à la déferlante manufacturière chinoise ? Quelles conséquences aurait une possible mise sous tutelle de la Fed par Donald Trump ? L’adoption de l’intelligence artificielle par les entreprises se transformera-t-elle enfin en levier de croissance ?   Autant de questions que vous vous posez et auxquelles WanSquare tente de répondre chaque jour grâce aux éclairages de chefs d’entreprise, investisseurs et économistes.
Monica Defend - DR
Monica Defend - DR

Quel est votre scénario de croissance en Europe et en France pour 2026 ? Quel est le principal aléa autour de vos prévisions ? L’expansionnisme budgétaire de l’Allemagne sera-t-il une variable clé ?

 

L’économie mondiale est en transition, pas en repli. Le cycle économique se prolonge, soutenu par des politiques publiques et des investissements dans l’innovation ou l’autonomie stratégique, mais il doit composer avec un régime de ‘désordre contrôlé’ où des mutations de long terme se heurtent à des dynamiques de court terme.

En Europe comme au niveau mondial, la croissance se modère ; l’économie tient mais restera sous son potentiel en 2026 avant de reprendre en 2027 (+ 0.9 % et + 1.3 %). Les écarts entre pays sont assez marqués : l’Allemagne est quasiment à l’arrêt, l’Espagne et l’Italie surprennent favorablement, la France se maintient entre-deux (0.6 % et 1.1 %).

La trajectoire en Europe est liée à l’évolution de la demande intérieure, au soutien de la politique monétaire et à la mise en œuvre effective des réformes attendues. Concernant la politique monétaire, nous estimons que la BCE n’a pas achevé son cycle d’assouplissement et abaissera ses taux à 1.5 % à mi-2026. Nous prévoyons en effet que l’inflation en zone euro fléchira sous sa cible (1.7 %). Ajoutons que l’Europe importe de la déflation de Chine. Par ailleurs, les taux réels restent encore relativement élevés dans certains pays comme la France ou l’Italie, et le plan de relance allemand ainsi que les projets de défense paneuropéens prendront du temps à être déployés. Leurs effets devraient donc se faire sentir après 2026.

L’expansion budgétaire allemande pourrait profiter aux pays européens intégrés à ses chaînes d’approvisionnement, à condition que le budget accru dédié aux infrastructures soit effectivement engagé selon le projet initial.

Les principaux risques pourraient provenir de chocs (géo) politiques ou financiers susceptibles de déclencher un repli des marchés, par exemple en déstabilisant les anticipations d’inflation, de taux, de bénéfices ou d’investissements, ou en resserrant la liquidité. À l’inverse, une réduction des tensions géopolitiques ou tarifaires, une stimulation des investissements par la politique budgétaire ou la déréglementation, ou des signes plus nets en matière de gains de productivité associés à l’IA amélioreraient les perspectives.

 

Pour la première fois depuis 2018, la Fed va avoir un nouveau patron. Au regard du contexte de sa nomination et des pressions exercées par Donald Trump sur le FOMC, pourrait-on assister à une vassalisation de la politique monétaire américaine ? Si oui, y aura-t-il des retombées ?

 

La présidence de la Fed et la composition du FOMC constituent un enjeu crucial. Avec le renouvellement de la présidence d’une partie des présidences des Fed régionales, une reconfiguration importante ne peut être exclue. Les Etats-Unis demeurent dépendants du reste du monde pour leur (re) financement. Etant donné les liens entre le niveau des besoins de financement d’un Etat et la politique et le bilan de sa Banque centrale, il existe un risque non négligeable que les décisions de la Fed soient influencées par des considérations politiques, voire que son indépendance soit remise en cause de façon plus explicite.

Les anticipations du marché concernant les taux directeurs de la Fed en 2026 nous semblent intégrer en partie ce risque, plutôt qu’une simple baisse substantielle de l’inflation. De même, les anticipations d’inflation actuelle prennent peu en compte le risque d’une erreur de politique monétaire.

Si les taux étaient fixés à un niveau inférieur à celui justifié par les perspectives d’inflation, cela se traduirait par une hausse des anticipations d’inflation et des rendements à long terme ainsi que par une baisse du dollar. Sans exclure de possibles effets domino sur les actifs américains de manière générale.

Concernant le dollar, le scénario central d’Amundi reste inchangé : celui d’un affaiblissement très graduel. L’érosion de la prime de confiance dans les institutions américaines représente un risque de dépréciation supplémentaire.

 

Depuis de nombreux trimestres, le secteur manufacturier chinois accroît sensiblement ses parts de marché mondiales, ce au détriment de l’industrie européenne. Si les rapports Draghi, Letta et Noyer constituent des réponses à moyen terme pour donner un coup de fouet à notre compétitivité, existe-t-il des mesures clé en main pouvant être déployées afin de sauvegarder le tissu productif du Vieux continent ?

 

Les exportations chinoises ont effectivement de nouveau accéléré cette année, en particulier vers le Sud Global, et principalement parce que la demande intérieure chinoise reste atone malgré les mesures de relance du gouvernement.

L’Europe, quant à elle, doit relancer sa croissance intérieure pour compenser la hausse des coûts de l’énergie et le déclin de ses marchés d’exportation. La simplification de certaines réglementations favoriserait les investissements et la productivité, notamment dans les secteurs où l’Europe accuse un retard, comme la technologie et l’IA. Parmi les autres mesures prioritaires figure l’avancée des réformes structurelles destinées à stimuler le commerce et l’investissement au sein de l’Union. Achever le marché unique, en supprimant les formalités administratives inutiles et les barrières internes au commerce des biens et surtout des services, et engager davantage l’intégration des marchés des capitaux, afin de flécher l’abondante épargne européenne vers l’investissement intérieur seraient des signaux très positifs.

 

Une bulle spéculative s’est-elle formée dans le secteur de l’intelligence artificielle ? Si oui, un éclatement pourrait-il mettre en péril la stabilité financière mondiale ?

 

Les valorisations dans le secteur de l’IA et de la Tech sont extrêmement élevées. Jusqu’à présent, elles sont soutenues par l’ampleur des investissements dans l’IA et la forte croissance des bénéfices mais il est peu probable que ces niveaux se maintiennent au cours de l’année à venir. Aux Etats-Unis, nous estimons que le rythme de ces investissements est peu soutenable et devrait se modérer avant de produire des gains de productivité significatifs, ce qui pose la question du retour sur investissement pour tous les acteurs.

De plus, la montée des tensions géopolitiques et budgétaires dans un monde déjà multipolaire accroît le risque de revirements imprévisibles dans les flux commerciaux et de capitaux. Ainsi, tout en restant optimistes sur le potentiel de l’IA, nous pensons que les investisseurs devraient appréhender la Tech de manière globale, au-delà des méga caps américaines, et diversifier largement à travers les secteurs, les zones géographiques et les classes d’actifs. Notre allocation vise à tirer parti de la croissance liée aux avancées technologiques à l’échelle mondiale, tout en se diversifiant vers des thèmes faiblement corrélés et en mettant en place des stratégies de couvertures elles-mêmes diversifiées.

 

 

Achevé de rédiger le 12 décembre

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