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Macro-économie / Taux

Macro-économie / Taux

exclusif L'année 2026 vue par... Maxime Darmet / Economiste senior chez Allianz Trade

EXCLUSIF. Quelle forme affichera l’économie française en 2026 ? Le manque de confiance envers les institutions politiques se traduira-t-il par un nouveau recul de l’investissement des entreprises dans notre pays ? L’Europe trouvera-t-elle les moyens de donner un coup d’arrêt à la déferlante manufacturière chinoise ? Quelles conséquences aurait une possible mise sous tutelle de la Fed par Donald Trump ? L’adoption de l’intelligence artificielle par les entreprises se transformera-t-elle enfin en levier de croissance ?   Autant de questions que vous vous posez et auxquelles WanSquare tente de répondre chaque jour grâce aux éclairages de chefs d’entreprise, investisseurs et économistes.
Maxime Darmet - DR
Maxime Darmet - DR

Quel est votre scénario de croissance en Europe et en France pour 2026 ? Quel est le principal aléa autour de vos prévisions ? L’expansionnisme budgétaire de l’Allemagne sera-t-il une variable clé ?

 

Nous tablons sur une petite accélération de la croissance en zone euro hors Irlande, de +0,9% cette année à +1,2% attendue en 2026, grâce à une embellie dans les 3 grandes plus grandes économies de la zone. La croissance allemande devrait enfin repartir, largement grâce au stimulus budgétaire, même si les effets de ce dernier ne doivent pas être exagérés (pénuries de main d’œuvre dans la construction, contraintes administratives). En France, la croissance passerait de 0,8% à 1,1%, grâce une légère reprise de la consommation des ménages et une franche accélération des exportations industrielles et des investissements des entreprises, à la faveur de l’IA et des hausses de dépenses de défense et de matériels de transport. Cependant, les aléas sur les perspectives européennes sont principalement baissiers (par exemple, déception sur les effets du stimulus budgétaire allemand et/ou nouvelle hausse du taux d’épargne des ménages européens).

 

Pour la première fois depuis 2018, la Fed va avoir un nouveau patron. Au regard du contexte de sa nomination et des pressions exercées par Donald Trump sur le FOMC, pourrait-on assister à une vassalisation de la politique monétaire américaine ? Si oui, y aura-t-il des retombées ?

 

Cela dépendra pour beaucoup de la décision de la Cour Suprême attendue en début d’année sur le destin de Lisa Cook, membre du Board de la Fed que la Maison Blanche souhaite évincer. Il ne s’agit pas notre scenario central, mais si cela devait se produire, il sera acté que l’interférence politique a un véritable impact sur les décisions monétaires. Les conséquences seraient une probable tension sur les taux longs obligatoires, puisque les investisseurs demanderont une prime d’inflation accrue sur leurs actifs. L’inflation actuelle pourrait accélérer, mais avec retard (en 2027), l’éloignant encore davantage de la cible de 2% de la Fed. En revanche, l’arrivée d’un nouveau Président de la Fed en mai, en remplacement de J. Powell, n’aboutira pas selon nous à des taux des Fed funds plus bas, puisqu’il y aura une majorité du FOMC pour s’y opposer. Nous prévoyons seulement une baisse de taux en 2026.

  

Une bulle spéculative s’est-elle formée dans le secteur de l’intelligence artificielle ? Si oui, un éclatement pourrait-il mettre en péril la stabilité financière mondiale ?

 

Assurément, les valorisations boursières se détachent de plus en plus des fondements macro-économiques, et la question n’est pas de savoir s’il y aura un dégonflement, mais quand. Les répercussions sur la stabilité financière et l’économie réelle dépendront évidemment de l’ampleur de la baisse. Il est à craindre qu’une baisse des valorisations fera apparaitre des faiblesses dans les bilans de certains acteurs financiers non-régulés, par exemple en termes de prêts non performants à des acteurs de l’IA. De façon assez rassurante, les données macro-financières montrent des bilans des agents privés (ménages, entreprises, banques) assez solides, très différents du contexte du début des années 2000 précédant la grande crise financière de 2008-09.

 

En vue de l’élection présidentielle française de 2027, les ébauches de programme des candidats pourraient être dévoilées l’année prochaine. Par ordre d’importance, quelles seraient les trois mesures à adopter pour muscler le potentiel de croissance de l’Hexagone ?

 

Nous pensons que les trois axes majeurs qui pourraient muscler le potentiel de l’économie française sont les suivants : i) refonte du système fiscal, avec une baisse massive des prélèvements sur le travail et une réduction en parallèle du déficit, financés par de fortes baisses de dépenses et la suppression de la plupart des niches fiscales, ii) refonte du système éducatif pour booster le niveau de compétences des jeunes et refaire de la France un modèle d’excellence (transformation des méthodes, meilleurs salaires pour les enseignants, etc), et iii) remise à plat des normes sur les marchés des produits et du travail, vers notamment un système de ‘’flexi-sécurité’’ à la danoise.

 

Dans le cas d’une absence d’assainissement des finances publiques françaises dans les années à venir du fait de la polarisation politique, croyez-vous davantage au scénario d’une lente asphyxie causée par une hausse progressive de la charge d'intérêts ou plutôt à celui d’une rupture soudaine de la confiance des marchés obligataires ?

 

L’histoire économique nous enseigne que c’est souvent un mélange de ces deux scenarios qui se produit. Une perte de confiance soudaine des marchés suit en effet souvent une lente asphyxie des finances publiques. Si un plan crédible d’assainissement des finances publiques n’est pas mis en place dans les prochaines années, il est probable que les marchés financiers finissent par s’impatienter, forçant le gouvernement en place à entreprendre des politiques d’austérité, avec un coût en termes de croissance et de pouvoir d’achat.

 

D’après une étude du Conseil d’analyse économique, un effort de 148 milliards d’euros en six ans serait nécessaire pour que la France stabilise son taux d’endettement public tout en se prémunissant contre les crises. Quelles sont les composantes de la dépense publique devant assumer l’ajustement ?

 

L’ajustement côté dépenses doit surtout passer par les dépenses de Sécurité Sociale, et notamment retraites. Une rationalisation et simplification des aides sociales doit être envisagée : par exemple, il est probable que les APL se répercutent en partie sur les loyers, et constitue donc une mesure inefficace en plus d’être coûteuse. Une baisse des effectifs de la fonction publique, notamment locale, et des rationalisations des dépenses (par exemple, suppression de certaines agences publiques, fusions des collectivités locales) doivent également être poursuivies.

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