Macro-économie / Taux
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L'année 2026 vue par... Samy Chaar /
Chef économiste et CIO Suisse, Banque Lombard Odier
Quel est votre scénario de croissance en Europe et en France pour 2026 ? Quel est le principal aléa autour de vos prévisions ? L’expansionnisme budgétaire de l’Allemagne sera-t-il une variable clé ?
Contrairement aux Etats-Unis où le contexte politique est volatil, les perspectives se stabilisent en Europe. Nous pensons que l’économie de la zone euro enregistrera une croissance proche de son potentiel de 1% en 2026, avec des taux directeurs maintenus inchangés et une inflation globalement alignée sur l’objectif de la Banque centrale européenne.
Les effets positifs de l’assouplissement monétaire passé, une accélération de la croissance du crédit et la relance budgétaire portée par l’Allemagne devraient atténuer les préoccupations relatives aux droits de douane américains. A terme, cela pourrait doper la confiance, incitant ainsi les consommateurs européens, jusqu’ici prudents, à dépenser une partie de leur excédent d’épargne, ce qui soutiendrait la croissance.
Les pays d’Europe du Sud devraient renouveler leur surperformance, bénéficiant des fonds décaissés par les mécanismes de l’UE (NextGen EU).
Pour la première fois depuis 2018, la Fed va avoir un nouveau patron. Au regard du contexte de sa nomination et des pressions exercées par Donald Trump sur le FOMC, pourrait-on assister à une vassalisation de la politique monétaire américaine ? Si oui, y aura-t-il des retombées ?
La solidité des institutions américaines se détériore, en raison non seulement des coupes imposées aux agences fédérales, mais aussi des attaques contre la Fed. Celle-ci maintient pour l’instant une politique conforme à son mandat, mais des craintes quant à son indépendance pourraient entraîner une remontée des rendements obligataires de long terme et alimenter les inquiétudes budgétaires. Si la politique monétaire était affectée, les perspectives mondiales pourraient s’en trouver fortement menacées. Le choix de la personne qui succédera à Jerome Powell, une fois son mandat de présidence achevé en mai 2026, sera déterminant. Il convient néanmoins de souligner que, quelle que soit la personne choisie pour diriger la Fed dès l’année prochaine, son indépendance devrait rester préservée. En effet, les taux directeurs sont fixés par un comité, et chacun des membres (dont la plupart sont des banquiers centraux orthodoxes) vote en fonction de son propre analyse de la trajectoire économique américaine.
Depuis de nombreux trimestres, le secteur manufacturier chinois accroît sensiblement ses parts de marché mondiales, ce au détriment de l’industrie européenne. Si les rapports Draghi, Letta et Noyer constituent des réponses à moyen terme pour donner un coup de fouet à notre compétitivité, existe-t-il des mesures clé en main pouvant être déployées afin de sauvegarder le tissu productif du Vieux continent?
Les dépenses publiques seront un moteur de croissance majeur. Les projets budgétaires laissent présager un assouplissement d’environ 0,5 point de pourcentage du PIB dans la zone euro. L’Allemagne mènera le bal, avec un budget expansionniste d’environ 1,3% de son PIB, porté en majeure partie par des dépenses de défense.
La part nationale et européenne des commandes allemandes en équipements de défense est plus élevée que prévu. Certaines entreprises du secteur de la défense renforcent considérablement leurs capacités de production, tirant parfois parti de la réduction des capacités dans le secteur automobile, et adoptent de nouvelles technologies telles que l’IA, les drones et la robotique. Partant, les effets de la hausse des dépenses publiques sur les autres activités du secteur privé devraient s’avérer moins négatifs que d’ordinaire. Des répercussions positives sur la productivité et dans d’autres secteurs sont également possibles.
Comme évoqué plus haut, les pays d’Europe du Sud devraient continuer de surperformer le reste de la région en 2026, soutenus par l’expansion budgétaire. L’accélération des décaissements de fonds de la Facilité pour la reprise et la résilience (FRR) de l’UE, créée en réponse à la pandémie, est elle aussi très favorable. Ces décaissements devraient marquer le pas d’ici fin 2026, mais les principaux bénéficiaires disposent toujours des fonds considérables à absorber. Nous pensons que la FRR sera prolongée, de sorte que ses répercussions positives sur la croissance et les indicateurs budgétaires s’étaleront sur plusieurs années. En Espagne et en Italie, les fonds de la FRR devraient contribuer à compenser un léger resserrement des dépenses nationales. Nous tablons sur une posture budgétaire neutre en France, mais une croissance décevante pourrait creuser le déficit budgétaire.
Une bulle spéculative s’est-elle formée dans le secteur de l’intelligence artificielle ? Si oui, un éclatement pourrait-il mettre en péril la stabilité financière mondiale ?
L’IA demeure l’un des principaux moteurs des marchés actions, avec une accélération plus rapide que prévu des investissements infrastructurels. Les valorisations du secteur sont certes élevées, mais les dépenses d’investissement des "hyperscalers", sont susceptibles de grimper de 32% en 2026 contre une croissance projetée de 20% en octobre 2025. Cela suggère un cycle d’investissement prolongé, qui devrait profiter aux entreprises technologiques commercialisant du matériel, des logiciels et des services liés à l’IA, ainsi qu’à des secteurs connexes tels que l’industrie, les services publics et les matériaux.
A la différence de la bulle Internet, les valorisations actuelles des grandes entreprises technologiques sont corrélées à leur rentabilité. Les hyperscalers financent leurs investissements principalement grâce à leur trésorerie d’exploitation, et leur arrivée sur les marchés de la dette est très récente. Les obligations émises dernièrement pour financer les centres de données et les infrastructures cloud ont suscité une forte demande de la part des investisseurs. Cela témoigne d’une confiance tangible envers les bilans et les stratégies de ces entreprises, même si les investisseurs examinent avec une attention croissante le potentiel de monétisation de ces investissements massifs dans l’IA. Parmi les indicateurs que nous suivons concernant les entreprises technologiques figurent le ratio des dépenses d’investissement consacrées à l’IA par rapport au chiffre d’affaires, ainsi que tout recours excessif au financement par emprunt. Nous surveillons également de près les taux d’adoption de l’IA, calculés notamment en fonction de l’augmentation du nombre d’utilisateurs, ainsi que le risque de ralentissement des ajouts de capacités énergétiques, qui pourrait créer des goulets d’étranglement dans cette adoption.
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