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Macro-économie / Taux

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IA : ces trous dans la raquette de l’économie mondiale / Les pays en développement pourraient rester à la traîne

La Banque mondiale appelle les pays en développement à agir vite pour ne pas rester à l’écart de la révolution de l’intelligence artificielle. Dans un rapport, elle met en lumière un monde numérique à deux vitesses, où l’accès aux infrastructures et aux compétences déterminera les gagnants de demain.
Jakub Porzycki / NurPhoto / NurPhoto via AFP
Jakub Porzycki / NurPhoto / NurPhoto via AFP

La course est lancée. L’intelligence artificielle pourrait redessiner les équilibres économiques mondiaux. Productivité, emploi, innovation : elle pourrait peser durablement sur les trajectoires de développement. Mais selon la Banque mondiale, cette transformation s’opère dans un contexte de fortes asymétries, au risque d’installer une nouvelle forme de dépendance technologique.

Son rapport sur la question souligne que "l’intelligence artificielle offre un potentiel sans précédent pour élargir l’accès au savoir, stimuler la productivité et ouvrir de nouveaux marchés", tout en avertissant que "la concentration de l’innovation et des capacités technologiques menace d’approfondir les inégalités existantes". Aujourd’hui, l’essentiel de l’innovation en intelligence artificielle demeure concentré dans les pays à revenu élevé. "La très grande majorité des modèles d’IA, des financements et des infrastructures de calcul est localisée dans les économies avancées", observe la Banque mondiale. À l’inverse, les pays à revenu faible et intermédiaire, qui représentent près de la moitié de la population mondiale, peinent à accéder aux ressources nécessaires pour développer leurs propres solutions.

Pourtant, l’adoption par les citoyens progresse rapidement. "Plus de 40 % du trafic mondial de ChatGPT provenait des pays à revenu intermédiaire à la mi-2025". Mais cette dynamique reste largement individuelle : "l’intégration de l’IA par les entreprises et les administrations publiques demeure encore marginale". Face à ces contraintes, la Banque mondiale met en avant une stratégie de court terme : les "petites IA". "Des solutions abordables, accessibles et conçues pour des usages quotidiens permettent d’obtenir des résultats concrets malgré des ressources limitées", indique le rapport. Ces outils montrent déjà leur efficacité dans des secteurs essentiels. "L’agriculture, l’éducation et la santé figurent parmi les domaines où l’IA produit des effets directs au niveau local". Pour l’institution, ces innovations offrent une opportunité stratégique : "elles permettent aux pays en développement de franchir des étapes clés sans reproduire les trajectoires technologiques des pays riches".

Mais cette approche ne saurait suffire à long terme. La Banque mondiale appelle à investir dans quatre piliers fondamentaux : la connectivité, les capacités de calcul, les données locales et les compétences numériques. Sans connectivité fiable et abordable, "l’accès même à l’IA reste hors de portée". Sans capacités de calcul, qualifiées de "nouvelle électricité de l’ère numérique", les pays restent dépendants de fournisseurs étrangers. Et sans données adaptées aux réalités locales, "les systèmes d’IA risquent de reproduire des biais culturels et linguistiques". Le déficit de compétences constitue enfin un frein majeur. "Dans de nombreux pays à faible revenu, moins de 5 % de la population dispose de compétences numériques de base", rappelle le rapport, alors même que les emplois liés à l’IA progressent plus rapidement dans les économies intermédiaires.

Pour Axel van Trotsenburg, directeur général senior de la Banque mondiale, l’enjeu dépasse la technologie. "L’intelligence artificielle progresse à une vitesse extraordinaire et transforme profondément la manière dont les individus apprennent, travaillent et vivent", affirme-t-il. Il insiste sur la responsabilité des pouvoirs publics : "les gouvernements ont un rôle central à jouer pour bâtir les infrastructures, développer les compétences et créer un environnement réglementaire propice". Et de conclure : "si elle est bien encadrée, l’intelligence artificielle peut devenir une force de prospérité partagée ; si elle est négligée, elle risque de créer une nouvelle ligne de fracture mondiale".

 

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