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Macro-économie / Taux

Macro-économie / Taux

exclusif L'année 2026 vue par... Stéphanie Villers / Conseillère économique de PwC France et Maghreb

EXCLUSIF. Quelle forme affichera l’économie française en 2026 ? Le manque de confiance envers les institutions politiques se traduira-t-il par un nouveau recul de l’investissement des entreprises dans notre pays ? L’Europe trouvera-t-elle les moyens de donner un coup d’arrêt à la déferlante manufacturière chinoise ? Quelles conséquences aurait une possible mise sous tutelle de la Fed par Donald Trump ? L’adoption de l’intelligence artificielle par les entreprises se transformera-t-elle enfin en levier de croissance ?   Autant de questions que vous vous posez et auxquelles WanSquare tente de répondre chaque jour grâce aux éclairages de chefs d’entreprise, investisseurs et économistes.
Stéphanie Villers - DR
Stéphanie Villers - DR

Quel est votre scénario de croissance en Europe et en France pour 2026 ? Quel est le principal aléa autour de vos prévisions ? L’expansionnisme budgétaire de l’Allemagne sera-t-il une variable clé ?

 

Pour 2026, notre scénario central anticipe une croissance française modérée, passant d’environ 0,9 % en 2025 à 1 % en 2026, dans un contexte d’ajustement budgétaire et de demande intérieure encore contenue. À l’échelle de la zone euro, la dynamique serait plus favorable, avec une progression de 1,3% en 2025 puis 1,5% en 2026, portée par le redémarrage du cycle industriel, en particulier en Allemagne. Le pivot budgétaire allemand constitue en effet un déterminant majeur du scénario : le déploiement de plus de 120 milliards d’euros d’investissements en 2026, inscrit dans un cadre pluriannuel de 500 milliards, devrait produire un multiplicateur significatif et réactiver l’activité européenne dans l’énergie, les infrastructures, la défense et les technologies de rupture.

L’aléa principal tient toutefois à la capacité des États membres à internaliser cette impulsion dans une stratégie industrielle coordonnée. À court terme, l’expansion allemande générera vraisemblablement des points de croissance supplémentaires. Mais, au-delà de cette impulsion conjoncturelle, demeure un enjeu structurel : sans un degré supérieur d’intégration et une montée à l’échelle européenne, des économies de taille intermédiaire comme les nôtres ne pourront durablement rivaliser avec les États-Unis et la Chine. Car l’impulsion allemande, à elle seule, ne suffira pas : seule une réponse collective peut transformer cette dynamique en véritable puissance européenne. Faute de cette prise de conscience, le risque de déclassement relatif de l’Europe à moyen et long terme reste élevé.

 

Pour la première fois depuis 2018, la Fed va avoir un nouveau patron. Au regard du contexte de sa nomination et des pressions exercées par Donald Trump sur le FOMC, pourrait-on assister à une vassalisation de la politique monétaire américaine ? Si oui, y aura-t-il des retombées ?

 

La nomination d’un nouveau président de la Fed intervient dans un contexte institutionnel délicat, où l’enjeu central porte sur la crédibilité de la politique monétaire. Les marchés observeront attentivement la capacité du FOMC à ajuster ses taux de manière cohérente avec les fondamentaux macroéconomiques, alors même que les signaux conjoncturels divergent : d’un côté, un ralentissement des créations d’emplois, et de l’autre, des pressions inflationnistes anticipées, liées au fait que l’impact des hausses de droits de douane sur les prix à la consommation ne se matérialise qu’avec un décalage temporel, ce qui devrait pousser l’inflation à la hausse au cours des prochains trimestres.


L’arbitrage entre ces deux trajectoires déterminera l’orientation future de la politique monétaire. Toute déviation perçue par rapport au double mandat — stabilité des prix et soutien à l’emploi — pourrait questionner l’indépendance opérationnelle de la Fed et fragiliser la crédibilité de son pilotage.

 

Depuis de nombreux trimestres, le secteur manufacturier chinois accroît sensiblement ses parts de marché mondiales, ce au détriment de l’industrie européenne. Si les rapports Draghi, Letta et Noyer constituent des réponses à moyen terme pour donner un coup de fouet à notre compétitivité, existe-t-il des mesures clé en main pouvant être déployées afin de sauvegarder le tissu productif du Vieux continent ?

 

La politique commerciale chinoise, fondée sur une stratégie d’expansion systématique des parts de marché, interroge aujourd’hui la structure même du modèle européen de libre-échange. La question ne se pose d’ailleurs pas tant du côté de nos exportations que de celui de nos importations.

L’UE a accepté des droits de douane américains de 15 % sans réciprocité, mais ce n’est pas cet élément qui pénalise réellement notre industrie : les exportations vers les États-Unis ne représentent "que" 7% de nos exportations totales, alors que 62 % d’entre elles s’effectuent au sein même du marché unique. Autrement dit, l’essentiel de notre commerce est intra-zone, ce qui limite fortement l’impact direct des mesures américaines. Le véritable sujet aujourd’hui est notre difficulté à protéger nos frontières face à l’afflux de marchandises chinoises, dans un contexte mondial de plus en plus protectionniste.

Dans ce contexte, des mesures adaptées peuvent être mobilisées pour préserver le tissu productif européen : recours accru aux instruments anti-dumping, clauses de sauvegarde temporaires, renforcement de l’ajustement carbone aux frontières, contrôle renforcé des subventions étrangères ou encore exigences de réciprocité dans les marchés publics.

L’enjeu, désormais, est de faire évoluer le modèle européen : le libre-échange ne peut fonctionner que s’il est mutuel. Or ni les États-Unis ni la Chine n’opèrent dans un cadre pleinement libéral. L’UE ne peut plus se permettre de rester la seule grande zone économique à appliquer un libre-échange unilatéral. Sans adaptation rapide, le risque est un affaiblissement durable de sa base industrielle.

 


En vue de l’élection présidentielle française de 2027, les ébauches de programme des candidats pourraient être dévoilées l’année prochaine. Par ordre d’importance, quelles seraient les trois mesures à adopter pour muscler le potentiel de croissance de l’Hexagone ?

 

Pour relever durablement le potentiel de croissance, un futur exécutif devra s’attaquer à un bloc de contraintes structurelles dont la France n’a jamais vraiment tiré les conséquences : notre économie est pénalisée par un socle d’actifs trop étroit. La croissance potentielle reste bridée non parce que les actifs ne travaillent pas assez, mais parce que nous sommes trop peu nombreux à travailler. Les jeunes entrent trop tard dans l’emploi et les seniors en sortent trop tôt, comprimant le volume total d’heures travaillées et fragilisant le financement de notre modèle social.

 

1. Ramener les jeunes plus tôt vers l’emploi : une réforme éducative de rupture

La refonte de la formation initiale doit être pensée à l’aune de trois constats structurels qui affaiblissent notre potentiel de croissance.
Premier constat : les performances françaises dans PISA se dégradent d’année en année, révélant un décrochage des compétences fondamentales.
Deuxième constat : les jeunes Français mettent davantage de temps que leurs homologues européens à décrocher un premier emploi, ce qui réduit mécaniquement la base active.
Troisième constat : le coût élevé des études longues, largement financé par la dépense publique, n’assure pas toujours une employabilité suffisante, certaines filières restant insuffisamment alignées avec les besoins de l’économie.

À cela s’ajoute une contrainte stratégique : la pénurie d’ingénieurs. Il devient indispensable d’orienter davantage de jeunes — en particulier les jeunes femmes, encore sous-représentées — vers les filières scientifiques.

Face à ces fragilités, une refonte en profondeur du système éducatif doit être engagée, articulée autour de trois axes à privilégier :

  • une réduction ciblée de la durée de certaines formations, lorsque leur allongement n’améliore plus l’employabilité ;

  • une réévaluation de l’efficacité de chaque filière au regard des besoins économiques ;

  • l’intégration structurée de l’IA comme outil d’apprentissage individualisé et de montée en compétences accélérée.

L’objectif est double : accélérer l’entrée des jeunes dans la vie active et adapter la formation aux transformations structurelles, notamment celles induites par l’IA, afin d’anticiper les effets de destruction créatrice et de préparer les compétences indispensables à la nouvelle organisation productive.

 

2. Maintenir les seniors dans l’emploi : une transition progressive plutôt qu’un choc

La France ne rattrapera pas son retard si elle continue de perdre prématurément des compétences expérimentées. La réponse ne doit pas être coercitive, mais progressive et soutenable.
Ainsi, il convient d’explorer certaines pistes qui maintiendraient plus longtemps les seniors en emploi :

  • en proposant le temps partiel choisi à partir de 64 ans, permettant une réduction graduelle de la charge de travail et en aménageant les postes pour alléger les tâches pénibles ou transférables ;

  • en renforçant la formation continue, notamment assistée par l’IA ;

  • en facilitant le transfert des savoir-faire pour sécuriser la montée des compétences des générations plus jeunes.

 

3. Restaurer la compétitivité : alléger le coût du travail et diversifier le financement social

La France ne pourra élargir durablement sa base active si le coût du travail reste structurellement élevé. Aujourd’hui, les actifs financent l’essentiel de la protection sociale, ce qui renchérit le coût du travail et nuit à la compétitivité. Il faut :

  • réduire les charges pesant sur les actifs et les entreprises,

  • introduire une dose de capitalisation pour diminuer la dépendance à la seule contribution des actifs,

  • orienter davantage l’épargne privée vers l’innovation, la transition et les gains de productivité.

 


Ce triptyque — élargissement de la base active, amélioration du capital humain et restauration de la compétitivité — constitue le socle des réformes nécessaires pour relever durablement la croissance potentielle

 

Dans le cas d’une absence d’assainissement des finances publiques françaises dans les années à venir du fait de la polarisation politique, croyez-vous davantage au scénario d’une lente asphyxie causée par une hausse progressive de la charge d'intérêts ou plutôt à celui d’une rupture soudaine de la confiance des marchés obligataires ?

 

Si la France ne parvient pas à engager un assainissement crédible de ses finances publiques, le scénario le plus probable reste celui d’une lente asphyxie financière. Tant que les marchés considéreront que la signature française demeure dans une zone de qualité acceptable, la dette souveraine continuera d’être détenue — par inertie réglementaire et par profondeur de marché — par les investisseurs institutionnels. Mais cette apparente stabilité ne doit pas masquer un risque croissant : la charge d’intérêts augmenterait mécaniquement, amputant l’espace budgétaire et pesant progressivement sur la trajectoire de croissance potentielle.

À cela s’ajoute un facteur d’amplification : d’éventuelles dégradations supplémentaires des agences de notation. Elles pourraient contraindre certains investisseurs soumis à des règles prudentielles strictes à se délester de titres français, créant un mouvement de vente non discrétionnaire. Dans ce cas, il serait difficile d’exclure une crise de défiance plus brutale, car les marchés obligataires réagissent moins à des niveaux absolus de dette qu’à la visibilité sur la trajectoire future. Et aujourd’hui, cette visibilité manque : dette publique élevée, déficit structurellement ancré, divergence croissante avec les autres pays de la zone euro — la France étant désormais perçue comme le "mauvais élève" budgétaire — et surtout absence de perspective d’ajustement crédible d’ici 2027, faute de majorité permettant une stratégie cohérente de consolidation.

Autrement dit, la dynamique la plus probable est celle d’une dégradation progressive qui érode la crédibilité budgétaire, mais avec un risque latent de rupture si un déclencheur externe — dégradation, choc politique, volatilité globalisée — venait révéler la fragilité sous-jacente. L’asphyxie et la rupture ne sont pas deux scénarios totalement distincts : le premier crée les conditions du second.

 

 

D’après une étude du Conseil d’analyse économique, un effort de 148 milliards d’euros en six ans serait nécessaire pour que la France stabilise son taux d’endettement public tout en se prémunissant contre les crises. Quelles sont les composantes de la dépense publique devant assumer l’ajustement ?

 

Dans la perspective d’une stabilisation de la dette publique, la priorité doit être portée sur le bloc de dépenses le plus lourd et le plus difficile à financer à long terme : les retraites, qui représentent 14 % du PIB et près de la moitié de l’ensemble des dépenses sociales. C’est le cœur du déséquilibre, et le principal levier pour restaurer la soutenabilité de nos finances publiques.

Pour que la réforme soit socialement acceptable, il faut rompre avec la logique d’un âge unique ou d’un âge pivot imposé. Le système doit proposer, il me semble, de choisir son âge de départ, à partir de 60 ans, en cohérence avec les contraintes personnelles, la pénibilité de leur métier et la durée de leur carrière. Le niveau de pension serait alors calculé de manière transparente en fonction de l’âge choisi, du revenu perçu et des droits accumulés. C’est cette flexibilité — plutôt qu’une uniformité imposée — qui permet de réduire la conflictualité et de restaurer la confiance.

Parallèlement, il devient indispensable de ne plus faire reposer l’intégralité du financement du système sur les seuls actifs, dans un contexte de vieillissement démographique. L’introduction progressive d’un pilier de capitalisation, universel et encadré, viendrait compléter la répartition et offrir aux générations futures une seconde source de financement, capable de sécuriser leur revenu de retraite et d’alléger la charge pesant sur le travail.

En résumé, si un ajustement budgétaire est indispensable, il doit prioritairement porter sur la réforme du système de retraite, car c’est là que se joue à la fois la soutenabilité financière, l’équilibre intergénérationnel et l’acceptabilité sociale de l’effort collectif.

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