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Nexans face aux incertitudes du Great Sea Interconnector / Un calendrier désormais sous surveillance
Depuis près d’un an, le projet Great Sea Interconnector revient de manière récurrente dans l’actualité de Nexans, au gré de rumeurs de retard, de remise en cause, voire d’abandon. Le communiqué publié le 6 janvier 2026 par le numéro 2 mondial des câbles, introduit une inflexion dans cette séquence. Sans remettre en cause l’exécution du contrat, le groupe admet pour la première fois que la trajectoire du projet pourrait évoluer, faisant désormais du décalage un scénario central dans un dossier hautement sensible.
Le Great Sea Interconnector n’est pas un projet ordinaire. Il s’agit de l’interconnexion électrique sous-marine entre la Grèce et Chypre, maillon central d’un ensemble plus vaste reliant à terme les réseaux grec, chypriote et israélien. Pour Nexans, le contrat porte sur la conception, la fabrication et la pose d’un câble en courant continu haute tension (HVDC) de 525 kilovolts, sur près de 900 kilomètres par liaison et à des profondeurs dépassant 3 000 mètres, pour un montant estimé autour de 1,4 milliard d’euros. L’ampleur industrielle du chantier, sa durée et son exposition géopolitique en font donc un projet à part.
Un projet sous tension depuis des mois
D’où l’inquiétude récurrente du marché quant à sa bonne marche. Les blocages politiques et financiers autour du projet, dans une région où la question chypriote reste indissociable des tensions avec la Turquie, alimentent depuis des mois des spéculations sur sa trajectoire réelle. Jusqu’ici, Nexans s’était attaché à démentir toute remise en cause substantielle, rappelant à plusieurs reprises qu’il poursuivait l’exécution du contrat et que les paiements reçus couvraient la fabrication des câbles. L’entreprise indiquait ainsi, au printemps 2025, que les informations relayées par certains médias "ne reflétaient pas l’état réel du projet ni les relations en cours avec le client", un propos qui visait alors à couper court à l’idée d’un blocage opérationnel.
La nuance introduite par le communiqué de janvier 2026 est néanmoins notable : Nexans confirme qu’il exécute le projet "conformément à ses obligations contractuelles et en ligne avec les étapes définies depuis 2023", mais reconnaît désormais travailler avec son client à l’élaboration "d’un calendrier d’exécution ajusté". Le groupe ne parle ni d’arrêt ni de renégociation du contrat, mais admet que le phasage du projet pourrait évoluer, laissant entendre que les rentrées d’argent liées au projet se feraient à un rythme plus lent que prévu.
Une trajectoire maintenue
La direction s’efforce néanmoins de circonscrire les implications financières de cet ajustement. Nexans met en avant la discipline d’exécution et la solidité de son carnet de commandes pour absorber les effets d’un éventuel ajustement du calendrier. Le tout nouveau directeur général depuis octobre, Julien Hueber, insiste sur la capacité de l’activité PWR Transmission à rester pleinement alignée avec la trajectoire financière annoncée.
Ce discours s’inscrit dans le prolongement des prises de parole antérieures, qui rappelaient que les câbles déjà fabriqués avaient été intégralement payés, éliminant tout risque financier immédiat en cas d’ajustement du projet. Nexans soulignait encore à l’été 2025 que toute capacité de production libérée pourrait être réaffectée à d’autres projets HVDC, un argument destiné à souligner la flexibilité industrielle du groupe face à une demande soutenue sur les grands projets d’interconnexions électriques.
Des précisions attendues
Un discours que le marché n’achète pas totalement, au vu de la pression subie mardi par le titre Nexans, dont l’action cédait 3,8 %, à 127,6 euros, à la suite de ces annonces. Un repli significatif, mais qui demeure contenu au regard de la taille du contrat et des scénarios plus anxiogènes évoqués ces derniers mois. La question reste désormais de savoir dans quelle ampleur ce calendrier sera "ajusté". La publication des résultats annuels, prévue le 19 février 2026, devrait offrir l’occasion au groupe d’apporter des précisions sur ce point, alors qu’il présentera dans le même temps ses prévisions pour la nouvelle année. Nexans assure en tout cas que ces ajustements n’affectent pas sa trajectoire de moyen terme, grâce " à la solidité du carnet de commandes du Groupe et à la mise en œuvre proactive d’actions visant à compenser tout impact potentiel dès 2026 ".
Pour mémoire, la trajectoire financière à horizon 2028 de Nexans, qui avait été établie lors du Capital Markets Day de novembre 2024, repose sur une accélération de la croissance tirée par l’électrification. Elle vise notamment un EBITDA ajusté de 1,15 milliard d’euros, plus ou moins 75 millions d’euros, une rentabilité des capitaux employés supérieure à 20 %, des investissements cumulés d’environ 1,2 milliard d’euros sur la période 2025-2028, réalloués vers les segments PWR Grid et PWR Connect, ainsi qu’un free cash-flow cumulé avant opérations de capital et acquisitions d’environ 1,4 milliard d’euros, avec un taux de conversion supérieur à 45 % en 2028.
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