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Le procès fait aux rachats d’actions vacille / Une absence d’impact sur l’investissement et l’emploi

Soupçonnés d’assécher l’investissement et de sacrifier l’emploi sur l’autel de la Bourse par les responsables politiques français comme américains, les rachats d’actions interrogent sur leur réel impact sur l’économie. Une vaste étude américaine, fondée sur près de 40 ans de données et présentée dans la dernière Lettre Vernimmen, démonte pourtant l’un de leurs principaux griefs : non, les rachats d’actions ne sont pas l’ennemi de la croissance.
Eric Coquerel, président de la Commission des finances de l'Assemblée nationale (Photo by Firas Abdullah / Anadolu via AFP)
Eric Coquerel, président de la Commission des finances de l'Assemblée nationale (Photo by Firas Abdullah / Anadolu via AFP)

Accusés de tous les maux - désindustrialisation, sous-investissement, destruction d’emplois -, les rachats d’actions seront de nouveau dans le viseur des députés à compter de ce jeudi à l’occasion de la reprise de l’examen du projet de loi de finances pour 2026. Mais le sujet ne fait pas l’objet de critiques qu’en France. Il irrite aussi le président des Etats-Unis Donald Trump, qui, ce mercredi, a indiqué souhaiter interdire aux entreprises du secteur de la défense de verser des dividendes à leurs actionnaires ou de procéder à des rachats d’actions, sous peine de se voir privées de contrats publics, au motif qu’elles n’investissent pas suffisamment en équipements et en usines. Avant lui, Joe Biden avait déjà suggéré dans le cadre de ses propositions budgétaires lors de la campagne de 2024 un quadruplement de la taxe de 1 % sur le montant des rachats introduite sous son mandat.

 

Une méthodologie pour démêler la causalité

 

Pour leurs détracteurs, les rachats d’actions seraient une utilisation "stérile" du cash. Mais, les rachats d’actions privent-ils réellement l’économie d’investissements productifs ? Une étude présentée par Pascal Quiry et Yann Le Fur, auteurs de La Lettre Vernimmen, en collaboration avec Simon Gueguen, enseignant-chercheur à CY Cergy Paris Université, et fondée sur un vaste corpus de données américaines, vient sérieusement ébranler cette thèse.

Pour isoler l’effet propre des rachats d’actions, sont ainsi comparées les entreprises cotées qui y recourent à un groupe de contrôle composé d’entreprises du même secteur qui n’en font pas, qu’elles soient cotées ou non cotées, les dirigeants de ces dernières n’ayant aucune raison de "gérer" un cours de Bourse. Résultat : sur un échantillon d’environ 80 000 rachats d’actions réalisés par des entreprises cotées américaines entre 1987 et 2024, l’hypothèse d’un effet causal négatif sur l’investissement ne tient pas. Des conclusions similaires ont été obtenues sur des données françaises.

Non seulement l’étude ne trouve aucun impact défavorable des rachats d’actions sur les dépenses d’investissement (capex et R&D), mais l’ensemble des coefficients estimés va dans le sens opposé à la thèse accusatrice. Les effets mesurés sont faibles - trop faibles pour conclure à un impact positif - mais suffisamment robustes pour rejeter l’idée d’un frein à l’investissement.

Même constat côté emploi. Le nombre de salariés n’est pas affecté négativement par les rachats d’actions.

 

Les analystes n’y croient pas non plus

 

Autre enseignement éclairant : la réaction des analystes financiers. L’analyse de plus de 4 000 annonces de rachats entre 2006 et 2020 montre que celles-ci n’influencent pas les prévisions d’investissement à un ou deux ans. Autrement dit, les professionnels qui suivent les entreprises au quotidien ne voient pas dans ces annonces un signal de sous-investissement à venir.

 

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