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Le procès fait aux rachats d’actions vacille / Une absence d’impact sur l’investissement et l’emploi
Accusés de tous les maux - désindustrialisation, sous-investissement, destruction d’emplois -, les rachats d’actions seront de nouveau dans le viseur des députés à compter de ce jeudi à l’occasion de la reprise de l’examen du projet de loi de finances pour 2026. Mais le sujet ne fait pas l’objet de critiques qu’en France. Il irrite aussi le président des Etats-Unis Donald Trump, qui, ce mercredi, a indiqué souhaiter interdire aux entreprises du secteur de la défense de verser des dividendes à leurs actionnaires ou de procéder à des rachats d’actions, sous peine de se voir privées de contrats publics, au motif qu’elles n’investissent pas suffisamment en équipements et en usines. Avant lui, Joe Biden avait déjà suggéré dans le cadre de ses propositions budgétaires lors de la campagne de 2024 un quadruplement de la taxe de 1 % sur le montant des rachats introduite sous son mandat.
Une méthodologie pour démêler la causalité
Pour leurs détracteurs, les rachats d’actions seraient une utilisation "stérile" du cash. Mais, les rachats d’actions privent-ils réellement l’économie d’investissements productifs ? Une étude présentée par Pascal Quiry et Yann Le Fur, auteurs de La Lettre Vernimmen, en collaboration avec Simon Gueguen, enseignant-chercheur à CY Cergy Paris Université, et fondée sur un vaste corpus de données américaines, vient sérieusement ébranler cette thèse.
Pour isoler l’effet propre des rachats d’actions, sont ainsi comparées les entreprises cotées qui y recourent à un groupe de contrôle composé d’entreprises du même secteur qui n’en font pas, qu’elles soient cotées ou non cotées, les dirigeants de ces dernières n’ayant aucune raison de "gérer" un cours de Bourse. Résultat : sur un échantillon d’environ 80 000 rachats d’actions réalisés par des entreprises cotées américaines entre 1987 et 2024, l’hypothèse d’un effet causal négatif sur l’investissement ne tient pas. Des conclusions similaires ont été obtenues sur des données françaises.
Non seulement l’étude ne trouve aucun impact défavorable des rachats d’actions sur les dépenses d’investissement (capex et R&D), mais l’ensemble des coefficients estimés va dans le sens opposé à la thèse accusatrice. Les effets mesurés sont faibles - trop faibles pour conclure à un impact positif - mais suffisamment robustes pour rejeter l’idée d’un frein à l’investissement.
Même constat côté emploi. Le nombre de salariés n’est pas affecté négativement par les rachats d’actions.
Les analystes n’y croient pas non plus
Autre enseignement éclairant : la réaction des analystes financiers. L’analyse de plus de 4 000 annonces de rachats entre 2006 et 2020 montre que celles-ci n’influencent pas les prévisions d’investissement à un ou deux ans. Autrement dit, les professionnels qui suivent les entreprises au quotidien ne voient pas dans ces annonces un signal de sous-investissement à venir.
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