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Macro-économie / Taux / OIT

Macro-économie / Taux
OIT

Ces blocages structurels qui grippent le marché du travail mondial / Emplois précaires, pauvreté persistante et transitions bloquées freinent le progrès

Dans un rapport, l’Organisation internationale du travail (OIT) s’inquiète du fait que la planète n’avance presque plus vers le travail décent. Si le taux de chômage mondial semble stable, la qualité de l’emploi se dégrade, la pauvreté au travail résiste et les inégalités - de genre, d’âge et de territoire - restent profondément ancrées.
Gilbert Houngbo, directeur général de l'OIT - Tobias SCHWARZ / AFP
Gilbert Houngbo, directeur général de l'OIT - Tobias SCHWARZ / AFP

Une stagnation inquiétante. Au premier regard, les chiffres du chômage mondial pourraient rassurer. En 2025, le taux s’établit à 4,9 %, un niveau stable appelé à se maintenir jusqu’en 2027. Mais derrière cette apparente solidité, un rapport de l'Organisation internationale du travail (OIT) dresse un constat sévère : les progrès en matière de qualité de l’emploi sont à l’arrêt.

Entre 2015 et 2025, la part des travailleurs vivant dans l’extrême pauvreté n’a reculé que de 3,1 points, contre 15 points lors de la décennie précédente. Résultat : 284 millions de personnes travaillent encore pour moins de 3 dollars par jour. Dans les pays à faible revenu, la situation s’est même aggravée, avec près de 68 % des travailleurs vivant dans une pauvreté extrême ou modérée.

Autre signal préoccupant : l’informalité repart à la hausse. Après avoir reculé dans les années 2000, elle a progressé depuis 2015 et devrait concerner 2,1 milliards de travailleurs en 2026. Or, l’emploi informel rime le plus souvent avec faibles revenus, absence de protection sociale et insécurité professionnelle, notamment en Afrique et en Asie du Sud.

Cette détérioration est liée à un phénomène structurel : la transformation des économies ralentit. Les transitions des travailleurs vers des secteurs plus productifs, mieux rémunérés et plus formels ont été divisées par deux en vingt ans. Une inertie qui pèse à la fois sur la qualité des emplois et sur la croissance de la productivité mondiale.

Les déséquilibres sont également démographiques et sociaux. Les femmes ne représentent que deux cinquièmes de l’emploi mondial et restent nettement moins présentes sur le marché du travail que les hommes. Les jeunes, eux, paient un lourd tribut : 257 millions d’entre eux ne sont ni en emploi, ni en études, ni en formation (NEET). Dans les pays à faible revenu, leurs perspectives sont encore assombries par la faiblesse des emplois décents et, désormais, par les incertitudes liées à l’intelligence artificielle, qui pourrait compliquer l’entrée sur le marché du travail des jeunes diplômés.

Sur le plan économique, la croissance et la productivité demeurent insuffisantes pour améliorer durablement les revenus du travail. Les salaires réels n’ont pas compensé les pertes liées à l’inflation récente, et la part du revenu mondial allant au travail reste inférieure à son niveau d’avant la pandémie. Le rapport indique que les perturbations du commerce international et les incertitudes géopolitiques ajoutent une pression supplémentaire, en particulier dans les régions fortement intégrées aux chaînes de valeur mondiales. "Dans ce contexte particulièrement turbulent, s’en remettre à la seule croissance économique ne suffit pas à produire des avancées significatives en matière de travail décent. Gouvernements, employeurs et travailleurs doivent agir conjointement pour élaborer et promouvoir des stratégies visant à réduire les déficits de travail décent et à promouvoir la justice sociale", a jugé Gilbert Houngbo, directeur général de l'OIT.

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