Macro-économie / Taux
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Davos face au miroir des années 1920 / L’IA, la dette et le risque d’un nouvel aveuglement collectif
"L’histoire ne se répète pas, mais elle rime". La formule de l’écrivain Mark Twain, rappelée par l’historien britannique Adam Tooze, a servi de point d’ancrage à une table ronde organisée ce matin au Forum économique mondial. S'essayant à éviter une lecture simpliste du passé, les intervenants ont cherché à identifier ce que la décennie 1920 peut éclairer de la situation économique et technologique actuelle.
Pour Adam Tooze, les années 1920 constituent avant tout une période de rupture technologique. L’électrification, la généralisation de la production de masse et l’essor du fordisme ont profondément transformé les économies avancées. Ce modèle, fondé sur un compromis entre hauts salaires, forte productivité et consommation élevée, a structuré la croissance du XXᵉ siècle. Par ailleurs, il s’est aussi inscrit dans un contexte géopolitique spécifique, celui de l’après-Première Guerre mondiale.
Cette décennie marque, selon le professeur à l’Université Columbia, le premier moment de véritable unipolarité. Les puissances libérales sorties victorieuses du conflit - Royaume-Uni, France et États-Unis - dominent alors l’ordre international, tandis que la Russie, alliée de circonstance, bascule dans la révolution.
Plusieurs intervenants ont rappelé que cette période correspondait à une première tentative collective de stabilisation de l’ordre mondial. L’échec politique de l’après-guerre, illustré par le traité de Versailles, a conduit à privilégier des mécanismes économiques et financiers. Dans les années 1920, cette combinaison a semblé fonctionner, avant de révéler ses limites à la fin de la décennie.
Christine Lagarde, présidente de la Banque centrale européenne (BCE), a prolongé cette analyse en soulignant les similitudes technologiques entre les deux périodes. C'est ainsi que les années 1920 furent marquées par des innovations majeures accompagnées d’une forte dynamique boursière, elles ont également connu un recul de la part du commerce mondial dans le Produit intérieur brut (PIB). Aujourd’hui, a observé la Française, la digitalisation des économies, portée notamment par l’intelligence artificielle, coexiste avec une montée des restrictions commerciales et une fragmentation géopolitique croissante.
La banquière centrale a toutefois insisté sur une différence structurante estimant que les technologies du début du XXᵉ siècle pouvaient se diffuser principalement à l’intérieur des frontières nationales. L’intelligence artificielle repose, au contraire, sur des volumes massifs de données, des effets d’échelle et des réseaux internationaux. Des divergences réglementaires, notamment en matière de protection des données, ainsi que des barrières commerciales accrues pourraient freiner cette diffusion et affecter les gains de productivité attendus.
Larry Fink, président-directeur général de BlackRock et co-président par interim du Forum économique mondial, a mis, lui, l’accent sur les enjeux de coopération et de compétitivité. Selon le financier, la question centrale n’est pas celle d’une bulle de l’IA, mais celle de sa capacité à être largement adoptée dans l’économie. Il a ainsi souligné que la diffusion de ces technologies conditionnera leur impact sur la croissance et la productivité, dans un contexte de concurrence internationale accrue.
La question de la dette publique a également été abordée. Ken Griffin, fondateur et directeur général de Citadel, a distingué la situation actuelle de celle des années 1920, estimant que les risques se situent aujourd’hui davantage du côté des finances publiques que des marchés privés. Il a rappelé que l’IA est souvent perçue comme un levier potentiel pour améliorer la productivité et atténuer les déséquilibres budgétaires, tout en soulignant que l’ampleur de ces effets reste incertaine.
Sur ce point, Christine Lagarde a précisé que l’analyse de la dette dépend de son usage. Les financements orientés vers des investissements productifs ou stratégiques sont, selon elle, perçus différemment par les investisseurs que des dépenses sans impact durable sur la croissance. Elle a également rappelé que les politiques budgétaires et les réformes structurelles jouent un rôle complémentaire à celui des Banques centrales.
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