WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche

Entreprises / Actions / Alstom

Entreprises / Actions
Alstom

Chez Alstom, le carnet franchit un cap historique / Une effervescence commerciale à transformer

Porté par une succession de grands contrats sur plusieurs continents, Alstom affiche au troisième trimestre une dynamique de commandes exceptionnelle, matérialisée par un book-to-bill rarement observé. Reste à transformer cette effervescence commerciale en activité, puis en cash-flow, dans un cadre d’exécution toujours exigeant.
Ligne de production chez Alstom Transportation Germany GmbH - Photo: Robert Michael/dpa (Photo by ROBERT MICHAEL / dpa Picture-Alliance via AFP)
Ligne de production chez Alstom Transportation Germany GmbH - Photo: Robert Michael/dpa (Photo by ROBERT MICHAEL / dpa Picture-Alliance via AFP)

L’effet de surprise était forcément en partie éventé, même si l’ampleur des chiffres peut légitimement impressionner. Après la série de contrats spectaculaires annoncés ces dernières semaines, le troisième trimestre de l’exercice 2025-2026 d’Alstom a logiquement enregistré un niveau de commandes exceptionnel. Avec 9,6 milliards d’euros engrangés sur la période et un carnet qui franchit pour la première fois le seuil des 100 milliards d’euros, le groupe affiche une intensité commerciale tout simplement inédite.

Le trimestre a été marqué par une succession de grands contrats structurants, mêlant matériel roulant, systèmes et maintenance, et couvrant un large spectre géographique. En France, les tranches optionnelles de l’accord-cadre Avelia Horizon, dont celle portant sur la fourniture de rames à très grande vitesse pour Eurostar, ont donné le ton. En Europe, la plateforme Coradia Max a confirmé sa montée en puissance, avec des commandes de trains régionaux assorties de contrats de maintenance de long terme en Pologne et dans le Bade-Wurtemberg. Hors du continent, Alstom a engrangé plusieurs contrats significatifs, allant de la fourniture de trains interurbains et régionaux au Mexique à des projets de métros automatisés et de signalisation en Australie et au Canada, tandis que la Grèce est venue compléter ce flux avec une commande d’automotrices accompagnée de services de maintenance. En tout, "le groupe a enregistré 8 grosses commandes au troisième trimestre pour un total d’environ 7,8 milliards d’euros", souligne le cabinet Oddo BHF. Une série impressionnante à cela s’est ajoutée une flux soutenu de commandes de plus petite taille, inférieures à 200 millions d’euros, mais suffisamment nombreuses pour représenter, à elles seules, 1,8 milliard d’euros sur le trimestre.

 

L’euphorie commerciale face au temps long de l’exécution

 

Lors de la conférence téléphonique de présentation des chiffres du troisième trimestre, Bernard Delpit, le directeur financier, a tenu à souligner que ce pic ne relevait pas d’un simple effet de calendrier. " Ce trimestre record reflète non seulement une forte demande mondiale pour les solutions ferroviaires, mais aussi une activité soutenue d’appels d’offres et d’attribution de contrats dans des zones géographiques que nous considérons comme nos marchés domestiques", a-t-il fait valoir, insistant également sur la capacité du groupe à proposer des offres intégrées combinant matériel roulant, systèmes et maintenance.

L’ampleur de cette moisson se reflète dans un book-to-bill de 2,0 sur le trimestre, niveau illustrant l’effervescence commerciale actuellement à l’œuvre, les prises de commandes ayant représenté deux fois le chiffre d’affaires reconnu sur la période, portant le ratio à 1,4 sur neuf mois.

Cette dynamique dans les commandes ne se traduit toutefois pas mécaniquement par une accélération immédiate de l’activité, en raison du décalage inhérent aux grands projets ferroviaires, dont les premières phases portent surtout sur l’ingénierie et la montée en cadence industrielle. Sur les neuf premiers mois, le chiffre d’affaires progresse ainsi de 7,2 % en organique, tandis que la croissance du troisième trimestre ressort à 5,9 %, pénalisée par une base de comparaison élevée et par un effet de change défavorable.

Sur le plan industriel, le profil d’exécution devient en revanche plus exigeant. Les volumes de production de voitures restent globalement stables d’une année sur l’autre, mais la structure de l’activité évolue sensiblement. "Les projets en phase de ramp-up représentaient environ 10 % des voitures produites l’an dernier ; ce sera 20 % cette année", a expliqué Bernard Delpit. "Quand on considère que nous terminerons l’exercice à un niveau de production comparable à celui de l’an dernier, l’effort pour y parvenir est nettement plus important, car les ramp-ups sont par définition des projets plus complexes à exécuter", a-t-il ajouté.

 

Objectifs maintenus, vigilance maintenue sur le cash-flow

 

Dans ce contexte, Alstom a confirmé l’intégralité de ses prévisions annuelles. Le groupe vise toujours un book-to-bill supérieur à 1, une croissance organique du chiffre d’affaires au-delà de 5 %, une marge d’EBIT ajusté autour de 7 % et un free cash-flow compris entre 200 et 400 millions d’euros. Sur ce dernier point, particulièrement scruté au regard des écarts passés, Bernard Delpit assume le maintien d’une fourchette large : "Nous confirmons l’objectif de free cash-flow compris entre 200 et 400 millions d’euros. Nous ne resserrons pas la fourchette de guidance", invoquant des incertitudes persistantes sur le calendrier des encaissements et des jalons d’homologation.

Du côté des analystes, Oddo BHF adopte une lecture prudente. Le bureau retient une estimation de free cash-flow de 302 millions d’euros pour l’exercice, reflétant cette incertitude sur le phasage des encaissements et la montée en cadence des projets récents. En contrepoint, les analystes soulignent toutefois que la qualité moyenne des marges sur les nouvelles commandes apparaît supérieure à celle du carnet existant, un élément de lecture plus favorable pour la suite de la trajectoire opérationnelle du groupe.

Reste la question de la soutenabilité d’un tel rythme. Interrogé sur le risque d’un trou d’air après un trimestre aussi chargé, Bernard Delpit se veut catégorique : "Franchement, il n’y a pas de trou d’air à venir. Nous disposons d’une bonne visibilité sur les commandes des prochains trimestres", tout en reconnaissant que toutes les années ne reproduiront pas un tel pic.

Vous souhaitez réagir à cet article ou apporter une précision ?
Commentez cet article