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BPCE a changé de dimension / Une performance record en 2025 qui en dit long
« Nous réalisons nos meilleurs résultats depuis la création de BPCE en 2009. » En présentant mardi soir à la presse les résultats du premier groupe bancaire mutualiste de France pour l’année 2025, Nicolas Namias ne cachait pas sa satisfaction : le groupe affiche un produit net bancaire de 25,7 milliards d’euros et un résultat net de 4,1 milliards, en hausse de 15 %. La résultante, a-t-il souligné, de « la mise en mouvement simultanée de tous nos moteurs de croissance », portée par le déploiement « rythmé et rigoureux » du plan Vision 2030 sur trois cercles : la France, l’Europe et le monde. Des performances qui donnent écho à une récente note des analystes d’UBS, soulignant le paradoxe d’un groupe devenu l’un des poids lourds bancaires européens tout en restant largement sous-perçu, et qui pourraient contribuer à réduire cette méconnaissance du marché.
Les Banques Populaires et Caisses d’Épargne mènent la charge, avec 820 000 nouvelles entrées en relation, une production de crédits de 102 milliards (+ 20 %) et une collecte d’épargne gonflée de 14 milliards. Le produit net bancaire du pôle Banque de Proximité bondit de 16 % au quatrième trimestre. « Accompagner l’économie française, c’est en fait accompagner l’ensemble de nos clients, particuliers, professionnels, entreprises, collectivités territoriales », résume le dirigeant.
La marge nette d’intérêt au cœur de la dynamique
La reconstitution des marges nettes d’intérêt, en hausse de 28 % à 9,7 milliards d’euros, constitue l’un des principaux ressorts de la performance. Elle reflète à la fois la reprise de la production de crédits, en hausse de 20 % sur l’année, et la remontée des marges sur les activités de banque de proximité, dans un contexte de normalisation des conditions de taux. Cette dynamique alimente mécaniquement les résultats, d’autant qu’elle s’accompagne d’une maîtrise des coûts : les frais de gestion ne progressent que de 6 % en 2025, alors même que le groupe poursuit ses investissements. Le coefficient d’exploitation sous-jacent s’améliore ainsi de 3,8 points sur un an, à 65,6 %. L’assurance enregistre pour sa part des primes brutes record à plus de 20 milliards d’euros, tandis que la collecte brute en assurance-vie atteint 16 milliards. Le pôle Solutions et Expertises Financières affiche enfin un produit net bancaire en croissance de 33 %, intégrant BPCE Equipment Solutions. « Grâce à ce métier, nous sommes devenus le leader européen en leasing d’équipements », se félicite Nicolas Namias.
Natixis CIB, la banque de grande clientèle du groupe, signe « sa meilleure année historique » avec 4,8 milliards d’euros de revenus, en hausse de 10 % à change constant. Global Markets progresse de 15 %, porté à parts égales par les activités Equity et Fixed Income. « C’est une année remarquable pour les métiers mondiaux de Natixis CIB, avec des revenus trimestriels systématiquement supérieurs au milliard d’euros », commente le dirigeant. Dans le prolongement, Natixis Investment Managers enregistre une collecte nette record de 40 milliards d’euros pour la deuxième année consécutive, dont 17 milliards au seul quatrième trimestre, portée notamment par les expertises Fixed Income de DNCA et Loomis. Le groupe se classe ainsi « deuxième gérant d’actifs européen de la gestion dite active ».
Un proxy de l’économie française
Au-delà de la performance des métiers, les comptes livrent aussi une lecture macroéconomique. Le coût du risque s’établit à 28 points de base, contre 24 en 2024. Nicolas Namias y voit un proxy de l’économie : « En France, BPCE finance à lui seul 21 % de l’économie. » Le taux d’encours douteux (2,7 %) progresse de 0,2 point, porté par l’immobilier et la distribution. Mais le dirigeant relativise : «L’économie française est résiliente. Il y a une hausse des défaillances, souvent commentée, mais il faut la rapporter à la forte augmentation du nombre de créations d’entreprises.» Son message : « Le sujet n’est pas la résilience de l’économie française. Le sujet est comment nous dépassons cette résilience pour favoriser l’investissement, gagner en innovation, en productivité, pour financer les grandes transitions. »
La solidité financière continue de se renforcer. Le ratio CET1 grimpe à 16,5 %, offrant un coussin de 20,3 milliards d’euros au-dessus du seuil d’activation du montant maximal distribuable. « Derrière ce ratio, il y a plus de 76 milliards de fonds propres de Common Equity Tier 1 », insiste Nicolas Namias, rappelant l’ampleur des ressources mobilisables par le groupe. Interrogé sur un éventuel excès de capital, il balaie l’argument : « Il n’y a jamais trop de fonds propres. Ce capital donne une assise au groupe qui lui permet de passer à travers les cycles, d’accompagner nos clients. » une position qui reflète la nature même de BPCE, propriété de ses sociétaires et non soumis à une logique de restitution de capital aux actionnaires. Une solidité qui n’est pas conçue comme une réserve défensive, mais comme un levier pour soutenir les ambitions européennes du groupe.
Une stratégie européenne bien engagée
Dix-huit mois après son lancement à la fin juin 2024, le plan stratégique Vision 2030 commence à produire des avancées opérationnelles tangibles. En France, le projet Orion, qui vise à doter les Banques Populaires et les Caisses d’Épargne d’une plateforme technologique commune, a franchi une étape décisive en octobre avec le lancement des travaux dans la première banque pilote. « Les travaux ont commencé dans le calendrier que nous avions indiqué et sont prévus pour se poursuivre jusqu’en 2028. », précise Nicolas Namias. L’intelligence artificielle générative MAIA est désormais utilisée par 50 % des collaborateurs.
En Europe, trois mouvements structurent l’expansion du groupe : l’acquisition de BPCE Equipment Solutions, leader européen du leasing, la création avec BNP Paribas du processeur de paiements Estreem, qui a « vocation à devenir le premier en France et l’un des trois premiers en Europe d’ici 2028 », et l’acquisition de novobanco au Portugal, finalisée à 100 % sur le plan capitalistique et dont le bouclage est attendu au premier semestre 2026, sous réserve des autorisations réglementaires. « Cette acquisition de 6,4 – 6,5 milliards sera la plus grande acquisition transfrontalière en zone euro depuis dix ans », rappelle Nicolas Namias.
Des opérations qui, désormais, donnent corps à une stratégie assumée de renforcement de la souveraineté financière européenne. « Je souhaite jouer la carte de cette souveraineté européenne de manière assumée. Le moment s’y prête et il faut s’engager », souligne le dirigeant. À l’international, Natixis CIB a obtenu une licence bancaire au Japon et affiche une croissance de 14 % en Asie et en Amérique. Natixis Investment Managers a par ailleurs noué un partenariat avec Edward Jones, fort de « 20 000 conseillers financiers », qualifié d’« extrêmement important » pour renforcer la distribution aux États-Unis.
Au-delà du M & A, l’enjeu de l’attractivité européenne
L’abandon du projet avec Generali ne remet pas en cause la trajectoire stratégique du groupe. « C’était une décision rationnelle. Le projet était un formidable projet industriel. Pour être très franc, c’est avant tout dommage pour l’Europe », reconnaît Nicolas Namias, tout en refusant d’en faire un pivot stratégique. « Diriger un métier, c’est avant tout avoir une réflexion sur sa croissance organique. Le M&A, ce sont des accélérations, mais ce n’est pas une stratégie », tranche-t-il. Une lecture confortée par les chiffres de la gestion d’actifs : « 40 milliards de collecte, le plus haut historique. Le métier se porte très bien. »
Sur le front géopolitique, Nicolas Namias décrit un mouvement de rééquilibrage progressif des allocations, marqué par une réflexion accrue sur la diversification géographique des portefeuilles. Cette inflexion, perceptible chez de nombreux investisseurs, ne constitue toutefois pas en soi un moteur automatique de flux vers l’Europe. Le dirigeant insiste sur le fait que l’attractivité ne se décrète pas : dans un environnement où la croissance reste modérée, une économie européenne cantonnée à un rythme de 1 % ne suffit pas à capter durablement les capitaux internationaux. Pour inverser la dynamique, BPCE plaide pour un saut qualitatif du cadre financier européen. « Il faut aller jusqu’au bout de l’établissement d’un marché des capitaux européens », estime Nicolas Namias, condition indispensable, selon lui, pour restaurer l’attractivité et permettre une véritable revalorisation des actifs européens.
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