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Stellantis : un virage serré, une facture salée / Antonio Filosa acte une rupture stratégique sur l'électrique

Le constructeur automobile a sévèrement dévissé ce vendredi à la Bourse de Paris, après avoir annoncé une réinitialisation stratégique, qui entraînera l'enregistrement de 22 milliards d’euros de charges exceptionnelles au second semestre de 2025 - parmi lesquelles 6,5 milliards d’euros de sorties de cash à venir sur les quatre prochaines années. En cause : le coût, en grande partie, d’avoir "surestimé le rythme de la transition énergétique", a indiqué son directeur général, ou encore la réparation de "l’impact de problèmes opérationnels antérieurs". En parallèle, Stellantis a aussi annoncé se désengager d’une co-entreprise de batteries électriques au Canada.
Antonio Filosa, directeur général de Stellantis (Photo : MARCO BERTORELLO / AFP)
Antonio Filosa, directeur général de Stellantis (Photo : MARCO BERTORELLO / AFP)

Vendredi rouge pour Stellantis. Le constructeur automobile a lourdement dévissé de 24 % à la Bourse de Paris sur la dernière séance de la semaine, alors même que son titre accuse d'ores et déjà un recul de 50 % sur un an. Cette chute journalière est consécutive à l’annonce d’un changement de cap stratégique de la part du groupe, qui se chiffrera par l'enregistrement de 22 milliards d’euros de charges exceptionnelles au second semestre. Une annonce intervenant en amont de la présentation du nouveau plan stratégique de Stellantis, attendue le 21 mai prochain. À l’origine de cette facture : une « réinitialisation », ou « reset », d’après les mots de son directeur général Antonio Filosa, qui mettra un sérieux coup de frein à la production de véhicules électriques du groupe.

Ces derniers figuraient, pour mémoire, au cœur de la feuille de route de son prédécesseur Carlos Tavares, qui a été évincé de la direction générale en décembre 2024. En parallèle, Stellantis a aussi annoncé vendredi céder sa participation dans sa co-entreprise canadienne avec LG Energy Solution, productrice de cellules et de modules de batteries lithium-ion. Créée en 2022, elle visait alors à permettre au groupe d’atteindre ses objectifs de ventes de véhicules électriques en Amérique du Nord.

La rupture stratégique semble bien actée. Le directeur général du groupe depuis mai dernier l’a d’ailleurs indiqué : « Les charges exceptionnelles annoncées aujourd’hui reflètent en grande partie le coût d’avoir surestimé le rythme de la transition énergétique, ce qui nous a éloignés des besoins, des moyens financiers et des désirs réels de nombreux acheteurs". Et de poursuivre : "Elles reflètent également l’impact de problèmes opérationnels antérieurs, dont les effets sont progressivement traités par notre nouvelle équipe. […] En 2026, nous nous attacherons sans relâche à combler les insuffisances d’exécution du passé afin de renforcer ces premiers signes de reprise de la croissance ».

 

La répartition

 

Dans le détail, ces 22,2 milliards d’euros de charges comprennent des sorties de cash de 6,5 milliards d’euros, qui devraient être effectuées au cours des quatre prochaines années. L’enveloppe contient près de 15 milliards d’euros liés « au réalignement des plans produits avec les attentes effectives des clients et avec les nouvelles réglementations en matière d’émissions aux États-Unis (récemment modifiées par Donald Trump, qui a également mis fin à certaines subventions à l’achat de véhicules électriques, ndlr), ce qui se traduit par une réduction significative des prévisions pour les véhicules électriques à batteries ». Le projet du modèle Ram 1500 BEV, initialement prévu, sera par exemple arrêté, faute de pouvoir atteindre une rentabilité suffisante, explique le groupe. Au sein de ce premier volet, 3 milliards d’euros seront aussi liés à l’annulation d’actifs pour les véhicules arrêtés, et 6 milliards d’euros aux dépréciations des investissements.

Le reste des charges se répartira entre le redimensionnement de la chaîne d’approvisionnement des véhicules électrifiés, ou encore à d’autres changements dans les activités de l’entreprise. Notamment pour rattraper les augmentations de coûts liées à l’inflation « et à la détérioration de la qualité, imputable à des choix opérationnels qui n’ont pas permis d’atteindre le niveau de qualité attendu, et que la nouvelle équipe de direction est en train de corriger », assume Stellantis.

La tonalité de l’annonce ne constitue pas une surprise en soi. Stellantis avait déjà prévenu, lors de sa dernière publication semestrielle, que des charges supplémentaires allaient être comptabilisées au second semestre, en raison d’apports de changements à son plan stratégique. Ses concurrents américains ont, eux aussi, procédé à ce genre d’annonces. Toutefois, les analystes financiers soulignent leur ampleur, allant bien au-delà de leurs attentes. L’entreprise précise néanmoins avoir pris « la grande majorité » des décisions requises pour corriger sa trajectoire, ceci se reflétant dans les montants comptabilisés (mais n’excluant donc pas d’autres annonces plus ponctuelles à venir).

 

Des effets qui se dévoilent

 

Le groupe se veut aussi rassurant, indiquant que ces actions s’inscrivent dans la continuité des changements mis en œuvre depuis le début de l’année, ayant produit des effets sur la croissance des volumes, du chiffre d’affaires net au second semestre ou encore des commandes de la part des clients et des concessionnaires. Parmi ces décisions, il énumère l’annonce de son grand investissement de 13 milliards de dollars sur quatre ans aux États-Unis, ou encore le lancement de dix nouveaux produits en 2025.

Les facturations consolidées ont d’ailleurs par exemple grimpé de 9 % sur un an, au titre du quatrième trimestre de 2025. Et la situation de Stellantis en Amérique du Nord, dont le redressement a été érigé en priorité par Antonio Filosa, semble s’éclaircir. La croissance y a été de 43 % sur les trois derniers mois de 2025. L’Europe, dans un contexte de marché délicat pour tous les constructeurs automobiles, reste à la peine (avec une baisse de 4 %).

Si le groupe a profité de cette annonce pour publier les résultats financiers préliminaires du deuxième semestre, il faudra attendre le 26 février prochain pour connaître le détail de ses résultats annuels. Il a en tout cas fait savoir que son objectif de marge opérationnelle n’avait pas été tenu sur la seconde moitié de l’année. « Compte tenu de la perte nette de 2025, l’entreprise ne versera pas de dividende en 2026. En outre, le conseil d’administration a autorisé l’émission d’obligations hybrides perpétuelles subordonnées non convertibles pour un montant maximum de 5 milliards d’euros. Ces décisions contribueront à préserver la solidité du bilan, avec approximativement 46 milliards d’euros de liquidités industrielles disponibles à la fin 2025 », prévient aussi déjà Stellantis.

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