Macro-économie / Taux
Macro-économie / Taux
La fin d’une longue page à la Banque de France / Avec le départ de François Villeroy de Galhau, elle perd un homme de crises teinté d'avant-gardisme
Après onze ans à la Banque de France, François Villeroy de Galhau s’en va voguer vers d’autres horizons. Le gouverneur de l’institut d’émission a annoncé son départ début juin - son mandat courait jusqu’à l’automne 2027. Il va devenir président de la Fondation Apprentis d’Auteuil, célèbre acteur de l’aide sociale à l’enfance et la formation de la jeunesse en difficulté.
En 2015, des voix s’élevèrent pour protester lors de sa nomination par le président de la République, François Hollande. Directeur général délégué de BNP Paribas, d’aucuns jugeaient qu’il allait soutenir une politique monétaire particulièrement favorable aux institutions financières.
On ne peut pas dire que cela se soit vu à son arrivée. En effet, alors que la zone euro était menacée de déflation, il fut un fervent défenseur des politiques monétaires non conventionnelles, dont les fameux taux d’intérêt négatifs qui ont provoqué la fureur des banques.
François Villeroy de Galhau fut de nouveau dans la tempête au moment de la crise pandémique pendant laquelle la BCE fera parler une puissance de feu monétaire inédite. Puis, viendra le choc sur les prix de l’énergie, découlant de la guerre russo-ukrainienne, qui provoqua une envolée inédite de l’inflation depuis les années 80.
Garant de la stabilité des prix, le banquier central écume alors les plateaux de télévision pour rasséréner la population. Jamais avare de métaphores, il s’emploiera à faire preuve de pédagogie pour familiariser le grand public avec la politique monétaire, sujet qui passionne davantage, à la grande incompréhension de Francfort, nos voisins ultra-rhénans et transalpins.
Ces épisodes n’auront pas été neutres sur la santé financière de la Banque de France. Dans un premier temps, son compte de résultat était tout sourire. Si ce n’était pas leur but premier, les taux négatifs appliqués aux dépôts des banques placés auprès de l’Eurosystème ont généré d’importantes rentrées d’argent pour la Banque de France. Ses profits ont également été portés par les coupons perçus en lien avec le programme d’achat d’actifs (quantitative easing). Entre 2015 et 2023, la Banque de France a versé à l’État un total cumulé de près de 32 milliards d’euros au titre de l’impôt sur les sociétés et des dividendes.
Puis, le retour d’une forte inflation a agi comme un boomerang. Et pour cause, le taux de dépôt a été remonté de 450 points de base tandis que la taille du bilan de l’institution de la rue Croix-des-Petits-Champs avait été multipliée par trois entre 2015 et 2021 (hausse de 1300 milliards d’euros) du fait des injections massives de liquidité. En conséquence, la Banque de France a dû verser plusieurs dizaines de milliards d’euros d’intérêts aux banques par an ; le coût de la sauvegarde de la stabilité des prix.
Sans surprise, aux juteux bénéfices a succédé une perte en 2024. À terme, en lien avec la désinflation, la politique de contraction du bilan (quantitative tightening) et la baisse du taux d’intérêt de la facilité de dépôt (il se situe à 2 %), les pertes vont s’atténuer. Selon François Villeroy de Galhau, une recapitalisation ne sera pas nécessaire compte tenu de la situation nette de l’institution (capitaux propres et plus-values latentes sur les actifs détenus).
Enfin, le polytechnicien aura été à l’avant-garde sur deux chantiers majeurs pour les Banques centrales de la zone euro.
D’une part, la Banque de France a commencé dès mars 2020 un programme d’expérimentation pour une monnaie numérique de Banque centrale (MNBC) « de gros » afin de tester des solutions de règlement utilisant les technologies de registre distribué (DLT).
Ces expériences visaient à mesurer comment une MNBC de gros pouvait sécuriser et faciliter le règlement de transactions financières mais aussi la tokenisation d’actifs, sujet à propos duquel le gouverneur de la Banque de France est intarissable et qu’il évoque toujours avec un enthousiasme non feint.
D’autre part, la Banque de France joua un rôle moteur sur le front de la transition climatique.
En décembre 2017, à l’occasion du One Planet Summit, elle contribua au lancement du Network for Greening the Financial System (NGFS), un réseau mondial de banques centrales et superviseurs visant à intégrer les risques climatiques dans la finance. Le secrétariat du NGFS est d’ailleurs basé à la Banque de France.
Dès 2018, l’institution fut la première Banque centrale européenne à adopter une charte d’investissement responsable pour ses propres fonds, intégrant des critères environnementaux et sociaux. La stratégie a été progressivement étendue aux portefeuilles pour compte propre en euros adossés à la base monétaire et aux réserves de change en devises. Fin 2024, 130 milliards d’euros étaient ainsi intégrés à la politique d’investissement responsable.
Grâce à ses initiatives, la Banque de France se classe comme la première banque centrale du G20 sur plusieurs critères climatiques selon le Green Central Banking Scorecard, indicateur conçu par des ONG.
"Je vous remercie de cette transformation exigeante ; elle a également accru votre confiance dans l’avenir de la Banque de France, 69 % aujourd’hui contre seulement 50 % il y a dix ans. Grâce à cette transformation, j’ai moi-même totalement confiance
dans l’avenir de notre Banque de France et son attractivité", a écrit François Villeroy de Galhau à ses équipes, dans sa lettre de départ.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

