Droit des sociétés / Cabinet d'avocats d'affaires / Jérôme Bersay
Droit des sociétés
Cabinet d'avocats d'affaires / Jérôme Bersay
Bersay, l’autre modèle du droit des affaires /
L’indépendance revendiquée d’un cabinet français
Au cœur de l’avenue Hoche à Paris, à deux pas du Royal Monceau, se cache un petit village gaulois. A l’heure où beaucoup de cabinets d’avocats français luttent pour leur survie, voyant des équipes entières rejoindre de grandes firmes anglo-saxonnes installées dans la capitale, Jérôme Bersay a la fierté de revendiquer l’indépendance du cabinet qu’il a fondé en 1995 et qui a donc fêté ses 30 ans en septembre dernier.
Aujourd’hui, Bersay compte près de 50 avocats et juristes, dont 15 associés. Et côté pratiques, la société n’a rien à envier aux grandes firmes : M&A, private equity, structuration de fonds d’investissement, fiscalité, droit du travail, restructuring, immobilier, contentieux, arbitrage, droit public des affaires et digital & IT. L’international pèse environ pour environ la moitié de l’activité du cabinet, comprenant également l’accompagnement de sociétés françaises à l’étranger, outre l’assistance de clients étrangers en France. Il possède en outre un Japon desk à Paris, créé il y a une vingtaine d’années, et un en Israël, à Tel Aviv, depuis 2009.
A bonne école
Il faut dire aussi que Jérôme Bersay n’a jamais transigé avec la liberté. Après une courte expérience – qui ne le convaincra pas de persévérer dans la finance - comme analyste financier à Wall Street, à New York, il revient rapidement vers le droit – il est diplômé d’Assas et de Sciences Po - en rentrant à Paris. Déterminé à passer le barreau plutôt que de se contenter d’une équivalence, il fera ses premières armes chez Sales Vincent, spécialisé dans le conseil et le contentieux. « Le cabinet Sales Vincent fut une excellente école de formation pour mes premières années d’avocats. J’y ai véritablement appris mon métier. J’ai eu la chance d’être en deuxième ligne derrière des professionnels très talentueux tels que Jacques Sales, une référence dans la profession. Ce cabinet avait une très grande réputation avec des avocats très exigeants. Il a d’ailleurs permis par la suite la création d’autres cabinets très réputés », rappelle Jérôme Bersay dans un entretien à WanSquare.
Les PME aussi ont des besoins de conseil
Pourtant, l’idée d’y devenir associé un jour ne l’a jamais effleuré. « J’ai tout de suite affiché mon ambition de créer ma propre structure », poursuit-il, ajoutant : « cela a beaucoup d’avantages de démarrer tout seul, car, en fait, vous pouvez construire le cabinet de vos rêves. J’avais une idée assez précise de ce que je voulais mettre en place. J’avais par exemple compris, à l’époque, qu’il fallait être en pointe sur la technologie. J’avais aussi été interpellé par le nombre de PME et d’ETI qui avaient besoin d’aide à l’international ».
Si le cabinet travaille aujourd’hui pour des multinationales de renom telles que TotalEnergies, Orano, Publicis, Axa, Suez, Microsoft ou OpenAI, Bersay s’est en effet d’abord intéressé aux entreprises de taille plus modeste. « Elles avaient des besoins de qualité et de réactivité. Mais cela impliquait aussi de trouver les bons correspondants à l’étranger, comme aux Etats-Unis, en Italie, au Japon, par exemple etc. J’ai eu le sentiment de travailler main dans la main avec ces entreprises et de faire partie de leurs équipes. Je crois aujourd’hui avoir modestement contribué à leur développement », estime-t-il.
La priorité : que le client soit satisfait
Face au succès grandissant du cabinet, Jérôme Bersay décidera – événement rare pour un cabinet d’avocats – de faire certifier la société ISO 9001 (norme mondialement reconnue pour le management de la qualité). « L’idée était de maintenir le niveau de qualité sur les dossiers. Nous nous sommes donc attelés à mettre en place des procédures qui ne soient pas trop lourdes pour les clients et garantissant qu’une mission soit bien traitée de A à Z. Le cauchemar d’un cabinet d’avocats est par exemple de rater une audience, ou d’avoir un niveau d’écriture insuffisamment qualitatif, que ce soit en contentieux ou en conseil. Ainsi, le consultant ISO interroge nos clients pour savoir ce qu’ils attendent d’un cabinet, ce qu’ils apprécient, leurs bonnes et leurs mauvaises expériences, les choses à améliorer, etc. il en ressort que 80 % des clients veulent de la réactivité pour les aider à prendre les bonnes décisions et que l’avocat comprenne leur business, leur objectif économique et leur environnement politique. Des commentaires très utiles qui nous permettent de réfléchir aux vrais besoins du client et de bien poser les bases d’un dossier pour optimiser toutes nos chances de succès », nous explique Jérôme Bersay.
Une démarche participative très appréciée des clients que Bersay renouvelle tous les ans depuis 1998. Et tous les lundis matin, une réunion d’équipe au complet se tient au cabinet, pour faire contribuer tous les collaborateurs à une réflexion globale sur les dossiers et le fonctionnement de la firme. « Vous pouvez avoir l’ego que vous voulez. A la fin, si le client n’est pas content, il s’en va. Et notre marché est très concurrentiel », rappelle-t-il.
Briser le plafond de verre
C’est à partir de 1999 que Bersay accueillera ses premiers associés et ses premiers dossiers majeurs. De cette période, le fondateur se souvient en particulier de la rocambolesque OPA amicale puis hostile sur la Compagnie Européenne des Casinos. Il s’agissait d’un accord d’apport de titres via une offre publique amicale de la part du groupe Accor qui serait devenu le premier acteur européen des casinos si l’opération avait été à son terme. Mais après moult péripéties judiciaires, notamment devant la Cour d’appel de Versailles et la Commission des sanctions de l’Autorité des marchés financiers (qui jugera pour la première fois sur le fond du dossier malgré une problématique de vice de procédure et qui tranchera en faveur de la Compagnie), c’est finalement le groupe Partouche qui raflera la mise par une simple vente sur le marché.
Un dossier qui permettra à Bersay de se faire un nom, tant en France qu’à l’étranger, face aux géants anglo-saxons. « Nous avons réussi à briser le plafond de verre », se félicite son fondateur.
Un autre dada
Jérôme Bersay, 61 ans, pense aujourd’hui à la suite. « Il faut préparer l’avenir du cabinet avec le recrutement d’associés plus jeunes et la montée en compétences de nos collaborateurs. Pour attirer les talents, nous capitalisons sur nos points forts, à savoir l’international par exemple », confie-t-il.
Mais l’avocat a un autre combat, toujours en lien avec cette idée d’indépendance : redonner ses lettres de noblesse aux cabinets français sur la place de Paris. « Lorsque l’on regardait le top 100 des cabinets d’avocats en France dans les années 1990, 80 % étaient français. Aujourd’hui, ce sont des Anglo-Saxons. La raison de ce revirement ? Nous n’évoluons pas à armes égales. Les cabinets anglais par exemple ont des avantages concurrentiels sur le territoire français dont nous ne disposons pas, comme le droit de lever des fonds auprès du private equity, ce qui leur permet de créer des filiales en France ou de les renforcer. Ils ont également le droit de se coter en Bourse, ce qui leur donne d’autres moyens de financement pour investir dans la tech, les ressources humaines, et nous concurrencer ainsi sur notre marché, sans compter les avantages fiscaux offerts aux associés de cabinets américains. Enfin, pour retenir leurs talents, ils mettent aussi en place des clauses de non-concurrence ce qui est impossible dans la culture française. Leur puissance financière séduit de plus en plus de jeunes avocats français », liste Jérôme Bersay qui plaide pour une réforme du financement des cabinets d’avocats français par le private equity, à l’heure notamment où les coûts liés à l’intelligence artificielle augmentent. « Comment un cabinet d’avocats français peut-il lutter dans un marché dominé par des firmes qui ne sont pas soumises aux mêmes règles de fonctionnement ? Il y a un avantage anticoncurrentiel à notre détriment. Et la France est le seul pays à procéder ainsi », s’interroge-t-il.
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