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Macro-économie / Taux

Macro-économie / Taux

Une inquiétante stagnation des réformes du commerce des services / L’essor de l’IA risque d’être freiné par des barrières réglementaires persistantes

Malgré une économie mondiale résiliente et un boom des échanges de services, l’édition 2026 de l’indice de restrictivité des échanges de services de l’OCDE montre un net ralentissement des réformes. À l’heure où l’intelligence artificielle promet une explosion des flux transfrontaliers, l’absence de modernisation réglementaire pourrait coûter cher en compétitivité et en productivité.
Mathias Cormann, secrétaire général de l'OCDE - Photo par TOBIAS SCHWARZ / AFP
Mathias Cormann, secrétaire général de l'OCDE - Photo par TOBIAS SCHWARZ / AFP

Il faut presser le pas. En 2025, le commerce mondial a progressé de 4,2 % et la croissance du PIB mondial a atteint 3,2 %, selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Les échanges mondiaux de services ont même bondi de 9 % au deuxième trimestre. Pourtant, derrière cette dynamique, les obstacles réglementaires restent élevés et les réformes ralentissent.

C’est le principal enseignement de l’édition 2026 de l’Indice de restrictivité des échanges de services (STRI) publié par l’OCDE : en 2025, les nouvelles restrictions ont dépassé les mesures de libéralisation. Moins de réformes ont été engagées qu’en 2024, signe d’une stagnation de la modernisation des politiques de services, dans un contexte dominé par les tensions commerciales sur les biens industriels.

Le commerce des services est devenu central dans l’économie mondiale. En 2024, les pays membres de l’OCDE ont exporté plus de 6 144 milliards de dollars de services, en hausse de plus de 9 % sur un an, alors que les exportations de biens restaient stables.

Les États-Unis dominent largement le classement avec 1 152 milliards de dollars d’exportations de services, suivis du Royaume-Uni (648 milliards) et de l’Irlande (525 milliards). Plusieurs grandes économies - États-Unis, Royaume-Uni, Irlande, France, Inde, Singapour ou Pays-Bas - dégagent un excédent commercial dans les services. À l’inverse, l’Allemagne, la Chine et le Japon affichent un déficit.

Mais ces performances masquent de profondes disparités réglementaires. Si l’écart de restrictivité entre pays de l’OCDE et pays non-membres s’est réduit depuis 2014, il demeure important : en 2025, les économies non OCDE restent en moyenne 55 % plus restrictives.

Sur dix ans, la région Asie-Pacifique a réduit son niveau global de restrictivité de plus de 6,5 %. L’Indonésie a abaissé son STRI moyen de 24 %, la Chine de 18 % et la Thaïlande de 13 %.

À l’inverse, l’Europe a vu son niveau de restrictivité augmenter de plus de 5,7 %. En cause notamment : le renforcement des mécanismes de filtrage des investissements étrangers au sein de l’Union européenne, dans le sillage du règlement (UE) 2019/452. De nombreux États membres ont élargi ces dispositifs à un large éventail de secteurs de services.

En 2025, les nouvelles restrictions ont particulièrement touché les services d’infrastructures physiques (construction, architecture, ingénierie) ainsi que l’audiovisuel. À l’inverse, les principales mesures de libéralisation concernent les services financiers, la distribution et certaines activités logistiques.

L’Inde a supprimé les plafonds de participation étrangère et les exigences de nationalité dans l’assurance. L’Indonésie a levé l’obligation pour l’État de détenir au moins 51 % du capital dans certaines entreprises publiques de services. La Nouvelle-Zélande a accéléré le traitement des visas d’affaires.

Pour l’OCDE, l’enjeu dépasse les ajustements sectoriels. Une grande partie des cadres réglementaires actuels date des années 1990, bien avant la numérisation massive des services et l’essor de l’intelligence artificielle.

Or, selon l’Organisation mondiale du commerce, l’IA pourrait accroître la valeur des flux transfrontaliers de biens et de services de près de 40 % d’ici 2040, à condition d’améliorer la cohérence réglementaire et de réduire les fractures numériques.

Le rapport indique que, faute de modernisation stratégique, les économies risquent de passer à côté des gains de productivité et de valeur ajoutée que l’IA promet dans les services. Les barrières persistantes pourraient également aggraver les déséquilibres mondiaux et les écarts de développement numérique.

L’OCDE estime qu’une réduction globale des obstacles aux échanges de services pourrait diminuer les coûts commerciaux mondiaux d’environ 1 600 milliards de dollars par an. Dans la banque commerciale, une réduction de moitié du niveau de restrictivité vers celui du pays le plus performant pourrait réduire les coûts de 29 %. Dans l’assurance, le gain atteindrait 16 %.

La mise en œuvre complète des disciplines sur la réglementation intérieure des services adoptées à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) pourrait, à elle seule, générer jusqu’à 150 milliards de dollars d’économies annuelles.

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