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Stéphane Boujnah fait montre d’optimisme sur le projet de supervision unique des marchés financiers européens / Des signaux de bon augure pour une accélération en ce sens
Entre les initiatives lancées pour soutenir les entreprises stratégiques de l’Europe afin de répondre à l’urgence des enjeux de souveraineté et de sécurité, son entrée au CAC 40 ou encore le rachat de la Bourse d’Athènes, l’année 2025 a été jalonnée de plusieurs évènements marquants pour Euronext. La présentation, en décembre, par la Commission européenne, d’un texte visant à une meilleure intégration des marchés financiers européens, dans le cadre de sa stratégie de l’Union de l’épargne et de l’investissement (UEI), aura également constitué une nouvelle opportune.
« Il réouvre de manière assez ambitieuse des sujets que tout le monde pensait impossibles à traiter », a indiqué Stéphane Boujnah, président du directoire de l’opérateur boursier paneuropéen, lors d’un déjeuner organisé à l’occasion de la conférence annuelle du groupe, placée sous le thème « Renforcer les marchés de capitaux européens dès maintenant ». Parmi ces sujets, entre autres : celui d’une supervision unique des marchés financiers à l’échelle européenne, qui viserait à transférer un certain nombre de compétences à l’ESMA pour les infrastructures de marché importantes et remédier ainsi aux complexités découlant d’approches de surveillance fragmentées. Un projet également soutenu par l’Autorité des marchés financiers (AMF).
Une évolution réglementaire dans le bon sens dont la vision a été confirmée la semaine dernière par l’envoi d’une lettre de la part des ministres des Finances de la France, de l’Allemagne, de l’Italie, des Pays-Bas, de la Pologne et de l’Espagne, a tenu à rappeler Stéphane Boujnah. Ils y ont affirmé que réaliser des progrès tangibles sur la nouvelle UEI était devenu une nécessité urgente et se sont engagés à faire avancer ce projet, dans un écrit adressé au président de l’Eurogroupe et à la Commission européenne. Accordées sur plusieurs sujets de l’UEI (comme la révision du cadre de titrisation, par exemple), avec une petite nuance de rhétorique à noter du côté de la supervision unique - elle demandera « un travail de compromis politique à construire », a observé Stéphane Boujnah -, les six plus grandes puissances de l’économie européenne affirment au moins leur volonté d’avancer au plus vite à ce propos. Et incitent ainsi l’Europe à trouver un accord politique d’ici à l’été 2026.
Plusieurs cas envisageables
Reste désormais à voir quels seront les arbitrages rendus, pour avancer sans forcément attendre un consensus à Vingt-Sept. Cela pourrait passer par la coopération renforcée, nécessitant l’aval de 9 Etats membres au minimum, ou potentiellement par une mécanique multilatérale. « Manifestement, certains souhaitent que cela arrive vite au travers d’un ‘big bang’de type BCE, d’autres voudraient que cela soit plus long et que l’on passe par une phase avec une ‘ESMA +’, qui assurerait une coordination plus étroite », a commenté Stéphane Boujnah. Quoi qu’il en soit, le patron d’Euronext est clair sur ses positions en faveur de la supervision unique, qu’elle soit exercée par un seul superviseur ou bien par plusieurs d’entre eux qui seraient mieux organisés, appelant de ses vœux à ce que l’objectif d’un accord politique sur ce sujet, parmi d’autres présentés dans le texte de Bruxelles, en 2026, soit bien tenu.
Il faut dire que ce projet est nécessairement capital pour le groupe, acteur européen « at scale » engagé dans la consolidation des places boursières de l’Union européenne (il en opère désormais huit : Paris, Amsterdam, Athènes, Bruxelles, Dublin, Lisbonne, Milan et Oslo) ainsi que dans le lancement de produits paneuropéens. « Le marché d’Euronext représente plus de deux fois la taille du marché equity de Londres et plus de trois fois la taille du marché equity de Francfort », a par ailleurs détaillé Stéphane Boujnah. Une taille qui implique pour le groupe de se pencher régulièrement sur une multitude de contraintes locales et de traiter avec des régulateurs aux cultures et aux degrés d’interprétation différents.
Le sujet de la supervision unique ne reste qu’un pan du texte présenté par Bruxelles en décembre dernier, visant au travers de différents canaux à libérer le potentiel du marché unique des services financiers de l’UE. Mais si l’Europe a ses défauts - de bureaucratie, de processus institutionnels à rallonge, ou d’empêtrement dans des règles existantes ayant été ficelées dans un monde où la Chine ne représentait que 4 % du PIB mondial et où l’Europe tenait son rang de puissance face aux États-Unis, notamment dans le secteur financier –, il reste à y apporter des nuances. « Il y a des moments où l’on sait faire, y compris dans l’histoire récente. L’Europe avance lorsqu’elle est face à des nécessités », a résumé Stéphane Boujnah, rappelant les exemples du Covid-19 et l’organisation d’un bureau d’achat unique pour les vaccins, son action lors de la crise énergétique ou bien encore son soutien financier à l’Ukraine.
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