Macro-économie / Taux
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France : ces 1 300 milliards d’euros qui rebattent les cartes chaque année / Des transferts publics qui divisent les inégalités par sept
Une incroyable broyeuse à inégalités de revenus. Voilà comment l’on peut définir la machine redistributive française dont une étude de l’Insee vient de faire une description chirurgicale. Avant toute intervention publique, les 10 % des Français les plus aisés disposent d’un niveau de revenu 26 fois supérieur à celui des 10 % les plus modestes, rapportent les économistes Mathias André, Alexis Barrau et Thomas Renaud.
Ces disparités se retrouvent également entre catégories socioprofessionnelles. Les ménages dont la personne de référence est cadre, indépendante ou cheffe d’entreprise affichent un revenu moyen de 89 000 euros par unité de consommation, soit plus du double de la moyenne nationale. À l’inverse, les employés et ouvriers se situent autour de 36 000 euros. Les retraités, dont les revenus relèvent principalement de la redistribution, apparaissent très en retrait à ce stade, avec seulement 13 400 euros en moyenne. Mais cette hiérarchie est profondément bouleversée par l’intervention publique. En 2023, les transferts représentaient 1 337 milliards d’euros.
Premier levier : les prélèvements. En moyenne, ils s’élèvent à 27 000 euros par unité de consommation, avec une forte progressivité selon les revenus. Les ménages aisés contribuent nettement davantage, avec plus de 51 000 euros en moyenne pour les cadres, indépendants et chefs d’entreprise, contre un peu plus de 21 000 euros pour les employés et ouvriers. Deuxième levier : les prestations sociales en espèces, qui atteignent 12 600 euros par unité de consommation. Elles incluent les retraites, les allocations chômage, les aides familiales ou encore les minima sociaux.
Mais c’est surtout le troisième levier qui transforme en profondeur les inégalités : les transferts en nature individualisables. Évalués à 15 800 euros par unité de consommation, ils correspondent aux services publics fournis gratuitement ou à coût réduit (santé, éducation, logement, action sociale). « Les transferts sociaux en nature expliquent 51 % de la réduction des inégalités », précise l’étude. Les prestations monétaires y contribuent pour 36 %, tandis que les dépenses collectives (sécurité, justice, défense) participent également à ce rééquilibrage.
Au total, après redistribution, le niveau de vie moyen atteint 45 700 euros par unité de consommation. Surtout, les écarts se resserrent considérablement : le rapport entre les 10 % les plus riches et les 10 % les plus pauvres tombe à 3,5.
Ce système bénéficie à une majorité de la population. En 2023, 56 % des Français sont bénéficiaires nets de la redistribution, avec un gain moyen de 23 900 euros par an. Cette proportion atteint 99 % parmi les 10 % les plus modestes et reste très élevée chez les retraités, du fait du poids des pensions et des dépenses de santé. Les familles monoparentales et les ménages peu diplômés figurent également parmi les principaux gagnants. À l’inverse, les contributeurs nets sont principalement les ménages les plus aisés, notamment les cadres et les indépendants.
À noter qu’un élément complète ce tableau : le rôle de l’endettement public. Les prélèvements obligatoires sont inférieurs de 5 % aux transferts (66 milliards d’euros), ce qui génère un supplément moyen de 1 400 euros par unité de consommation permis par la dette.
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