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Atos garde le cap malgré un trimestre poussif / Philippe Salle temporise sur 2026
Atos avance encore en terrain cabossé. Un an après le lancement de Genesis, le groupe peine toujours à enrayer la contraction de son activité sans avoir encore renoué avec la croissance. Pour Philippe Salle, les signaux commerciaux récents relèvent pourtant des premiers motifs d’optimisme, dans un registre qui emprunte par moments à la méthode Coué. « C’est plutôt encourageant, en fait, je dirais, pour les prochains trimestres », a assuré mardi son président-directeur général à la presse.
Au premier trimestre 2026, les revenus sont ressortis à 1,64 milliard d’euros sur le périmètre post-cessions servant de référence aux objectifs annuels, en baisse organique de 11 %. Un résultat conforme aux attentes internes, mais légèrement en retrait par rapport au scénario initial, dans un contexte macroéconomique devenu nettement plus agité depuis le début de l’année.
Philippe Salle voit le point bas
Le recul demeure prononcé, mais il s’inscrit dans une séquence moins dégradée qu’au plus fort de la crise opérationnelle traversée en 2025. Au premier semestre dernier, le chiffre d’affaires chutait encore de 17,4 % en organique. Le troisième trimestre avait ensuite ramené la baisse à 10,5 %, puis le quatrième à 9,3 %, niveau alors présenté comme le point bas du cycle. Un statut que Philippe Salle attribue désormais aux trois premiers mois de 2026. « C’est le trimestre le plus bas », a assuré mardi le dirigeant. « Au deuxième trimestre, nous devrions faire un peu mieux, avec un recul encore proche de 11 %, avant un redémarrage de la croissance au troisième trimestre. »
Le groupe explique qu’environ trois points de baisse proviennent encore de sorties volontaires de contrats peu rentables. Autrement dit, la décroissance reste aussi le produit d’un nettoyage du portefeuille engagé depuis plusieurs mois. C’est tout l’enjeu de la période pour Philippe Salle : assainir la base de revenus sans prolonger trop longtemps l’érosion du chiffre d’affaires.
Le maillon faible reste américain
La géographie de la contre-performance reste très inégale. Le Royaume-Uni et l’Irlande confirment leur rôle de moteur avec une croissance organique de 5,2 %, prolongeant l’élan amorcé au quatrième trimestre 2025 grâce à de nouveaux contrats, notamment dans le secteur public. À l’autre extrémité du spectre, l’Amérique du Nord concentre les difficultés les plus aiguës, avec un recul de 26,9 % à 243 millions d’euros. Résiliations de contrats peu rentables, moindre activité chez des clients existants, attentisme dans plusieurs secteurs : la région ne bénéficie pas encore des initiatives commerciales engagées. Philippe Salle préfère toutefois souligner un ratio book-to-bill supérieur à 160 %,
La France, elle, affiche un recul de 9,5 %, pénalisée par la mise en pause du secteur public et le ralentissement des décisions lié aux élections locales de mars.
Genesis continue de faire le ménage
En attendant les effets de la relance commerciale, Genesis continue de produire ses effets sur la structure de coûts. Les économies prévues sur trois ans ont été réalisées avant même la fin du trimestre, permettant au groupe d’afficher une marge conforme à ses attentes et de réitérer son objectif annuel d’environ 7 % de marge opérationnelle. Atos a désormais décidé de prolonger le plan afin d’aller chercher de nouveaux gains d’efficacité. Sur les 650 millions d’euros initialement annoncés, Philippe Salle assure déjà pouvoir faire mieux : « Nous pensons dépasser 700 millions d’euros. » Le dirigeant lie cet effort supplémentaire à l’objectif plus large de marge opérationnelle de 10 % à horizon 2028.
Les gains se lisent aussi dans l’organisation interne. Le taux d’utilisation des effectifs dépasse désormais 80 %, contre environ 75 % au lancement du plan, tandis que huit entités juridiques supplémentaires ont été supprimées sur le trimestre. Les effectifs totaux s’établissent à 58 771 personnes fin mars, en baisse de 7 % depuis le début 2025, la cession d’Advanced Computing (Bull) représentant à elle seule environ 2 000 salariés.
Sur la liquidité, Atos affiche 1,736 milliard d’euros fin mars, contre 1,705 milliard trois mois plus tôt, soit un niveau supérieur de plus d’un milliard d’euros au seuil minimum de 650 millions prévu par sa documentation de crédit. Sur le trimestre, la variation nette de trésorerie ressort à -47 millions d’euros. Ce recul tient à la saisonnalité habituelle de l’activité, à l’accélération des restructurations, pour un impact d’environ 71 millions d’euros, ainsi qu’à la contribution encore négative d’Advanced Computing, consolidée sur la période. Le groupe a par ailleurs réduit sa dette de 62 millions d’euros via des rachats d’obligations sur le marché.
Des prévisions ajustées, un cap inchangé
Face à un environnement devenu plus incertain depuis la fin février, Atos a resserré sa prévision de chiffre d’affaires pour 2026. Le groupe vise désormais une évolution organique comprise entre -1 % et -5 %, alors que sa précédente communication laissait encore ouverte l’hypothèse d’un retour à la croissance. « Avec le niveau d’activité observé en ce début d’année, il ne serait pas raisonnable de tabler encore sur une croissance en 2026 », a-t-il reconnu. Le scénario central se situait toutefois plutôt dans la partie haute de la fourchette, avec un recul des revenus limité à -1 % à -3 %. Le dirigeant maintient sa lecture séquencée du redressement : « 2025, c’était l’année du reset, 2026 l’année du rebond, et puis les années d’accélération, qui sont 2027 et 2028. »
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