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Pourquoi Hachette Livre et StudioCanal créent une joint-venture / Capter le potentiel des adaptations d'œuvres littéraires demande à lever plusieurs freins
Le groupe Lagardère n’entend pas rester spectateur des opportunités que représentent les adaptations audiovisuelles des œuvres littéraires. Il prévoit de s’associer avec Canal + pour accélérer en ce sens grâce à une co-entreprise, qui sera partagée avec sa filiale Hachette Livre : On Screen. Une nouvelle annoncée lors de l’assemblée générale des actionnaires de Lagardère SA, désormais inclus dans la structure Louis Hachette Group - créée à la suite de la scission de Vivendi -, qui devrait permettre au groupe d’édition de tirer parti de cette manne.
« Le livre est résilient, mais il manque un peu de croissance », a en effet observé Arnaud Lagardère, président-directeur général du groupe éponyme et de Hachette Livre, lors de la réunion, en détaillant la stratégie de Lagardère Publishing. « Nous avons une immense opportunité d’utiliser toute la matière que nous avons, tous ces romans et tous ces auteurs, dans un autre domaine », a-t-il poursuivi, avant de laisser la parole à Maxime Saada, président du directoire de Canal + et vice-président du groupe Lagardère.
Ce dernier avait déjà, lors de l’assemblée générale de l’an passé, partagé une conviction : « Celle d’un potentiel sous-exploité des adaptations des œuvres littéraires et des œuvres d’Hachette à l’écran », a-t-il rappelé. Il faut dire que si le marché de l’édition de livres pèsera 140 milliards d’euros, à l’échelle mondiale, en 2026, celui de l’audiovisuel est bien plus important : 460 milliards d’euros prévus cette année, ce qui traduirait une croissance de 15 % depuis 2021. Une progression tirée par les investissements des acteurs du secteur. Disney, Netflix et Prime Video (Amazon) ont respectivement déployé 20, 15 et 12 milliards d’euros dans leurs contenus en 2025. Canal +, de son côté, se place à égalité avec Apple TV, avec 4 milliards d’euros investis.
Il y a de quoi faire
Autre constat : au sein de ce marché audiovisuel d’envergure, les films adaptant des livres représentent moins de 10 % du volume de ceux produits… mais incarnent entre 30 % et 40 % des œuvres du « top 100 » au box-office mondial, en fonction des années. « Au-delà du succès populaire, les films adaptés de livres tirent leur épingle du jeu en termes de critique », a pointé Maxime Saada. Qu’il s’agisse de la cérémonie des Oscars ou de celle des César, pour ne citer qu’elles, près de la moitié des œuvres nommées ou lauréates reposent sur des scénarios tirés de livres. Le raisonnement reste le même sur le format des séries.
Si le terrain de jeu est vaste et que les œuvres rencontrent leur succès, la contrepartie financière reste pour l’heure limitée du côté des acteurs de l’édition. En France, leur marché est estimé à 3 milliards d’euros au total, tandis que les revenus issus des cessions de droits audiovisuels ne franchissent pas le palier des 10 millions d’euros, a illustré Maxime Saada. « Hachette ne fait pas exception, nous ne sommes ni meilleurs ni moins bons. Les revenus tirés des droits audiovisuels sont toujours sous la barre des 1 %. Nous avons de grands succès, comme Astérix, qui est un phénomène à part, y compris sur le marché mondial. Mais Hachette n’a pas encore tiré parti de ce potentiel », a estimé le vice-président du groupe Lagardère.
La chaîne est longue
Réussir à se saisir de cette aubaine n’a toutefois rien d’évident. En effet, a expliqué Maxime Saada, plusieurs étapes jalonnent le parcours allant de la publication d’un livre à celui de la distribution de son adaptation. D’abord, celle de la négociation des droits : « Cela prend la forme d’options, acquises par des acteurs comme Canal + ou d’autres studios. Le montant est assez faible, voire dérisoire. Il est de quelques milliers, ou au mieux de quelques dizaines de milliers d’euros ». Ces droits sont par la suite bloqués sur une période allant de 18 à 36 mois, sans qu’il ne soit garanti que cette option soit effectivement convertie en film ou en série.
Selon Maxime Saada, cette probabilité oscille entre 1 % et 2 %. Et quand enfin ces étapes ont été franchies, reste la distribution et la diffusion. « Combien de ces revenus sont captés par l’éditeur ? En fait, la proportion est assez faible. Quand on cumule ces étapes, l’on comprend pourquoi aujourd’hui les éditeurs ont du mal à [profiter du] potentiel de ce marché », a résumé Maxime Saada.
Cette faible conversion est d’autant plus regrettable que les adaptations audiovisuelles ont un impact clair sur les ventes de livres. Les Chroniques des Bridgerton, par exemple, grand succès sur Netflix – la série de livres avait été publiée par Hachette dans les années 2000 – a vu ses ventes être multipliées par 85 lors des trois mois ayant suivi la sortie de son adaptation sur la plateforme américaine. L’enjeu reste désormais de répéter ce type d’exemple. « Notre réponse est simple : associer nos deux maisons, Hachette Livre et StudioCanal, en particulier, dans une joint-venture avec un potentiel des deux parties qui est important. Il y a les 15 000 titres annuels qui sont ajoutés au catalogue d’Hachette et les plus de 100 000 titres déjà accessibles, avec des droits d’adaptation », a précisé le président du directoire de Canal +.
Un historique dans les franchises
Au-delà de la base d’abonnés et des sociétés de production, Canal + et StudioCanal apporteront aussi leur capacité à développer des franchises, a indiqué Maxime Saada. « Notre plus bel exemple est l’Ours Paddington, propriété aujourd’hui de Canal +, que StudioCanal a développé sur trois films. Ils ont réalisé plus de 700 millions de dollars au box-office mondial. Mais surtout, au-delà des films, il y a les séries, les produits dérivés et maintenant la comédie musicale. Depuis que Vivendi en a fait l’acquisition, Paddington a généré, en tout, plus de 1,5 milliard d’euros de revenus », s’est félicité Maxime Saada.
On Screen, la nouvelle société commune, comprendra en tout cas une équipe dédiée, consacrée à identifier les œuvres à fort potentiel, puis au développement de scripts, de films et de séries, afin d’accélérer et de lever les freins évoqués. StudioCanal sera ainsi le partenaire studio de référence du groupe d’édition, mobilisera ses différents métiers - conception créative, financement, production et distribution - et aura un accès privilégié à ces projets. Au-delà d’une meilleure capture de la valeur créée par ces adaptations et de l’accélération des ventes de livres et des produits dérivés, cela devrait aussi permettre à Hachette Livre et ses auteurs d’avoir un cadre contractuel plus favorable, a précisé Maxime Saada. « Ce projet est au bénéfice du groupe Lagardère », a-t-il assuré.
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