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Legrand / Benoît Coquart
Legrand carbure aux datacenters comme jamais / Le prochain chapitre se jouera à Singapour
Les datacenters, encore et toujours. Les résultats du premier trimestre 2026 dévoilés jeudi matin par Legrand ne font que confirmer, avec une netteté croissante, la transformation structurelle du spécialiste limougeaud des infrastructures électriques et numériques : le groupe du CAC 40, dont le chiffre d'affaires a franchi la barre des 9,5 milliards d'euros en 2025, affiche sur les trois premiers mois de l'année une progression totale de près de 18% de ses ventes, partagée presque à égalité entre croissance organique et acquisitions.
Cette performance prend d’autant plus de relief que le marché du bâtiment, débouché historique du groupe, reste en retrait dans la quasi-totalité des géographies européennes. La croissance organique ressort à +9,3%, un niveau remarquable dans le contexte actuel. La France et l'Espagne affichent des reculs modérés, et le rebond du secteur résidentiel attendu depuis plusieurs trimestres se fait toujours attendre.
Une bonne surprise qui devient récurrente
Le contraste devient même de plus en plus frappant entre les activités liées aux centres de données et le reste du portefeuille. « Le groupe n’a pas communiqué de ventilation entre datacenters et activités bâtiment au premier trimestre, mais il est difficile d’interpréter autrement cette divergence régionale : les datacenters évoluent probablement très au-dessus de l’objectif annuel de +10 % à +20 %, tandis que les activités bâtiment prises isolément restent sans doute faibles », résument les analystes de Stifel.
Le groupe ne cache pas que la dynamique des centres de données tire l’essentiel de la croissance actuelle. « Oui, nous continuons d’avoir cette surprise positive. C’est au-delà de ce que nous anticipions, et cela devrait se poursuivre. Nous continuons de recevoir énormément de commandes », explique à WanSquare le directeur général Benoît Coquart.
L’effet hyperscalers
Derrière cette accélération, le groupe voit la poursuite des investissements massifs engagés par les grands acteurs américains du cloud et de l’intelligence artificielle. « Les quatre grands hyperscalers américains ont annoncé plus de 700 milliards de dollars d’investissements cette année. [...] Une part significative de ces investissements est également destinée aux infrastructures électriques des datacenters. », indique le dirigeant.
Cette montée en puissance se lit directement dans les chiffres du trimestre. « La croissance organique dans les datacenters a été de l’ordre de 30 % au premier trimestre. [...] Sur cette base, nous serons clairement dans le haut de la fourchette annoncée, et non dans le bas », souligne Benoît Coquart. Les États-Unis restent le principal moteur. « Nous observons un afflux massif d’investissements de la part de Meta, Google, Microsoft ou encore Amazon [...]. Chaque fois qu’un de ces acteurs annonce une hausse de ses investissements de 30 à 80 milliards de dollars, c’est une véritable bonne nouvelle pour notre secteur. »
30 acquisitions
Cette dynamique explique aussi l’intensification continue de la stratégie d’acquisitions du groupe. Legrand a encore annoncé deux opérations supplémentaires dans les datacenters jeudi, après une succession d’achats déjà très soutenue ces dernières années. « Ces dernières années, nous avons réalisé 30 acquisitions dans les datacenters, ce qui représente un volume particulièrement important », rappelle Benoît Coquart.
L’intégration de ces sociétés se veut progressive, dans un secteur où la vitesse d’exécution reste essentielle. « Lorsqu’on réalise une acquisition dans un secteur qui croît aussi vite, la priorité absolue est de ne pas freiner cette croissance. Il faut préserver leur agilité, leur proximité avec les clients et leur capacité à prendre rapidement des décisions d’investissement. » D’où un arrimage volontairement graduel et précautionneux. « Nous conservons très souvent les marques », précise Benoît Coquart.
Des marges toujours élevées, plus nuancées
Malgré la vigueur persistante des datacenters, Legrand n’a pas relevé ses objectifs annuels, dans un environnement géopolitique et macroéconomique qui reste incertain pour les marchés plus traditionnels du groupe. À ce stade, le groupe ne constate toutefois aucun impact direct significatif des tensions au Moyen-Orient sur son activité. « Cela n’a pas affecté l’activité au premier trimestre », souligne Benoît Coquart, qui évoque surtout des pressions inflationnistes sur certaines matières premières et sur l’énergie.
Cette pression semble d’ailleurs transparaître dans les marges. Si la rentabilité reste élevée, la situation est un peu plus nuancée qu’il n’y paraît à première vue. « À périmètre 2025, la marge ressort à 20,5 %, ce qui implique une dilution organique de 20 points de base sur un an, entièrement compensée par une contribution relutive des acquisitions à hauteur de 20 points de base. », notent les analystes de Stifel. Selon eux, « le recul organique de la marge est cohérent avec la mention d’une inflation qui commence déjà à affecter la base de coûts ».
Le marché attend désormais le CMD
L’important effet de change négatif de 5,8 % enregistré au premier trimestre, principalement lié au dollar, devrait en revanche progressivement se réduire au fil de l’année. « À mesure que les bases de comparaison vont devenir plus favorables, cet effet négatif devrait progressivement se rapprocher de 2 %. Il restera négatif, mais nettement moins qu’au premier trimestre », explique Benoît Coquart, alors que la baisse du dollar avait commencé au milieu de l’année dernière.
Surtout, les investisseurs auront désormais les yeux tournés vers le prochain Capital Markets Day de Legrand, prévu à Singapour. Pour Stifel, le symbole est particulièrement parlant. « Le choix du lieu et du calendrier constitue en lui-même un signal montrant que les datacenters structurent désormais la prochaine étape du récit stratégique à horizon 2030. »
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