Entreprises / Actions / Thales
Entreprises / Actions
Thales
Thales pousse ses capacités à un niveau inédit / Une AG marquée par les enjeux de l’IA et du spatial
L’assemblée générale de Thales, réunie mardi 12 mai à l’auditorium Châteauform’ City George V à Paris, a largement dépassé le simple exercice statutaire. Pour sa douzième assemblée générale à la tête du groupe, Patrice Caine a mis en scène un Thales engagé dans une montée en puissance industrielle et technologique appelée à mobiliser fortement le groupe dans les années à venir.
Les actionnaires ont d’abord très largement reconduit l’architecture de gouvernance du groupe. Les six administrateurs dont les mandats arrivaient à échéance ont tous été renouvelés, confirmant la stabilité du tandem structurant État français et Dassault Aviation, désigné comme « partenaire industriel » dans les résolutions soumises au vote. Éric Trappier, désormais patron du Groupe Industriel Marcel Dassault, et ses trois collègues issus du pôle Dassault ont tous été reconduits pour quatre ans. Patrice Caine a été reconduit comme administrateur avec 91,42 % de voix favorables.
Le groupe engagé dans une expansion inédite
Le soutien au PDG s’est également manifesté lors du vote consultatif sur sa rémunération 2025, approuvée à 95,7 % des voix, tandis que le conseil a validé une hausse de sa part fixe, portée de 1 à 1,1 million d’euros, un variable cible désormais fixé à 150 % du fixe contre 100 % auparavant, ainsi qu’un relèvement des attributions liées aux plans d’actions de performance de long terme.
Il faut dire que depuis l’arrivée de Patrice Caine à la tête du groupe fin 2014, Thales a profondément changé de dimension. Le chiffre d’affaires est passé de 13 à plus de 22 milliards d’euros en 2025, le résultat net ajusté a été multiplié par plus de 3,5 et le free cash-flow opérationnel par plus de 5. L’année 2025 elle-même a été marquée par une croissance organique du chiffre d’affaires de 8,8 %, un EBIT ajusté en hausse de 14 % pour atteindre 12,4 % des ventes, ainsi qu’un free cash-flow record de 2,577 milliards d’euros, soit un taux de conversion de 128 % du résultat net ajusté. Les prises de commandes ont dépassé 25 milliards d’euros pour la deuxième année consécutive, portant le carnet à 53 milliards.
Derrière la stabilité de la gouvernance, Patrice Caine a décrit aux actionnaire un groupe en pleine transformation d'échelle industrielle, avec une intensité d'investissement qui n'a pas d'équivalent dans son histoire récente. Les CAPEX ont atteint 750 millions d'euros en 2025, soit 50 % de plus qu'en 2022, et la direction anticipe entre 830 et 850 millions pour 2026. « Les productions de nos radars ont été multipliées par 4 en France, de 10 à 40 grosso modo, par 2 aux Pays-Bas, de 10 à 20. La plupart de la production de nos effecteurs, que ce soit La Ferté-Saint-Aubin, que ce soit Belfast, au Royaume-Uni, ont été multipliées entre 4 et 5 », a détaillé le PDG devant les actionnaires.
Le dirigeant a aussi beaucoup insisté sur la question des capacités technologiques européennes et sur la nécessité de bâtir des positions industrielles capables de rivaliser avec les grands groupes américains. L’un des moments les plus scrutés de l’assemblée concernait ainsi le projet baptisé « Bromo », destiné à rapprocher les activités spatiales de Thales Alenia Space, Airbus et Leonardo. Si elle aboutit, l’opération conduira à la création d'un champion européen d'environ 7 à 8 milliards d'euros de chiffre d'affaires, avec quelque 27 000 à 28 000 collaborateurs, sur un actionnariat équilibré entre les trois partenaires. « Il y a quand même encore beaucoup de travail à faire pour y arriver, et d'ailleurs, nous ne sommes pas sûrs d'y arriver à 100 %, donc c'est pour ça que je parle toujours de projet ou d'initiative », a pris soin de tempérer Patrice Caine.
L’IA critique au cœur de la stratégie
L'intelligence artificielle a constitué l'autre grand fil narratif de la matinée. Plus de 800 experts en IA au sein du groupe, une centaine de produits qui intègrent désormais ces technologies, des gains de productivité mesurables dans des applications concrètes : détection de mines, préparation de mission de combat, reconnaissance embarquée. Le PDG a insisté sur la spécificité de cette IA maison, « Pour des métiers dits critiques, pour la sûreté de fonctionnement, on ne peut pas utiliser […] l'intelligence », a-t-il souligné. Deux partenariats récents, l'un avec Dassault Aviation à l'automne dernier, l'autre avec Naval Group début 2026 autour de la filiale Cortex, illustrent la stratégie d'écosystème que Thales cherche à construire dans ce domaine.
La dimension souveraineté a également traversé la partie RSE présentée par Isabelle Simon, Group Secretary & General Counsel. Elle a signalé que Thales avait rejoint en 2025 deux nouveaux indices Euronext : l'un dédié à l'autonomie stratégique européenne, l'autre à l'aéronautique et la défense européenne. « Avec ces indices, Euronext a voulu pousser une nouvelle définition de l'ESG, qui permet de mettre en avant et de reconnaître les entreprises qui contribuent à la résilience et à la souveraineté européenne », a-t-elle expliqué, soulignant que la sécurité est désormais, selon la doctrine Caine, « le principe fondamental du développement durable des sociétés ».
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

