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Stellantis, un recentrage à tous les étages / Des indices le laissaient entendre

Le virage avait été amorcé depuis quelque temps. Avec son plan "Fastlane 2030", Stellantis formalise un vaste recentrage à l’horizon 2030. Géographique, avec des investissements dans les marques et produits concentrés en Amérique du Nord. Commercial, ensuite, avec la mise en avant de quatre marques mondiales. Technologique aussi, avec des motorisations thermiques et hybrides prépondérantes parmi les lancements à venir. Sur le plan industriel, où plusieurs partenariats avec des acteurs chinois répondent à l'appel, l'Europe ne ressort pas gagnante.
Antonio Filosa, directeur général de Stellantis, lors de l'Investor Day
Antonio Filosa, directeur général de Stellantis, lors de l'Investor Day

Il serait peu dire que le nouveau plan stratégique de Stellantis était attendu. Après avoir été reportée, la présentation de la feuille de route du constructeur automobile, « Fastlane 2030 », a été détaillée au long de l’après-midi jeudi, depuis Auburn Hills, aux abords de Détroit, au sein du siège social nord-américain du groupe issu de la fusion entre Fiat Chrysler et PSA. Antonio Filosa, installé à sa direction générale depuis un an, a ainsi assuré sur scène : « Ce plan n’est pas une destination, c’est un cheminement ».

Pour l’accompagner et remonter la pente après deux années de lourdes difficultés, 60 milliards d’euros d’investissements vont être mis sur la table. Quelque 60 % d’entre eux (36 milliards d’euros) seront dédiés aux marques et aux produits. Le reste, soit environ 24 milliards, ira aux plateformes, motorisations et technologies nouvelles. D’un autre côté, le groupe entend générer 6 milliards d’euros d’économies de coûts.

Priorité aux États-Unis et grand retour des moteurs thermiques, ou baisse de la production en Europe : plusieurs points saillants de ce plan stratégique s’articulent en tout cas aux annonces ayant été faites ces derniers mois, voire semaines, par le groupe.

 

Des investissements concentrés

 

De fait, Stellantis mise clairement sur l’Amérique du Nord pour relancer sa croissance. Le groupe n’a d'ailleurs pas attendu la présentation de son plan stratégique pour s’atteler à y muscler ses capacités de production, puisqu’il avait annoncé en fin d’année dernière un plan d’investissement pluriannuel historique de 13 milliards de dollars aux Etats-Unis. Les perspectives sont aussi ambitieuses dans la région, avec une croissance du chiffre d’affaires de 25 % à l’horizon 2030 et une marge opérationnelle comprise entre 8 % et 10 %. Cela se fera grâce à des gains de parts de marché, 11 nouveaux véhicules, dont certains plus abordables, ainsi qu’une hausse de 35 % des volumes, chiffre Stellantis, qui n’a pas donné de telles prévisions pour ses autres zones d’activité.

Compte tenu du potentiel de croissance rentable de la région, explique le groupe, 60 % des 36 milliards d’euros d’investissements prévus pour les marques et les produits lui seront alloués. Le solde sera réparti entre les autres zones d’activité du groupe, sans davantage de précisions. Les prévisions sont moins allantes pour l’Europe. Bien qu’elle hérite d’une cible de croissance de 15 %, sa marge opérationnelle visée, comprise entre 3 % et 5 %, est inférieure à toutes les autres régions. Dans l’ensemble, Stellantis prévoit de faire grimper son chiffre d'affaires de 23 % d'ici 2030, à 190 milliards d'euros, ainsi qu'une marge opérationnelle de 7 % en 2030 (contre une perte de 0,5 % l’année dernière).

 

Un changement de cap annoncé

 

Dans la lignée du recentrage géographique de ses investissements et de ses perspectives de profitabilité, les priorités technologiques du groupe semblent aussi claires. Bien qu'il ait par exemple annoncé le lancement d’une 2CV électrique, les véhicules électriques n'y sont pas en vedette. De fait, c'est en grande partie pour rétropédaler sur le tout-électrique, qui figurait au cœur de la stratégie de Carlos Tavares, que Stellantis avait annoncé l’enregistrement de 22 milliards d’euros de charges exceptionnelles au mois de février. Dans un contexte d’assouplissement réglementaire sur l’électrique aux États-Unis, notamment, le groupe avait ainsi drastiquement réduit ses prévisions de véhicules à batteries afin de s’aligner sur les attentes des clients, expliquait alors le groupe. Antonio Filosa l'a répété plusieurs fois lors de sa présentation : il s'agit désormais de donner aux clients ce qu'ils veulent et de les placer au centre des décisions. 

Ce virage se traduit désormais concrètement. Alors que d’ici 2030, Stellantis entend lancer plus de 60 nouveaux véhicules et procéder à 50 mises à jour majeures sur l’ensemble de ses marques et motorisations, les véhicules thermiques (ou hybrides légers) dominent : 39 d’entre eux répondent à l’appel, contre 29 pour les véhicules tout électriques. Ils se placent ainsi presque à égalité avec les hybrides rechargeables (24).

 

800 000 unités en moins pour l'Europe

 

Sur le plan industriel, Stellantis met en avant une logique d’optimisation de son empreinte. Le groupe avait déjà donné le ton ces dernières semaines. Plusieurs annonces concernant le renforcement de ses alliances avec ses partenaires chinois, Leapmotor et Dongfeng, avaient en effet été dévoilées en amont. Certes, cela lui permettra de produire des Peugeot et des Jeep en Chine, pour celui avec Dongfeng, tout en les relançant les deux marques dans d'autres marchés à l'export. Mais il entend aussi les mobiliser pour remonter ses volumes de production en Europe et résoudre l’équation de la sous-utilisation de ses capacités industrielles.

Ses usines de Madrid et de Saragosse en Espagne (pour Leapmotor) et celle de Rennes (pour Dongfeng), vont ainsi ouvrir leurs portes à ces acteurs et être partagées, afin qu’ils y produisent leurs propres véhicules. Le développement de ce type de partenariats à l'avenir ne semble pas proscrit, Stellantis citant ces trois usines en exemple.

D’un autre côté, le constructeur prévoit de reconvertir certains de ses sites européens, prenant l’exemple de Poissy, dans les Yvelines, où l’assemblage de deux véhicules va être arrêté à compter de 2028, pour être remplacé par d’autres métiers – comme la déconstruction ou les pièces de rechange. En additionnant ces deux canaux, Stellantis prévoit de réduire ses capacités de production de plus de 800 000 voitures en Europe d’ici 2030. Le montant est significatif, dans la mesure où 2,5 millions de véhicules sont sortis de ses usines d’Europe élargie en 2025.

Mais le constructeur d'indiquer que cela permettra de conserver les emplois industriels et, surtout, d'optimiser ses sites européens. Stellantis prévoit ainsi de porter de 60 à 80 % leur taux d’utilisation. À l’inverse, en Amérique du Nord, c’est l’augmentation de la production qui conduira à l’atteinte de ce même taux. « Cela permettra aussi de limiter l’impact des droits de douane », a indiqué Antonio Filosa lors de la présentation, lui qui chapeaute par ailleurs directement la région.

 

Quatre marques en vedette

 

Les marques européennes tiennent toutefois leur rang dans ce qui représente l’un des autres grands recentrages de ce plan stratégique. En effet, Stellantis a choisi de changer drastiquement la gestion de son portefeuille de 14 d’entre elles.

Désormais, Jeep, Ram, Peugeot et Fiat seront considérées comme les quatre marques mondiales du groupe, car présentant le plus fort potentiel en termes de volume et de rentabilité. Elles seront les premiers lanceurs de tous les nouveaux programmes et technologies, et concentreront surtout 70 % des investissements dans les marques et les produits, aux côtés des véhicules utilitaires.

Chrysler, Dodge, Citroën, Opel et Alfa Romeo ont été reclassifiées en marques régionales, chargées d’accentuer leur différenciation pour « mieux répondre aux attentes des clients ». DS Automobiles et Lancia ont, quant à elles, été placées respectivement sous la coupe de Citroën et Fiat et seront développées en tant que marques de spécialité. Maserati profitera de son côté d’une feuille de route détaillée en décembre 2026.

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