WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche

Macro-économie / Taux

Macro-économie / Taux

Allemagne : une bombe sociale à retardement / Des cotisations amenées à grimper en flèche ?

Les cotisations sociales allemandes pourraient atteindre près de 50 % du salaire brut d’ici à 2040, selon le Conseil des experts économiques allemands. Une trajectoire jugée explosive pour l’économie et de plus en plus injuste pour les jeunes générations.
Monika Schnitzer, président du Conseil des sages allemands - Photo par BRITTA PEDERSEN / DPA / DPA PICTURE-ALLIANCE VIA AFP
Monika Schnitzer, président du Conseil des sages allemands - Photo par BRITTA PEDERSEN / DPA / DPA PICTURE-ALLIANCE VIA AFP

Le modèle social allemand entre dans une zone de fortes turbulences. Dans un rapport qu’on croirait porté sur la France, le Conseil des experts économiques allemands, les « sages » chargés de conseiller le gouvernement ultra-rhénan, estime que le financement de la protection sociale devient insoutenable sous l’effet du vieillissement démographique. Le taux global des cotisations sociales, qui finance l’assurance chômage, les retraites, la santé et la dépendance, atteindra 42,3 % des revenus soumis à cotisation en 2026. Selon les projections du Conseil, si rien n’est fait, il grimperait à 45,4 % dès 2030 puis à 49,7 % en 2040 et près de 60% en 2080.

Cela pose de questions en matière de cohésion entre générations, les experts soulignant que les jeunes actifs devront consacrer une part bien plus importante de leurs revenus au financement du système que leurs aînés. Combinée à une politique budgétaire financée par la dette, cette évolution transfère progressivement la charge vers les générations futures, s’alarment les Sages.

Leur rapport souligne que l’Allemagne affiche déjà l’un des niveaux de prélèvements sur le travail les plus élevés des pays développés. Or, la progression continue des cotisations creuse l’écart entre le salaire net perçu par les ménages et le coût du travail supporté par les entreprises. En conséquence de quoi, il y aurait moins de consommation, moins d’incitation à travailler, mais aussi davantage de pression sur l’investissement et l’emploi. Le Conseil estime que cette dynamique pourrait amputer le PIB allemand de 0,5 % à 0,9 % d’ici à 2035.

Dans le détail, l’assurance maladie concentre une large partie des inquiétudes. Les dépenses de santé représentent déjà 11,7 % du PIB allemand, parmi les niveaux les plus élevés d’Europe, sans que les résultats sanitaires soient jugés particulièrement meilleurs que la moyenne de l’OCDE. Entre 2005 et 2025, les dépenses de l’assurance maladie publique ont bondi de 64 % en termes réels, alors que les recettes n’ont progressé que de 31 %.

De sorte que le taux de cotisation maladie est passé de 14,2 % à 17,1 % en vingt ans et pourrait atteindre près de 20 % en 2040. Les experts pointent à la fois le vieillissement, les progrès médicaux et certaines inefficacités du système allemand. Ils plaident pour une réforme des hôpitaux, davantage de spécialisation et un contrôle plus strict des prix des médicaments innovants.

Le rapport insiste également sur la prévention, jugée insuffisante en Allemagne. Les économistes recommandent des normes nutritionnelles plus strictes dans les écoles, des restrictions publicitaires pour les produits nocifs et une fiscalité renforcée sur le tabac, l’alcool et les aliments trop sucrés.

La dépendance est l’un des autres sujets évoqués par le rapport. Les experts considèrent que le système actuel, financé principalement par répartition, est confronté à un problème structurel. Ils recommandent de durcir les critères d’accès aux prestations et de réduire certaines aides jugées mal ciblées. Par ailleurs, ils suggèrent la mise en place d’une capitalisation partielle pour financer la dépendance, afin de limiter le poids supporté par les jeunes générations.

Vous souhaitez réagir à cet article ou apporter une précision ?
Commentez cet article