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Feuilleton de l'été

Feuilleton de l'été

exclusif Série d’été - ces jeunes leaders qui construisent la France de demain / Lucie Finet, directrice adjointe de la Mission French Tech

EXCLUSIF. Avant de rejoindre la Mission French Tech, Lucie Finet a suivi de l’intérieur de belles trajectoires entrepreneuriales françaises, de Vestiaire Collective à Sézane, dans l’Hexagone comme à l’international. En tant que directrice adjointe de cette mission installée au sein de Bercy, elle met son expérience au profit de la mise en œuvre de politiques publiques destinées à épauler les start-ups les plus stratégiques, tout en accompagnant les enjeux d’un écosystème en constante évolution.
Lucie Finet, directrice adjointe de la Mission French Tech. Crédits : Mission French Tech
Lucie Finet, directrice adjointe de la Mission French Tech. Crédits : Mission French Tech

Lucie Finet a toujours eu l’intuition qu’elle œuvrerait, à un moment ou à un autre de sa carrière, au service de l’État et de l’intérêt général. C’est chose faite depuis qu’elle a pris ses fonctions de directrice adjointe de la Mission French Tech, dirigée par Julie Huguet et rattachée à la Direction générale des entreprises au sein de Bercy, chargée d’accompagner et d’œuvrer au rayonnement des start-ups françaises. Une manière de tirer un trait d’union entre ses différentes expériences : « Cela me permet de mettre à profit mon expérience de l’écosystème, que je connais de l’intérieur, en mettant en œuvre des politiques publiques qui lui permettent de se développer avec efficacité », explique-t-elle à l’occasion d’un entretien accordé à WanSquare.

De son propre aveu, cette prise de poste a pourtant été synonyme de voyage en terre inconnue. Lucie Finet n’avait pas évolué dans des environnements ministériels jusqu’alors, mais dans le privé, dans l’univers des start-ups. En sortant d’HEC, qu’elle a intégré après ses classes préparatoires à Louis Le Grand, cette Parisienne avait néanmoins hésité à passer les concours du Quai d’Orsay – aidée par sa maîtrise du russe et du chinois, acquise lors de ses études et qu’elle pratique encore couramment. « À la fin de mes études, je suis restée étudier un an à Shanghai pour apprendre le chinois, c’était un vrai coup de cœur », ajoute-t-elle. Elle eut aussi plusieurs engagements associatifs durant son parcours universitaire, par exemple dans le Parlement européen des Jeunes.

 

Le numérique s’impose

 

Mais fraîchement diplômée, sa curiosité et l’envie d’identifier concrètement quel type d’organisation ou de sujet l’intéressait réellement la poussèrent à débuter sa carrière dans le conseil en stratégie, au sein du cabinet OC & C. « J’ai fait cela pendant deux ans et au fil de mes missions, je me suis rendu compte qu’il existait un fil rouge : le numérique », remarque-t-elle. Nous étions alors en 2016, époque où les grandes plateformes désormais bien connues de la French Tech, comme BlaBlaCar ou Doctolib, émergeaient et montaient en puissance.

« J’avais la sensation que le conseil en stratégie ne me permettait pas d’accompagner réellement les clients sur ces enjeux. Et j’avais envie d’aller voir ce qui se passait sous le capot », indique Lucie Finet. C’est ainsi qu’elle rejoindra la plateforme de vente d’articles de luxe en seconde main, Vestiaire Collective, à un poste de strategy manager. « C’était, finalement, la continuité assez logique de mes deux ans en conseil », remarque la dirigeante. L’objectif, alors, était d’accompagner le directeur général de l’époque, Olivier Marcheteau, à structurer et piloter l’entreprise plus efficacement.

Durant plus d'un an, Lucie Finet découvrira ainsi les rouages du fonctionnement interne de l’entreprise, sera à la manœuvre sur des sujets divers et variés. Le temps passant, l’envie de prendre des responsabilités plus opérationnelles grandira : « Quand il a été question pour moi d’opérer cette bascule, un grand changement était aussi en train de s’installer chez Vestiaire Collective. Avant, c’était une entreprise de mode qui vendait en ligne, c’est devenu une plateforme e-commerce de mode ».

 

Un parcours international

 

C’est à ce moment que Lucie Finet fera ses bagages pour l’Asie. Elle s’envolera pour Hong Kong, afin de rejoindre Fanny Moizant, l’une des cofondatrices de cette « licorne » française. Elle avait, en effet, lancé une année plus tôt l’activité de l’entreprise en Asie. « L’objectif était de faire venir quelqu’un du siège capable d’insuffler, au sein de cette filiale régionale, cette nouvelle culture de la performance, et de réfléchir ensemble à la manière d’accélérer cette activité », précise Lucie Finet.

Elle y œuvrera sur plusieurs fronts, comme le marketing, le développement ou la stratégie, avec l’objectif de piloter l’expansion et la croissance dans la région. Au-delà d’une vie d’expatriée dont elle garde d’excellents souvenirs et des marges de manœuvre qui lui ont alors été offertes, les défis à relever étaient établis. La seconde main, notamment grâce à des plateformes populaires comme Leboncoin ou Vinted, était déjà entrée dans les mœurs des Français et des Européens. « En Asie, ce n’était pas du tout le cas. Il y avait un vrai travail de pédagogie à réaliser, tout en adaptant notre offre aux marchés », explique-t-elle.

Au terme de deux années à Hong Kong, Lucie Finet fera un bref retour au siège français de la start-up, avant de repartir à l’étranger. Cette fois, direction le Royaume-Uni, dont elle prit alors les rênes des activités. Le moment était particulier : le début de l’année 2021 marquait en effet le départ officiel de l’économie britannique de l’Union européenne. Ce qui eut un impact radical sur le modèle d’affaires de Vestiaire Collective outre-Manche. « Toute la question était de parvenir à pivoter et à se recentrer sur le marché anglais. Les ventes s’étaient écroulées, car les prix avaient augmenté de 30 % à cause des droits de douane », se souvient Lucie Finet. Pas de quoi décourager la dirigeante et ses équipes. Rapidement, un nouveau centre d’authentification des pièces de luxe fut par exemple ouvert aux alentours de Londres, entre autres solutions trouvées pour s’adapter à cette nouvelle donne.

 

Des leçons… et des opportunités

 

De ses cinq années passées chez Vestiaire Collective, Lucie Finet en retiendra plusieurs choses. D’abord, que le fait d’avoir vécu l’hypercroissance de l’intérieur se révélera utile pour les fonctions qu’elle occupe aujourd’hui. Les enjeux étaient, de fait, multiples et les comprendre permet d’accompagner, avec plus de pertinence, les start-ups à la Mission French Tech : « Aller vite, mais sans dépenser trop, s’assurer qu’on surveille bien le retour sur investissement, que l’on croît sans se brûler les ailes. D’avoir des ambitions de développement, mais d’être réaliste sur l’exécution ». Ensuite, Lucie Finet retient aussi les personnes qu’elle a côtoyées : « J’ai été extrêmement inspirée par les gens avec qui j’ai travaillé, notamment des femmes, à la tête de l’entreprise, mais pas seulement ».

Vestiaire Collective semble d’ailleurs être un terreau fertile pour l’état-major de la Mission French Tech. Son ancienne directrice Clara Chappaz, désormais ambassadrice pour le Numérique et l’Intelligence artificielle, après avoir été successivement secrétaire d’État et ministre au sein des gouvernements de Michel Barnier et François Bayrou, était, elle aussi, issue des rangs de l’entreprise avant de rejoindre la mission. « Les choses n’arrivent pas par hasard », sourit Lucie Finet, puisque c’est Clara Chappaz qui la contactera quelques années plus tard pour lui proposer de rejoindre la Mission French Tech, dont elle s’apprêtait à quitter la direction générale, où Julie Huguet lui succédera.

 

Une dernière étape, côté marque

 

Mais avant de rejoindre la sphère publique, Lucie Finet fera une dernière étape chez la griffe Sézane. Guidée par l’envie de franchir un nouveau palier dans sa carrière et de se rapprocher de l’aspect « marque », elle rejoindra l’entreprise fin 2022. Elle nourrissait alors l’ambition d’accélérer plus encore son développement international en Europe. Un sujet bien connu par Lucie Finet. La structure était assez différente de la précédente, avec un autre modèle. « Le succès de Sézane est lié à un savant équilibre entre les produits, les prix et l’image, qui est particulièrement réussi. J’ai eu envie d’aller apprendre auprès des meilleurs et de contribuer au développement de la marque », souligne-t-elle.

Elle y travaillera aussi à développer la micro-influence, consistant à s’appuyer sur des influenceurs dont les communautés sur les réseaux sociaux sont inférieures à 100 000 abonnés, mais dont les audiences sont particulièrement engagées. Un levier de marketing aujourd’hui bien connu, mais qui faisait alors ses débuts. « Morgane Sézalory, la fondatrice de Sézane, est une visionnaire extraordinaire. Elle a cette exigence totale du produit et des images, mais elle a aussi des intuitions fortes, comme celle de la micro-influence, qui ont permis de propulser Sézane », ajoute la dirigeante.

 

Un nouveau duo à la tête de la Mission

 

Quelque temps plus tard, Lucie Finet sera donc contactée par la directrice de la Mission French Tech d’alors. Son envie de rejoindre les services de l’État, tout en restant dans cet univers technologique et entrepreneurial qui lui est cher, la convaincra de rejoindre l’administration en tant que directrice adjointe. Quelques mois plus tard, Julie Huguet fut nommée directrice générale. « Notre binôme fonctionne très bien, nous sommes complémentaires. Nous avons aussi cette culture commune d’avoir travaillé dans des start-ups, dans des environnements où il faut aller à l’essentiel, vite et avec efficacité », explique Lucie Finet. Preuve en est, elles ont d’ailleurs entamé un travail de refonte de la manière d’opérer au sein de la Mission French Tech, notamment au travers d’une approche permettant de mieux mesurer l’impact des projets menés, « KPI driven, comme on dirait dans une start-up », plaisante-t-elle.

Au quotidien, cette passionnée de musique, qui se réserve aussi le temps de pratiquer la peinture de manière hebdomadaire, occupe ainsi un rôle de cheffe d’orchestre pour les équipes, explique-t-elle, coordonne et gère différents sujets internes auprès des ministères et des partenaires. Tout en épaulant Julie Huguet dans son incarnation de la Mission French Tech auprès de l’écosystème, au travers de rencontres et d’événements quotidiens. La Mission French Tech accompagne en effet un certain nombre start-ups et scale-ups à l’année – comme celles qui composent les « indices » French Tech 120 / Next 40, et le French Tech 2030. « Nous ne sommes ni un accélérateur ni un fonds d’investissement, notre rôle n’est pas de conseiller les entreprises sur leur stratégie. Le but est de mettre l’accent là où l’État peut faire la différence, pour aider à créer des champions européens, qui serviront des marchés mondiaux », rappelle Lucie Finet.

Soit d’accélérer les procédures, prendre les retours sur la bonne articulation des réglementations à leurs enjeux, de les mettre en relation avec de grands comptes publics et privés, ainsi que des investisseurs, leur offrir une place au sein des délégations d’entreprises qui accompagnent les ministres ou le président de la République lors de leurs déplacements internationaux. Tout en choisissant d’accompagner les entreprises les plus stratégiques, développant des technologies « qui nous permettront d’être souverains, ou d’avoir le choix. L’autonomie, ce n’est pas l’autarcie », insiste Lucie Finet, rappelant le rôle de la Mission French Tech quant à la mise en œuvre des grandes priorités de l’État, notamment sur l’intelligence artificielle, le quantique ou les infrastructures.

 

Penser à l’écosystème

 

Un réseau en France et à l’étranger, de 125 capitales et communautés French Tech, labellisées tous les trois ans, permet aussi de garder les réalités de terrain à l’esprit et d’animer l’écosystème dans les territoires, tout en ayant un relais d’action de proximité. « Ce n’est pas très courant dans le monde de l’administration d’avoir ce modèle hybride, mais cela nous permet de rester agiles », résume Lucie Finet.

Jusqu’ici et après deux années à occuper ses fonctions, Lucie Finet se remémore plusieurs temps forts, dont celui de l’organisation du Sommet mondial pour l’Intelligence artificielle à Paris, en février 2025. « Organiser cela a été une course contre la montre. Mais ce qui a été particulièrement intéressant, c’est que nous avons travaillé main dans la main avec tout l’écosystème pour montrer ce que la France fait de mieux en matière d’IA », estime Lucie Finet.

L’écosystème des start-ups françaises est aussi en constante évolution, ce qui nécessite ainsi d’adapter l’action de la Mission French Tech. C’est par exemple pour cette raison que les critères d’admission au sein du French Tech 120 ont été modifiés cette année, pour donner davantage de poids au caractère innovant des start-ups. Ce qui a donné plus de place aux créatrices d’innovations de rupture, les deeptechs. « Aujourd’hui, l’écosystème repose sur deux piliers : les plateformes numériques, qui restent essentielles, et toutes les deeptechs issues des laboratoires de recherche. La France a vraiment une carte à jouer sur ce terrain, avec une recherche en pointe », rappelle Lucie Finet.

 

Penser aux priorités

 

De même, il y a eu, également, une nouvelle phase ouverte dans le programme « Je choisis la French Tech », porté par la Mission French Tech et d’autres partenaires, visant à accélérer la prise de commandes publique et privée des start-ups. Dévoilée à l’occasion de VivaTech au mois de juin, elle a permis d’officialiser l’arrivée de neuf nouveaux grands groupes dans le programme, portant à 23 le nombre d’entre eux et à 2 milliards d’euros les engagements d’achat. « Quand on interroge des entrepreneurs, aujourd’hui, ils nous disent avoir besoin de vendre avant de lever des fonds », pointe Lucie Finet.

Au-delà du fait de continuer à soutenir efficacement les pépites technologiques, le grand défi qui restera à relever pour la suite, souligne-t-elle, est celui de l’inclusion à tous les étages. « Les chiffres de parité dans les comités exécutifs sont moins bons que dans le CAC 40 et les start-ups fondées par des femmes sont moins bien financées. L’écosystème reste aussi très peu diversifié. Les entrepreneurs qui sont éloignés de l’entrepreneuriat ou des chemins classiques de l’innovation sont pourtant ceux qui créent des projets à fort impact, qui résolvent des problèmes importants », observe Lucie Finet. « C’est un point sur lequel nous nous devons de progresser de manière collective », assure-t-elle.

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