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Kurma Partners

Kurma Partners transforme la science en entreprises / Une première sortie révélatrice pour BioFund IV

Kurma Partners ne se contente pas de financer des biotechs déjà constituées : près de la moitié des sociétés de ses BioFunds sont créées par ses équipes ou par Argobio Studio, son venture builder cofondé avec Bpifrance. La vente de Memo Therapeutics à Ipsen permet de remonter le fil d’un modèle qui va de la science académique européenne jusqu’au passage de relais à la pharma.
Thierry Laugel, co-fondateur et managing partner de Kurma Partners.
Thierry Laugel, co-fondateur et managing partner de Kurma Partners.

Deux ventes à Ipsen en deux ans : le genre de coïncidence qui offre un bon point d’entrée sur la méthode Kurma. Filiale d’Eurazeo spécialisée dans les biotechnologies et l’innovation médicale, la société de gestion a annoncé au début de juillet l’accord de cession de Memo Therapeutics au laboratoire français. Celui-ci prévoit 200 millions d’euros à la clôture et des paiements conditionnels susceptibles de porter la transaction au-delà de 700 millions d’euros. Il doit constituer la première sortie de BioFund IV, lancé deux ans plus tôt et clos en avril à 215 millions d’euros, soit près de 35 % de plus que son prédécesseur. Mais l’opération s’inscrit surtout dans une continuité de plus en plus nette. « Les cessions industrielles s’enchaînent à un rythme régulier, démontrant la pertinence du modèle Kurma », résume à WanSquare Thierry Laugel, l’un des cofondateurs de Kurma Partners.

Car Memo n’est pas un cas isolé. La société suisse, dont l’anticorps phare, le potravitug, vise à traiter une infection virale susceptible d’entraîner la perte du greffon chez les patients transplantés rénaux, s’ajoute à Amolyt Pharma, Emergence Therapeutics et Corlieve Therapeutics, trois participations de BioFund III cédées respectivement à AstraZeneca, Eli Lilly et uniQure, ainsi qu’à ImCheck, reprise par Ipsen l’an dernier. BioFund IV compte désormais douze investissements, sur un portefeuille appelé à rassembler dix-huit à vingt sociétés. « Cette première cession ne suffira évidemment pas encore à faire le succès du fonds, mais elle constitue un signal positif, notamment car elle intervient à peine deux ans après son lancement », tempère Thierry Laugel, alors que la part du produit de cession revenant à Kurma n’est pas connue et que l’essentiel du montant potentiel reste conditionné à de futurs jalons.


Le terrain des médicaments de spécialité


Le terrain de prédilection de Kurma se situe du côté des médicaments de spécialité. « Le potravitug ne vise pas un marché supérieur à 10 milliards de dollars, comme certains médicaments de l’obésité par exemple, mais il peut avoir un impact très important sur la vie des patients greffés tout en visant un marché conséquent », observe Thierry Laugel. Ces traitements visent des marchés plus ciblés, susceptibles de représenter de 500 millions à quelques milliards, sur lesquels la société de gestion estime pouvoir davantage influer sur le développement du produit et la construction de l’entreprise. BioFund IV s’expose également aux segments les plus recherchés, comme le cardio-métabolisme, à travers sa participation aux importants tours de financement d’Alveus et d’Adcytherix. « Nous participons de manière très sélective aux mégatours, lorsque nous connaissons bien les équipes et estimons pouvoir y jouer un rôle », nuance le cofondateur de Kurma. Dans ces opérations de 100 à 200 millions d’euros, le fonds reste plus dilué et ne considère pas ce type d’investissement comme son cœur de métier. Memo, comme ImCheck, appartient précisément à cette famille d’actifs de spécialité sur lesquels Kurma estime pouvoir peser davantage.

Au-delà des aires thérapeutiques retenues, Kurma privilégie également une fenêtre d’intervention bien précise. Le fonds se positionne de préférence autour du choix du candidat-médicament, de la fin de la découverte jusqu’aux premiers essais cliniques, puis peut accompagner son développement jusqu’à une preuve de concept, généralement en phase II. « Notre “sweet spot” (point d’intervention privilégié, NDLR) se situe autour du candidat-médicament, de la fin de la découverte jusqu’aux premiers essais cliniques. Nous pouvons ensuite accompagner son développement jusqu’à la preuve de concept en phase II, et parfois plus longtemps », explique Thierry Laugel. À ce stade, les besoins de financement s’alourdissent et un laboratoire peut prendre la suite. Ipsen dispose précisément, selon lui, du savoir-faire nécessaire pour reprendre des produits à un stade intermédiaire, les conduire jusqu’à l’enregistrement puis les commercialiser. Kurma ne cherche donc pas nécessairement à conserver ses participations jusqu’à leur mise sur le marché : sa valeur ajoutée consiste à réduire le risque scientifique et clinique jusqu’à rendre l’actif suffisamment mûr pour intéresser un industriel.


De la science à l’entreprise


Une autre singularité de Kurma se joue bien plus en amont. « Environ la moitié des sociétés de nos BioFunds ont été créées par Kurma, directement ou via Argobio Studio », explique Thierry Laugel. Les équipes identifient une innovation au sein d’un laboratoire européen, en valident le potentiel puis bâtissent l’entreprise autour de celle-ci. Dans BioFund IV, cinq des douze premiers investissements relèvent de cette démarche, avec l’objectif de conserver une proportion proche de la moitié au sein d’un portefeuille appelé à compter dix-huit à vingt participations. Evidence Bio, issue de travaux menés par une équipe de l’Inserm à Toulouse, et Elkedonia, incubée pendant deux ans par le venture builder cofondé avec Bpifrance, en donnent deux illustrations. Cette richesse académique européenne reste encore moins disputée qu’aux États-Unis. « En Europe, nous avons relativement peu de concurrence pour aller chercher ces projets académiques. Aux États-Unis, deux ou trois fonds, parfois davantage, se disputeraient le même actif », observe Thierry Laugel.

Il reste que l’Europe sait mieux faire naître des biotechs que les accompagner jusqu’à une taille critique. « L’Europe a besoin de davantage d’entrepreneurs, et d’entrepreneurs mieux préparés », estime Thierry Laugel. Le cofondateur de Kurma pointe également le manque de capitaux aux stades les plus avancés, nécessaires pour faire émerger davantage d’entreprises indépendantes de taille intermédiaire, ainsi que l’absence d’un grand marché boursier technologique. « Aujourd’hui, le développement de nos entreprises dépend encore en grande partie des capitaux américains, au moment des introductions en bourse en particulier », rappelle-t-il. À ses yeux, la création d’un équivalent européen du Nasdaq permettrait de réduire cette dépendance et de structurer davantage de fonds technologiques à l’échelle du continent.

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