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STMicroelectronics multiplie les signes de reprise, sans convaincre / L’IA accélère, le court terme déçoit fortement

STMicroelectronics renoue avec les bénéfices et voit son carnet de commandes revenir à ses standards d’avant-crise. Une dynamique éclipsée en Bourse par une prévision de revenus légèrement décevante pour le troisième trimestre.
Jean-Marc Chéry, président de STMicroelectronics, a relevé les ambitions du groupe dans les centres de données dédiés à l’IA. (Photo by Xose Bouzas / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP)
Jean-Marc Chéry, président de STMicroelectronics, a relevé les ambitions du groupe dans les centres de données dédiés à l’IA. (Photo by Xose Bouzas / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP)

Rarement les résultats de STMicroelectronics auront offert un contraste aussi saisissant entre l’amélioration des fondamentaux et la réaction du marché. Du deuxième trimestre 2026, les investisseurs ont surtout retenu une prévision de revenus légèrement inférieure au consensus pour le trimestre en cours, plutôt que le retour aux bénéfices et l’envolée des commandes.

STMicroelectronics commence pourtant à sortir de sa longue traversée du désert. Un an après une perte nette de 97 millions de dollars, le fabricant franco-italien de semi-conducteurs a dégagé au deuxième trimestre 2026 un bénéfice net de 222 millions de dollars. Son chiffre d’affaires a atteint 3,49 milliards de dollars, en hausse de 26 % sur un an et de 12,7 % par rapport au trimestre précédent, dépassant le point médian de ses objectifs grâce à la vigueur des équipements de communication et de l’automobile. Le rebond de cette dernière est particulièrement significatif pour un groupe dont les marchés historiques, automobile et industriel en tête, avaient entraîné l’activité dans le creux du cycle, avec un point bas atteint au premier trimestre 2025. La marge brute s’est établie à 34,8 %, conformément aux attentes, malgré un impact d’environ 60 points de base lié aux coûts non récurrents du remodelage industriel. Celui-ci a par ailleurs entraîné 58 millions de dollars de charges de restructuration dans le compte de résultat.


Le retour aux standards d’avant-crise


Mais l’enseignement le plus marquant du trimestre tient au raffermissement de la demande. « Au cours du trimestre, la demande a encore progressé, avec des prises de commandes solides sur tous les marchés finaux. Nous avons constaté une meilleure visibilité et des signes de tension sur l’offre dans plusieurs catégories de produits », a résumé Jean-Marc Chéry, président du groupe. Le ratio entre commandes et facturations s’est rapproché de 2, et s’est même établi « significativement au-dessus de 2 » dans les équipements de communication, porté par la connectivité optique des centres de données. Plus révélateur encore du retour de la visibilité, plus de la moitié des commandes enregistrées au deuxième trimestre concernent 2027, tandis que le carnet représente désormais « environ 4,5 à 5 trimestres » de chiffre d’affaires, soit un niveau proche des standards observés avant le retournement du cycle.

La reprise reste toutefois inégale selon les activités. Les revenus liés aux équipements de communication et aux périphériques informatiques ont bondi de 50 % sur un an, ceux de l’industrie de 34 %, ceux de l’électronique personnelle de 20 % et ceux de l’automobile de 16 %. La division des microcontrôleurs, ces puces programmables qui pilotent les fonctions électroniques d’un équipement, affiche une marge opérationnelle de 19,7 %. À l’inverse, la division puissance et composants discrets reste lourdement déficitaire, avec une marge opérationnelle ajustée négative de 21,4 %, plombée par les transitions industrielles du 150 au 200 millimètres pour les composants en carbure de silicium, matériau phare de l’électronique de puissance, notamment dans les véhicules électriques, et du 200 au 300 millimètres en silicium.


L’IA change la trajectoire


Le relais de croissance le plus spectaculaire se trouve toutefois dans les centres de données dédiés à l’intelligence artificielle. Le groupe relève son ambition dans cette activité à plus de 1 milliard de dollars de revenus en 2026 et bien au-dessus de 2 milliards en 2027, ce qu’UBS souligne comme le deuxième relèvement de cet objectif en moins de deux mois. Rémi El Ouazzane, président de la division MDRF, explique cette accélération par trois leviers complémentaires : une part de marché élevée dans les microcontrôleurs qui pilotent les modules de communication optique à 800 gigabits et 1,6 térabit par seconde, une présence croissante dans les circuits électroniques fabriqués en technologie BiCMOS, qui associe rapidité de transmission et faible consommation, et la montée en puissance de la photonique sur silicium en 300 millimètres. « Nous ne sommes pas limités à ce stade par l’expansion de capacité pour aller capter des revenus », a-t-il assuré aux analystes lors de la conférence de présentation des résultats.


Le troisième trimestre inquiète les investisseurs


Cette accélération dans l’IA n’a pourtant pas suffi à rassurer le marché. L’action STMicroelectronics plongeait de 17,6 %, à 48 euros, jeudi après-midi. Les investisseurs ont notamment retenu des prévisions contrastées pour le troisième trimestre : un chiffre d’affaires attendu à 3,70 milliards de dollars, inférieur au consensus de 3,76 milliards, mais une marge brute visée autour de 37 %, au-dessus des 36,5 % anticipés selon Oddo BHF. Le groupe explique cette croissance séquentielle plus modérée qu’attendu par une saisonnalité inhabituelle dans l’électronique personnelle. « Au troisième trimestre, comme nous l’avions anticipé, la saisonnalité de l’électronique personnelle sera différente de celle des années précédentes, ce qui peut peser sur la perception de notre trajectoire », a indiqué Jean-Marc Chéry lors du point presse.


Une accélération sous contrainte industrielle


Le véritable coup d’accélérateur est attendu en fin d’année. STMicroelectronics prévoit des revenus supérieurs à 4 milliards de dollars au quatrième trimestre, ce qui porterait la croissance du second semestre au-delà de la saisonnalité habituelle de 15 %. « Je confirme qu’il y aura au quatrième trimestre une amélioration séquentielle de notre marge brute », a indiqué le directeur financier Lorenzo Grandi. Cette progression restera toutefois freinée par le démarrage de nouvelles capacités de production en Chine et par les coûts de transfert de technologies liés à la transformation de l’outil industriel. Le groupe transfère notamment certaines productions vers des plaques de plus grand diamètre, du 200 au 300 millimètres pour le silicium et du 150 au 200 millimètres pour le carbure de silicium. Ces opérations nécessitent de requalifier des procédés et des produits, tout en maintenant temporairement un outil industriel au fonctionnement sous-optimal. Le groupe ne devrait ainsi retrouver son modèle d’une marge brute supérieure à 40 % pour 4 milliards de dollars de revenus trimestriels qu’une fois ce remodelage achevé, « à la fin de 2027, pas avant ».

Le trimestre confirme ainsi une trajectoire de redressement, portée par une amélioration généralisée de la demande, la poursuite du déstockage et une remontée progressive des marges. Avec toutefois une nuance : « La qualité du dépassement des attentes sur le bénéfice par action repose en partie sur des éléments non opérationnels plutôt que sur un pur effet de levier opérationnel », relève Oddo BHF. Le groupe confirme viser 18 milliards de dollars de revenus en 2028, porte ses investissements 2026 en haut de la fourchette de 2 à 2,2 milliards de dollars pour accélérer dans l’interconnexion optique, et cible plus de 3 milliards de dollars cumulés dans le spatial entre 2026 et 2028.

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