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Feuilleton de l'été / GSA / Quentin Comet / Abu Dhabi

Feuilleton de l'été
GSA / Quentin Comet / Abu Dhabi

exclusif Série d’été - ces jeunes leaders qui construisent la France de demain / Quentin Comet, directeur chez Global Sovereign Advisory

EXCLUSIF. Dans son bureau d’Abu Dhabi, Quentin Comet peut mesurer le chemin parcouru depuis son entrée en hypokhâgne. Avec toujours une fidelité à sa formation littéraire à laquelle il a ajouté avec le temps une fibre internationale. Celle-ci l’a poussé à rejoindre GSA dès 2019 et plus tard à s’expatrier aux Émirats arabes unis.
Quentin Comet. DR
Quentin Comet. DR

C’est peu dire que Quentin Comet aime tisser sa toile sur des fondations solides. Une relation de longue date avec la littérature, une voie des lettres qu’il juge « offrir une sensibilité essentielle dans la mise en perspective des faits et la lecture des personnalités », indique-t-il dans un entretien accordé à WanSquare. Tout au long de sa carrière, ces années passées en hypokhâgne et khâgne constitueront un fil conducteur auquel il se rattachera régulièrement. Jusqu’à se lancer - en 2022 - à cinq associés dans la reprise de la maison d’édition indépendante rue Fromentin, une aventure « dont l’objectif n’est nullement pécuniaire mais plutôt d’assouvir une passion ».

Ce qui ne veut pas dire que les succès ne sont pas au rendez-vous. Celui qui habite aujourd’hui à Abu Dhabi est fier du prix de Flore obtenu en 2024 par un ouvrage publié par les éditions qu’il dirige avec ses comparses. L’exercice lui plaît et il estime qu’il lui permet « de prendre du recul ». L’édition est « une respiration, qui me met en contact avec un monde totalement différent de mon environnement professionnel », et répond à une insatiable curiosité. Une constante tout au long d’un parcours qui le voit aujourd’hui ravi de travailler sur quatre continents, un quotidien qu’il apprécie tant celui-ci est « très enrichissant d’autant qu’on a vraiment à cœur d’inscrire notre travail dans une perspective de long terme, très large, au-delà de relations purement transactionnelles ».

 

Pas à pas

 

Un refus de la routine et un sens du concret qu’on retrouve tout au long d’un parcours qui le verra chérir cette forme de « complexité propre aux humanités, qui est resté en moi avec cette idée que j’ai un besoin continu de chercher quelque chose de plus ». Qu’il essayera tout d’abord d’assouvir à l’ESCP, qu’il rejoint à la sortie de la classe préparatoire, une école qui constituera ses premiers pas dans « un environnement très business, ce fut un choc de passer soudain à un monde ancré dans le réel après une khâgne ! ».

Pas rassasié, il prépare et réussit le concours de l’ENA. Tout en « me gardant de tomber trop facilement dans la rationalisation ex post, c’est certain que c’est une école qui intéresse énormément ceux qui sont à la recherche de quelque chose en plus. Quelle que soit son opinion sur cette école, on sait que ceux qui l’intègrent cherchent le sens de l’intérêt général et sont prêts à se battre pour le servir ». Il reste marqué par « les responsabilités inouïes » et les enjeux sur lesquels il travaille dès ses premiers postes et demeure convaincu que le secteur public est extrêmement attirant par les enjeux structurants auxquels il donne rapidement accès. De quoi faire espérer que les passerelles entre les carrières dans le secteur public et le secteur privé puissent être plus aisées, car "on gagnerait à ce que ces deux univers se nourrissent plus mutuellement". 

 

Choisir


Une opportunité qui parle d’autant plus à celui qui vient d’une famille où il y a beaucoup de fonctionnaires et de militaires. Il nous confie que le service de l’État est quelque chose d’important pour lui et que la figure de son père préfet a joué dans sa construction. Néanmoins jusqu’à lui, il y avait « assez peu d’économistes parmi mes proches, cet intérêt est quelque chose de personnel ». Il demeure aujourd’hui satisfait de son cheminement quelque peu sinueux qui l’a vu étudier les lettres, le business, l’économie et le juridique. Quentin Comet estime que cela lui a permis « d’avoir un éclairage sur bien des sujets, que je n’aurais pas pu avoir avec un chemin plus direct ».

Il aura l’occasion de constater à plusieurs reprises qu’il n’est pas fait « pour suivre toujours le même rail : j’ai cet appel du large et ce besoin de voyager qui est ancré en moi ». Une conviction qui se renforcera lors de son passage à la direction du Budget, duquel il retiendra « des équipes dévouées, dirigées par des chefs qui forment beaucoup et sont inspirants par leurs valeurs ». Pour autant impossible pour lui de résister à sa curiosité d’aller voir du côté du secteur privé, à l’époque c’est essentiellement « le côté international qui me manquait à Bercy ».

 

Mettre le cap

 

S’en suit alors un passage au BCG. S’il lui manque toujours d’être davantage tourné vers des sujets internationaux il n’en demeure pas moins marqué par son passage dans le bureau parisien. Ses premiers pas en dehors du secteur public lui font découvrir « une maison d’une efficacité redoutable, j’ai pris une véritable leçon en termes de méthode de travail et ce bien que ce n’étaient pas les sujets qui m’étaient chers. »

Il s’aperçoit en effet que les sujets ayant trait à la gestion d’une économie et du budget d’un État sont ceux qui lui parlent le plus. Fort de son recul de Bercy et du BCG, il choisit alors une toute nouvelle aventure. Ce sera chez Global Sovereign Advisory (GSA), lors de la fondation en 2019 du cabinet de conseil souverain. Le passionné de littérature confie avoir été conquis par un projet « où il fallait tout construire, et où on est passé à 50 collaborateurs œuvrant pour près de 40 pays en cinq ans. Le projet m’a tout de suite attiré, il offrait la perspective de toucher à un côté entrepreneurial particulièrement stimulant ce qui n’était pas du tout présent dans les structures extrêmement matures que je connaissais jusqu’alors ». Retrouver un côté économique en même temps que l’international a également pesé dans la balance, tout comme le profil inspirant de la fondatrice Anne-Laure Kiechel et la possibilité qu’une telle opportunité ne se représente pas de sitôt a également joué.

 

Exil

 

Moins d’une décennie plus tard, le voici chaque matin dans son bureau d’Abu-Dhabi lorsqu’il n’est pas en déplacement sur le terrain, lui qui après avoir été un des pionniers de GSA en France œuvre désormais loin de Paris et au plus près des clients de la région. Une suite logique dans la vie du spécialiste du conseil aux souverains, dont la croissance a impliqué pour Quentin Comet de « travailler très vite avec des pays extrêmement différents. Aujourd’hui, nous avons parmi nos clients de nombreux pays émergents ainsi que du Golfe et j’ai toujours autant l’impression d’apprendre au quotidien ».

Une géographie qu’il a rejointe en 2024 et où il nous explique « ne pas être seul à mon avant-poste, on est plusieurs à œuvrer depuis ce deuxième pôle de GSA ». Des équipes particulièrement soudées et stables à ses yeux, ainsi que riches de profils très divers – y compris de nombreux anciens responsables publics. Pas question pour lui pour autant de dresser un portrait-robot des employés de GSA, tant les profils demeurent différents et contribuent à ce que les valeurs de l’entreprise perdurent. Ces dernières compteraient notamment l’exigence, la méritocratie et l’ouverture sur le monde.

 

100 fois

 

Interrogé sur ce saut dans l’inconnu de quitter le confort de l’Hexagone pour s’envoler vers les Émirats, il ne regrette en rien cette évolution et considère que « s’il fallait faire ce choix d’être le premier à partir, je le referais 100 fois. L’aventure partagée avec Temir Porras, Managing Partner qui dirige ce bureau, est également une très belle expérience humaine ». Confronté aux fracas de la guerre au Moyen-Orient, il relate que cela lui « a rappelé un peu le covid : même si on s’est toujours senti en sécurité, on est ramené à des considérations fondamentales. Sans être inquiet, on se demandait aussi où on allait, et si les choses seraient à nouveau les mêmes ».

La vie a pleinement repris son cours normal à Abu Dhabi. Quentin Comet constate cependant avoir enregistré de nombreuses demandes des clients sur les conséquences du conflit, « ça a repositionné les stratégies économiques de nombreux pays. Il faut néanmoins garder à l’esprit que cette situation est récente et l’épisode fut de courte durée, les pays ne sont pas encore définitivement identifiés face à une crise qui n’est pas uniforme. Il faudra opérer au cas par cas ». De quoi servir les ambitions au Moyen-Orient de GSA. L’ancien élève de l’ESCP ne cache que « cela contribue à rendre le métier exigeant, il n’y a aucune ambiguïté là-dessus. C’est un projet qui est pleinement accepté par ma famille, notamment en ce qui concerne les voyages réguliers ou le fait de savoir se montrer très disponible ».

Signe de ces changements réguliers, il a pour l’heure œuvré dans tous les continents à l’exception de l’Océanie. Autant de destinations qui constituent des cultures différentes à appréhender pour celui qui a cœur de « de construire une relation sur le long terme avec ses clients ». Difficile néanmoins de tout concilier, ce qui l’a poussé à devoir abandonner l’enseignement qu’il donnait à Science Po, une expérience qui lui avait beaucoup plu « par ce côté transmission : l’idée de rendre ce qu’on a reçu me plaît tout particulièrement ».

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