Feuilleton de l'été
Feuilleton de l'été
Série d’été - ces jeunes leaders qui construisent la France de demain /
Angie Añazgo, directrice Produits Grand Public du groupe Orange
Angie Añazgo est une ingénieure qui parle la langue du « business ». Une expertise développée au fil d’une carrière dans les télécommunications à l’international et en France, dont plus d’une décennie passée chez Orange, chez qui elle dirige depuis le mois de janvier 2026 les produits grand public à l’échelle du groupe. Cet intérêt pour le secteur a commencé à se dessiner au Pérou, son pays natal, mais sans idée préconçue.
Fille d’un ingénieur naval, issu d’une famille d’agriculteurs et de pêcheurs, Angie Añazgo a décidé jeune de suivre les traces de sa profession. Amatrice de la technologie utile à la société, elle s’orientera néanmoins vers un secteur alors émergent au Pérou, à la Pontificia Universidad Catolica del Peru. « Les télécoms étaient une chose nouvelle, c’était une voix de carrière qui n’existait pas encore quand j’étais au lycée. À l’université, je faisais partie de la quatrième promotion de mon cursus, avec peu de femmes. Nous étions seulement une dizaine à y être entrées et j’ai été la seule à en sortir diplômée au bout des cinq ans prévus », explique-t-elle, à l’occasion d’un entretien accordé à WanSquare.
La rareté des ingénieurs télécoms en devenir en faisait forcément une ressource précieuse pour les entreprises dans le pays, comme Telefonica, chez qui elle saisira une première opportunité professionnelle. C’est ainsi qu’elle devint salariée en parallèle de ses dernières années d’études, tout en menant de concert des cours de français, ayant alors déjà le projet de rejoindre l’Hexagone à leur terme. « Le Pérou sortait d’une période difficile, après les années 1980 et 1990. Les jeunes se sont donc saisis de la liberté d’aller explorer le monde dès qu’ils en ont eu l’occasion. Plusieurs de mes amis étaient partis aux quatre coins du monde, dont l’une d’elles qui était en France. C’était la seule qui ne revenait jamais », observe-t-elle, racontant avoir été attirée par la culture culinaire et le cadre de vie, mais aussi par les retours de son amie expatriée sur l’égalité de traitement entre les genres.
Mais avant de rejoindre la France, la dirigeante entamera sa carrière professionnelle chez le groupe chinois Huawei, au Pérou. Elle s’y sera chargée de l’avant-vente et des réponses aux appels d’offres pendant près de trois années, jusqu’en août 2011. Un passage qui lui aura permis d’appréhender une multitude d’aspects de la chaîne de valeur des télécommunications, mais aussi de s’imprégner d’une culture d’entreprise fondée sur un esprit de conquête : « Nous vendions de tout. Je me souviens que mes supérieurs me disaient : dès que tu as 1 000 unités, peu importe le produit, il faut indiquer au client qu’il aura un expert 48 heures plus tard. Et quand je leur demandais s’ils avaient un catalogue, au minimum, on me répondait : peu importe, nous fabriquons de tout ». Une expérience formatrice en termes d’état d’esprit, dont elle applique encore certaines leçons, notamment sur le plan de l’audace dans l’innovation et la vente.
Le campus de Télécom Paris
Puis, direction l’Hexagone comme prévu. C’est d’abord sur le campus de l’école d’ingénieurs Télécom Paris qu’Angie Añazgo posera ses valises, dont elle ressortira diplômée trois années plus tard. Alors qu’elle avait déjà quelques années d’expérience professionnelle, elle retournera ainsi sur les bancs de l’université – son diplôme péruvien n’était alors pas utilisable en France - dans une langue dont elle maîtrisait les grandes lignes. « Il fallait avoir le niveau B2 pour obtenir son visa, mais ce qui m’a surtout aidée a été d’être livrée à moi-même en France », remarque-t-elle.
De nature studieuse, Angie Añazgo se rappelle avoir été adoptée rapidement par ses camarades de promotion, composée d’un groupe restreint et aussi international. Elle cultive d’ailleurs toujours un lien fort avec son ancienne école, en étant administratrice de l’association d’Alumni. « Ce qui m’a motivée à y participer est tout d’abord la cause des femmes, de contribuer à ce qu’il y en ait davantage dans les conseils d’administration et plus simplement dans l’école », indique-t-elle. Son autre cheval de bataille : œuvrer à créer plus de ponts entre le monde technique et celui du business. « C’est aussi ce qui colore mon parcours. Je suis ingénieure de formation, avec des capacités techniques ancrées. Et j’ai découvert le monde du business tout au long de ma trajectoire chez Orange, ayant aussi été entourée de décideurs qui s’appuient sur ce mélange », poursuit Angie Añazgo, qui souhaite insister sur l’importance de la confiance en soi auprès des jeunes générations.
Talent identifié
C’est en tout cas à la fin de ce cursus universitaire qu’Angie Añazgo rejoindra les rangs d’Orange, avec un stage de fin d’études à Nancy. C’est ainsi qu’elle découvrira le « Orange Graduate Program », un programme destiné à faire monter des jeunes talents identifiés par le groupe. Toujours en vigueur, il reçoit désormais quelque 3 500 candidatures par année de jeunes diplômés sortis d’école, pour 44 recrutés en 2025. Plus de la moitié des profils sont internationaux, près des trois quarts sont issus de la Tech. S’il a évolué depuis qu’Angie Añazgo l’a intégré, il s’inscrivait alors déjà dans cette veine, notamment sur son caractère international, technologique ou bien sur le plan de la sélectivité : 25 jeunes choisis sur dossier par année, au terme d’un processus de plusieurs mois d’entretiens ou de mise en situation. « Je n’ai pas hésité à me lancer pour postuler. Cela s’inscrit aussi dans ma culture péruvienne. Nous nous posons peu de questions, nous n’avons pas de biais de limites », estime-t-elle.
Les avantages ? Commencer son parcours au sein du groupe en tant que cadre supérieur, en occupant successivement des postes opérationnels et stratégiques, tout en bénéficiant d’un suivi d’évolution plus poussé. Durant cinq années, elle évoluera ainsi à trois postes différents, tout d’abord en tant que cheffe de projet trilingue – en français, en anglais et en espagnol - chez Orange Business, où elle aura la charge de s’occuper des clients bancaires. Elle poursuivra son parcours à Strasbourg, en tant que manager de back-office technique, en supervisant des techniciens sur divers sujets, par exemple sur le déploiement de la fibre, qui en était à ses débuts. « Nous avons atteint le million de clients fibre à l’époque, c’était une vraie fierté pour les équipes », se souvient Angie Añazgo qui, du haut de ses 26 ans, avait alors déjà 35 personnes sous sa responsabilité.
Après cela, elle fut appelée à une nouvelle fonction, celle de directrice de cabinet de la dirigeante de l’expérience client au niveau du groupe d’alors, France Heringer, qui souhaitait s’appuyer sur un profil opérationnel. C’est ainsi qu’elle fera son retour sur la capitale, au sein du siège. Cette prise de poste fut un grand saut, remarque Angie Añazgo, puisque c’est alors qu’elle prendra attache avec le « top management » du groupe : « C’est un moment de challenge, mais qui m’a permis de comprendre les coulisses des activités corporate, en complément de ce que j’avais pu voir jusqu’alors ». Au terme de ces trois postes, le « graduate program » était arrivé à son échéance, et l’ingénieure restera installée à ses fonctions à son issue.
Les services d’urgence
De quoi lui permettre de travailler avec les filiales du groupe dans tous ses pays d’activité, rencontrer les clients, l’ensemble des équipes en boutiques ou dans les centres d’appels. L’expérience lui permettra aussi d’animer le réseau des directeurs d’expérience client du groupe. « France Heringer est une des mentors que j’ai eus au fil de ma carrière et qui reste encore proche conseillère », souligne-t-elle. Juste après, Angie Añazgo prendra la direction du service après-vente d’Orange Business, opérant 24 heures sur 24 et sept jours sur sept. Elle avait alors en charge une centaine de techniciens, qui s’occupaient de clients internationaux et de tous les horizons, allant du directeur de la technologie d’un groupe du CAC 40 au petit commerçant de région. D’autant que cette période fut marquée par la crise sanitaire. « Nous nous occupions des services d’urgence. Nous avons donc été mis à contribution des problématiques importantes que nous avons eues à l’époque. Nous en avons aussi découvert de nouvelles, comme le télétravail, ce que les techniciens n’avaient pas l’habitude de faire », se remémore Angie Añazgo.
Elle se souvient d’une multitude d’anecdotes, comme celle du roi d’un royaume étranger, venu en villégiature dans sa résidence française, ayant eu une panne à réparer en toute urgence et dont il fallut informer la direction générale. « J’ai découvert la complémentarité entre le corporate et l’opérationnel. Cela m’a permis d’adopter certains réflexes, afin de pouvoir protéger les activités de l’entreprise de manière proactive » souligne l'ingénieure franco-péruvienne.
Une nouvelle expérience de dircab'
Poursuivant sa trajectoire au sein du groupe, elle deviendra par la suite directrice de portefeuille des appareils pour l’Europe chez Orange Innovation. C’est ainsi qu’Angie Añazgo recroisera la route de Michaël Trabbia, alors Chief Technology & Innovation Officer d’Orange, avec qui elle travaillera étroitement sur les sujets de décarbonation des équipements achetés par le groupe. Nommé directeur général d’Orange Wholesale – 3 000 salariés dans 30 pays – en 2023, il se tournera vers Angie Añazgo pour lui proposer de diriger son cabinet. « Ces trois années, riches, m’ont permis de rencontrer les équipes qui s’occupent des réseaux internationaux, du satellite, des navires câbliers… j’ai aussi créé un rôle de ‘chief data & AI officer’ chez Orange Wholesale en parallèle, car nous avons fait face à l’arrivée de l’intelligence artificielle. En quelques mois, nous avons multiplié par dix les taux d’adoption dans nos équipes, et pu monétiser les gains d’usage rapidement », se rappelle Angie Añazgo.
Elle passera en effet rapidement à l’action sur le sujet, misant sur l’enthousiasme et le volontariat des jeunes data scientists, qui ont créé des modules d’apprentissage terrain dans un premier temps pour le top management, ayant par la suite aidé à former plus de 1 000 personnes au sein du groupe dirigé par Christel Heydemann, en quelques mois. Avec l’enjeu et le souci d’humaniser ce sujet nouveau en ligne de mire, grâce à la nomination d’une figure « relais » dans chaque entité. Elle y découvrira aussi, en qualité de dircab’ d’un membre du comité exécutif, des activités bien plus tournées vers l’extérieur, avec des préparations de prise de parole dans les médias, à des évènements, ou les relations avec les différentes parties prenantes du groupe. « Il s’agissait d’activités différentes, par rapport à ce que j’avais connu à la direction de l’expérience client, mais les réflexes restent les mêmes : se mettre à l’ombre, pour apporter un soutien au dirigeant et apprendre aussi le faisant. Je pense qu’ils m’ont, aussi, appris à avoir une certaine justesse dans le management », indique-t-elle.
Les produits comme vecteur de confiance
Cette ascension interne se sera finalement traduite par son arrivée à la direction des produits B2C du groupe en janvier dernier, juste avant le lancement de son nouveau plan stratégique, « Trust the Future ». De quoi se pencher sur l’ensemble des clients en Europe de l’Ouest, Centrale, en Afrique ou au Moyen-Orient, où les rapports à la technologie et l’usage des appareils sont bien différents. Son rôle est ainsi clair : chapeauter l’évolution ou la création de produits destinés au grand public, qui puissent être mutualisables afin de tirer parti de la force du groupe, et ensuite être modularisés et personnalisés en fonction des réalités nationales.
Le tout en faisant vite… et bien : « On ne peut pas se permettre de réfléchir plusieurs années pour penser un produit, puis faire un prototype, avant de le lancer sur le marché. Nous avons besoin d’être fondamentalement ancrés sur le terrain, en travaillant avec nos filiales afin de comprendre les besoins des clients et créer ainsi avec eux des produits qui y répondent ». Une manière, par ailleurs, de faire ce pont entre l’ingénierie et le business qui lui est cher. « Cette logique de mutualisation implique des notions de valeur pour le client et pour le groupe. L’enjeu reste de mettre sur le marché le bon produit, dans le bon délai pour les besoins du commun », remarque-t-elle.
De quoi, également, explorer un large champ des possibles. « Nous avons un boulevard de réflexion pour s’adapter aux nouveaux besoins et usages », explique-t-elle. Au sein de la direction d’Angie Añazgo – placée sous la responsabilité du Chief Product Officer du groupe, Frédéric Le Mounier, dont elle fait partie du comité de direction, lui-même rattaché au Chief Technology & Innovation Officer d'Orange, Bruno Zerbib – les terrains d’activité sont en effet multiples : cybersécurité, la connectivité et la protection de la maison, la mobilité, la télévision et le divertissement. Un vaste terrain impliquant aussi des responsabilités du même acabit, dans la mesure où ses choix impliquent des arbitrages importants en matière d’investissement et d’application des nouvelles technologies.
Et qu’ils nécessitent d’embarquer des équipes d’ingénieurs, dont elle parle la langue, en y insufflant une culture du marketing produit afin d’être tournés vers les clients, tout en leur laissant l’espace de tester et de creuser des nouvelles idées et des nouveaux designs. « C’est aussi le cadre qui a été donné par le top management, que de sortir de sa zone de confort pour aller plus loin. Je présente ces fonctionnements en étant transparente par rapport à mon parcours et mon point de départ, car il est de ma culture de ne pas se poser de contrainte à priori, cela fait partie de mon ADN ». Un nouveau chapitre au sein du groupe qui l’a vue évoluer en son sein, que la dirigeante aborde avec clarté et méthode. « Il y a des attentes, car nos clients nous font confiance. C’est un lien que l’on honore avec des produits et des services qui s’intègrent dans nos quotidiens », assure-t-elle.
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