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TotalEnergies renforce son jeu électrique en Europe / Le groupe reprend les renouvelables de Shell et cède 50 % d’un portefeuille à KKR

TotalEnergies accélère dans Integrated Power, son activité de production et de commercialisation d’électricité, tout en préservant sa discipline financière. Le groupe acquiert 4 GW d’actifs renouvelables auprès de Shell et cède à KKR 50 % d’un portefeuille de 1,2 GW valorisé 1,8 milliard d’euros.
Le siège de TotalEnergies à Paris La Defense (Photo by Michael Nguyen / NurPhoto / NurPhoto via AFP)
Le siège de TotalEnergies à Paris La Defense (Photo by Michael Nguyen / NurPhoto / NurPhoto via AFP)

À huit semaines de son Capital Markets Day, programmé le 28 septembre à New York, TotalEnergies offre au marché une illustration grandeur nature de sa stratégie dans l’électricité. Le groupe français va reprendre l’ensemble des activités renouvelables terrestres de Shell en Europe et, parallèlement, céder à KKR la moitié d’un portefeuille qu’il a lui-même développé. La première opération resserre son dispositif électrique autour de quelques marchés européens jugés prioritaires. La seconde applique son modèle désormais bien rodé de recyclage du capital dans les renouvelables.

Auprès de Shell, TotalEnergies met la main sur un portefeuille de 4 GW, comprenant 500 MW d’actifs solaires et éoliens en opération ou en construction, principalement situés en Italie et aux Pays-Bas, ainsi que 3,5 GW de projets solaires, éoliens et de stockage par batterie en développement en Italie, au Royaume-Uni et en Espagne. Le portefeuille sera détenu à 100 % à l’issue de la transaction, dont la finalisation, prévue d’ici la fin 2026, reste soumise à l’approbation des autorités compétentes.


Un recentrage sur quatre marchés clés


Le choix des géographies n’a rien d’anodin. Italie, Pays-Bas, Royaume-Uni, Espagne : ce sont précisément les marchés dérégulés sur lesquels TotalEnergies concentre sa stratégie Integrated Power en Europe, celle-là même qui l’avait conduit à s’allier au groupe tchèque EPH pour reprendre un portefeuille de centrales électriques au gaz, une opération finalisée fin avril avec la création de la coentreprise TTEP. Les actifs repris à Shell viennent ainsi compléter, sur les mêmes marchés, la production flexible acquise il y a quelques mois.

« L’acquisition des actifs renouvelables terrestres de Shell en Europe nous permet […] de poursuivre la mise en œuvre de notre stratégie intégrée sur la chaîne de valeur de l’électricité », explique Stéphane Michel, directeur général Gas, Renewables & Power de TotalEnergies.

Le groupe cherche ainsi à assembler, dans chaque grand marché, des moyens de production renouvelables, des centrales à gaz capables de prendre le relais lorsque le soleil ou le vent manquent, des capacités de stockage et un portefeuille de clients. Cette intégration doit aussi lui permettre d’arbitrer et de commercialiser lui-même l’électricité produite. Fin juin, TotalEnergies disposait déjà en Europe de près de 10 GW renouvelables installés ou en construction et de 27 GW supplémentaires en développement.

Cette montée en puissance se traduit également dans les comptes. Au deuxième trimestre, la production nette d’électricité a atteint 14,8 TWh, en hausse de 28 % sur un an. Le cash-flow d’Integrated Power s’est élevé à 721 millions de dollars, soutenu par la contribution des actifs d’EPH depuis leur intégration fin avril. Les activités de production, renouvelables et centrales à gaz, en ont généré environ 60 %, contre 40 % pour la commercialisation et le trading.


De la croissance à la création de valeur


« Nous voulons générer un cash-flow net à partir de cette activité », rappelait Patrick Pouyanné lors de la présentation des résultats trimestriels, en défendant la poursuite des investissements dans un métier appelé à fournir 2 des 10 milliards de dollars de croissance de cash-flow libre promis d’ici 2030. Mais la priorité n’est plus seulement d’accumuler les capacités. « Il ne s’agit pas seulement de croissance. Il s’agit aussi de valeur », insistait-il.


KKR, ou l’art de recycler le capital


C’est tout le sens du second volet de l’annonce, qui prévoit la cession à KKR de 50 % d’un portefeuille d’actifs renouvelables. D’une capacité de 1,2 GW, cet ensemble solaire et éolien terrestre est valorisé 1,8 milliard d’euros. Les actifs sont situés en Allemagne, en Espagne, en France et en Pologne. Leur production est déjà vendue à des tiers ou sera commercialisée par TotalEnergies, qui conservera l’autre moitié du capital et continuera de les exploiter.

Une mécanique déjà bien rôdée. Dès 2021, TotalEnergies présentait comme son modèle dans les renouvelables le développement et le dérisquage des projets avant la cession de participations de 50 % à des investisseurs financiers. Le groupe récupère ainsi une partie des capitaux engagés, partage les risques et conserve à la fois une exposition aux revenus futurs et le contrôle opérationnel des actifs.

La feuille de route d’Integrated Power a depuis formalisé ce principe : céder jusqu’à la moitié des projets renouvelables une fois mis en service et dérisqués afin de relever le rendement des capitaux employés. « Avec cet accord avec KKR, nous démontrons une nouvelle fois notre capacité à mettre en œuvre notre business model dans les énergies renouvelables pour qu’Integrated Power atteigne un ROACE de 12 % à horizon 2030 », a rappelé lundi Stéphane Michel.

Au 30 juin, la rentabilité des capitaux employés d’Integrated Power ressortait à 7,6 % sur douze mois glissants, loin encore de la cible. Les cessions partielles du type de celle conclue avec KKR, qui cristallisent la valeur créée au stade du développement, constituent précisément le levier par lequel le groupe entend combler cet écart.

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