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Macro-économie / Taux / euro / obligation

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Cette transformation du marché obligataire de la zone euro en provenance des États-Unis / Les géants de la Tech n’y sont pas étrangers

Les sommes nécessaires aux investissements dans l’intelligence artificielle bouleversent l’ordre établi du système financier et pas uniquement de l’autre côté de l’Atlantique. Une course au financement qui a déjà atteint les marchés du crédit de la zone euro, plusieurs économistes affiliés à la Banque centrale européenne considèrent qu’il n’est pas inenvisageable qu’on soit à l’aube de voir les marchés obligataires être profondément remodelés.
Euro. Photo par DANIEL ROLAND / AFP
Euro. Photo par DANIEL ROLAND / AFP

Ni plus ni moins que 3 % du PIB américain. C’est ce que représentent les plus de 1 000 milliards de dollars de dépenses d’investissement au total d’ici 2028 nécessaires aux géants du cloud. Des économistes de la Banque centrale européenne (BCE) se penchant sur l’impact pour les marchés obligataires européens considèrent sans surprise que les flux de trésorerie interne ne suffiront pas pour satisfaire cet appétit et qu’il leur faudra solliciter les marchés.

Ce recours prend la forme d’obligations d’entreprises américaines en dollars, mais également celle d’une utilisation d’autres marchés de crédit, dont font partie ceux de la zone euro. Une stratégie qualifiée comme étant loin d’être inhabituelle et ce en raison des bénéfices à sortir de son marché national pour de multiples raisons, allant d’une diversification de leurs sources de financement à l’élargissement de la base d’investisseurs. Ce que les auteurs de la note vérifient dans le comportement récent hyperscalers américains, ces derniers ayant eu un recours accru aux « reverse Yankees », des obligations émises par des entreprises américaines en devises étrangères.

 

Engrenage

 

Leur première grande vague d’émissions hors des États-Unis, les a ainsi vus « choisir l’euro comme devise la plus avantageuse pour leur financement à l’étranger. L’euro représente près de 10 % de l’encours des obligations émises par ces entreprises". Ces émetteurs représentent déjà un peu plus de 1 % des indices de référence des obligations d’entreprises libellées en euros, avec un encours d’obligations proche de 40 milliards d’euros. En ce qui concerne les nouvelles émissions brutes d’obligations en euros émises par des entreprises non financières, ces acteurs pèsent légèrement moins de 10 % du total. Amazon et Alphabet se distinguent parmi les émetteurs de premier plan parmi ce type de firmes, les équipes de Jeff Bezos ont établi un record en termes de volume lors d’une seule opération.

Une révolution pour la zone euro considère les différents économistes, tant il a souvent été accolé au Vieux continent l’image de marchés obligataires incapable de soutenir des émissions importantes. Il semble que depuis quelques années cette image vole en éclats et puisse par certains aspects bénéficier à la zone euro. Notamment puisque cette « présence croissante des géants de la tech sur les marchés primaires – et leur inclusion dans les indices de référence – offre aux investisseurs obligataires une plus grande exposition au secteur technologique. » Loin d’être anodin alors que l’Europe voit le poids du secteur technologique dans les indices de référence de la zone euro être pour l’heure près de trois fois inférieur à celui des indices américains.

 

Arbitrage

 

Ce qui n’est pas sans incidence pour le quotidien des acteurs déjà présents par le passé, ces derniers auraient commencé à reprogrammer leurs émissions « afin d’éviter les périodes d’activité des hyperscalers sur le marché, vraisemblablement pour éviter une concurrence directe et préserver la demande des investisseurs. » Des primes ont commencé à être exigées par les investisseurs afin de compenser les risques propres aux hyperscalers et leur dette. C’est l’une des raisons qui inquiète les économistes affiliés à Francfort, ces derniers redoutant une hausse généralisée des coûts d’emprunt à mesure que le marché absorbe des volumes de dette sans précédent.

La taille limitée des portefeuilles gérés par les investisseurs est une source de crainte, en effet, ils pourraient « réduire leurs avoirs en autres obligations pour faire place aux importantes opérations des hyperscalers. Cela pourrait créer un effet d’éviction et faire grimper les coûts, même pour les émetteurs issus de secteurs non liés. » Ce phénomène risque de faire concurrence à certains titres jusqu’à présent considérés comme des valeurs refuges, de fait les géants américains ont « représenté 15 % de la hausse des encours d’obligations d’entreprises libellées en euros sur la période allant jusqu’en mars 2026, grâce à une forte demande de la part des fonds de pension et des assureurs. » Sans compter l’effet des indices obligataires, lesquels à mesure que le poids des hyperscalers augmente contribue à concentrer les flux. Reste à savoir si cette contagion sera effective et quel canal elle empruntera alors même que d’autres marchés de la dette moins transparents existent.

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