Start-up / Private Equity
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Deeptech : un millésime 2026 déjà riche en mouvements / Après la montée en puissance des financements, les exits restent le grand défi
En ce début de mois de septembre, la rétrospective des levées de fonds réalisées par les start-ups françaises place, dans la lignée de l’exercice précédent, sans conteste la deeptech au centre du jeu. Leur reprise en valeur – avec une hausse de 65 % des montants levés au premier semestre, d’après le baromètre d’EY, à 4,6 milliards d’euros – s’est réalisée à la faveur de « méga-tours » concentrés sur les thématiques qui rythment aujourd’hui la course technologique mondiale. Aux côtés des fintechs Pennylane et Alan, le reste du top cinq des levées de fonds du premier semestre est occupé par des deeptechs : on y retrouve le tour d’amorçage historique d’AMI Labs, l’entreprise cofondée par l’ex-patron de l’intelligence artificielle de Meta Yann Le Cun, Pasqal, qui a réalisé une levée de fonds privée en amont de sa cotation sur le Nasdaq, ainsi que Bionyra Pharma. Un certain nombre d’autres opérations de taille ont répondu à l’appel chez les entreprises à l'origine de technologies de rupture, depuis janvier, comme la levée de fonds pépite de la défense Harmattan AI, celle du jeune constructeur d’avions hybrides et électriques Aura Aero ou encore celle de Quobly, dans le quantique aussi. Ce matin, Mistral AI a également révélé une nouvelle levée de fonds historique de 3 milliards d’euros en série D, portant la valorisation de la jeune entreprise d’IA à plus de 20 milliards d’euros.
« Nous sommes sur un cycle haut de financement. L’été a été tout aussi actif en termes de deals, ce qui augure d’un troisième trimestre aligné. Sur de belles sociétés qui lèvent des séries B ou des séries C, les investisseurs européens en late stage répondent aussi présents, ce qui est assez nouveau. Nous voyons aussi des entreprises arbitrer entre un nouveau tour de financement privé ou une introduction en Bourse », remarque Rémi Spagnol, associé chez Supernova Invest, auprès de WanSquare. Pour autant, tempère-t-il, il n’y a pas encore de quoi se conforter de ce constat. « Il faudra dix ans pour construire cette strate de financement late stage européen, mais cela est en marche », estime-t-il, rappelant notamment la nouvelle phase de l’initiative Tibi et son élargissement prévu à l’échelle européenne. Sur le Vieux Continent, le fonds late stage pour les deeptechs « Scale-Up Europe », monté à l’initiative de Bruxelles et géré par EQT, a aussi commencé à réaliser ses premiers investissements : après Iceye en Finlande et Lovable en Suède, il a co-dirigé la levée de fonds de Mistral annoncée mardi, aux côtés de Samsung et PSG Equity.
Du côté des LPs, la thématique deeptech semble aussi générer de l’intérêt. Plusieurs des plus importants fonds de capital-risque clôturés depuis janvier, en France, se positionnent en effet sur ces technologies de rupture, à l’image de Jeito II, chez Jeito Capital (1 milliard d’euros), de Quantonation 2 (220 millions d’euros) ou de Blue, chez Daphni (260 millions d’euros). Supernova Invest est également en train de lever un véhicule late stage dédié à la deeptech européenne, dont le hard cap a été fixé à 350 millions d’euros.
Plus de concurrence
L’évolution du marché semble s'accompagner d’une concurrence accrue entre les investisseurs pour pouvoir miser sur les dossiers estimés les plus prometteurs. Rémi Spagnol remarque aussi qu’un certain nombre de fonds généralistes commencent à se positionner sur la thématique, qui fut longtemps réservée aux initiés, représentant environ 30 à 40 % des investissements dans la deeptech européenne à date. « Et même davantage si l’on y inclut l’IA. La deeptech est devenue le centre du marché », indique-t-il. De là à penser qu’il y aurait un effet de mode, il pointe au contraire une classe d’actifs résiliente, appelée à durer au regard des enjeux de souveraineté qu’elle incarne. « Ce sont des sociétés aux besoins de financements importants, plus il y aura de capital et mieux l’écosystème se portera. Cela crée aussi une forme de compétition saine entre les fonds d’investissement, ce qui va permettre de générer de la performance pour tout l’écosystème », ajoute l’investisseur.
Une question qui peut se poser sur les segments les plus convoités du marché, où l’intérêt grandissant des investisseurs sur la thématique peut aussi renchérir les valorisations. Faut-il pour autant y voir le retour des excès observés lors de précédents pics du capital-risque ? Chez Supernova Invest, le constat se veut plus nuancé. « Il existe une bulle sur une micro-partie du marché, où les valorisations sont décorrélées des fondamentaux financiers. On observe aussi des sociétés de services tenter de refondre leur image pour exiger des multiples d’une entreprise d’IA. Mais s’il existe une rupture technologique suffisamment intéressante et que demain, un grand groupe américain souhaite mettre 20 milliards de dollars sur la table pour racheter cette entreprise… les segments où s’opèrent des méga-tours sont aussi ceux où les acquisitions potentielles sont du même acabit, ou bien chez des entreprises qui s’appuient sur une vraie vélocité commerciale », indique Rémi Spagnol.
Des offres qui attirent
Il est vrai que, bien que jeunes, les deeptechs les plus en avance s’appuient effectivement sur une maturité commerciale éprouvée. En France, plusieurs exemples en ont témoigné depuis le début de l’année, entre les nombreux contrats internationaux et d’envergure remportés par Mistral, les trois grands contrats à l’export, en Inde, signés par Exotrail en février pour ses systèmes de propulsion électrique, ou encore l’annonce de l’achat, par l’Etat français au mois de juin, d’un calculateur quantique reposant sur la technologie développée par la start-up tricolore Alice & Bob. Des exemples parmi d’autres, mais témoignant d’entreprises en capacité de trouver de l’écho commercial.
Les grandes sorties
Une maturité qui commence aussi à se traduire sur le terrain des sorties, avec quelques opérations significatives ayant répondu à l’appel depuis janvier. Dans la medtech, Gleamer a ainsi été rachetée pour 230 millions d’euros par le géant américain de l’imagerie médicale RadNet. La plateforme d’IA Hugging Face - un autre cas de figure, l’entreprise étant franco-américaine et s’étant développée essentiellement grâce à des capitaux américains - vient d’être acquise par Nvidia pour 13 milliards de dollars.
Sur les marchés, Pasqal a emprunté une autre voie : son rapprochement avec un SPAC lui a permis de faire ses premiers pas sur le Nasdaq il y a quelques semaines, offrant à terme une nouvelle source de liquidité à ses investisseurs historiques. Une double cotation sur Euronext Paris devrait intervenir par la suite, les travaux préparatoires à cet effet ayant été lancés. Ces trajectoires sont différentes à plusieurs égards, mais trouvent un point commun : leur premier débouché s’est, pour l’heure, trouvé outre-Atlantique. « Il y a un manque de liquidités sur les valeurs technologiques en Europe, sur les marchés boursiers. Les strates de financement vont se développer les unes après les autres, le projet de l’Union de l’épargne et de l’investissement va aussi dans cette direction. Mais pour que la filière quantique soit financée par des investisseurs privés, il faut qu’il existe une espérance de gains et qu’ils puissent avoir de la visibilité sur le retour sur investissement. Pasqal apporte un vrai signal avec cette opération, leur place initiale de cotation est presque un faux débat », indique Rémi Spagnol.
Pour les investisseurs qui ont accompagné ces entreprises, les sorties permettent effectivement de retourner du capital à leurs propres investisseurs, ce qui générera, à terme, de quoi alimenter de nouveaux véhicules. Avec, en toile de fond, la nécessité pour l’Europe de faire réellement émerger ses propres voies de sortie - grâce à des acquisitions stratégiques de la part de grands groupes européens et d’accélération des introductions en Bourse - et surtout de parvenir à les multiplier. Une brique à consolider pour que la montée en puissance de la deeptech, observée depuis le début de l’année et depuis plusieurs trimestres désormais, puisse s’inscrire dans la durée. « Ce que les LPs recherchent dans une classe d’actifs, ce sont les flux. Notre métier consiste autant à désinvestir qu’à investir, il faut faire circuler le capital pour réinvestir dans le reste de l’écosystème. Il faut parfois saisir les opportunités de sorties où elles se trouvent. Car tant qu’il n’y aura pas d’exits, il n’y aura pas de nouveaux fonds de venture et donc pas d’investissements dans les start-ups. L’industrie deeptech européenne entre dans un cercle vertueux, mais il s’agit encore du vrai maillon manquant de la chaîne », remarque Rémi Spagnol.
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