Macro-économie / Taux
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Des services qui redessinent le commerce mondial / Les pays les plus pauvres peinent à prendre le virage numérique
Les marchandises sont désormais très loin de raconter à elles seules la dynamique du commerce international. Selon un rapport de la Cnuced, les services représentaient 71 % des consommations intermédiaires mondiales en 2022. Leur poids dans les exportations mondiales est lui aussi passé de 23 % en 2015 à 27 % en 2025. Les économies développées sont les plus avancées dans cette mutation : les services représentent environ 70 % de leur PIB, tandis que leur poids atteint 42 % dans les pays les moins avancés (PMA).
Dans le détail, les services « livrables numériquement » (finance, assurance, informatique, conseil, recherche-développement, ingénierie ou encore services audiovisuels) ont progressé de 7,1 % par an en moyenne au cours de la dernière décennie. Ils représentent désormais 56 % des exportations mondiales de services. Dans les économies développées, leur part atteint environ 61 %. Dans les PMA, elle ne s’élève qu’à 16 %.
Le décrochage des PMA ne se limite pas à la structure des exportations. Entre 2014 et 2025, les exportations de services des PMA n'ont progressé que de 3 % par an en moyenne. Leur part dans les exportations mondiales de services, déjà inférieure à 1 % en 2010, est tombée à seulement 0,6 % en 2025.
Selon le rapport, cette situation résulte du fait qu’une entreprise ne peut exporter des services numériques que si elle dispose d'une connexion fiable et abordable, de moyens de paiement transfrontaliers efficaces, de travailleurs formés et d'un environnement réglementaire suffisamment prévisible. Autant de choses qui manquent aux PMA.
La propriété intellectuelle constitue également un frein, notamment pour les entreprises créatives. La Cnuced cite ainsi le cas de plusieurs petits États insulaires des Caraïbes, où des exportateurs de services créatifs rencontrent des difficultés pour accéder aux grandes plateformes de paiement et faire respecter leurs droits de propriété intellectuelle.
À ces fractures existantes s'ajoute désormais l'intelligence artificielle. La technologie pourrait réduire certains coûts, améliorer la productivité et ouvrir de nouveaux marchés. Mais elle pourrait aussi renforcer la concentration actuelle du commerce numérique. La raison est que l'IA nécessite des infrastructures informatiques puissantes, des capacités de calcul, des données, des capitaux et une main-d'œuvre hautement qualifiée. Or ces ressources restent concentrées dans un nombre limité de pays et d'entreprises. L'écart de préparation est déjà visible. Sur l'indice de préparation à l'IA du FMI, qui combine notamment infrastructures numériques, capital humain, innovation et réglementation, les économies développées obtiennent en moyenne un score de 0,65, contre 0,31 pour les PMA.
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