Macro-économie / Taux
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Une pièce de plus dans la machine de la décarbonation / La France récolterait un double dividende à emprunter cette voie
Imposer les règles du jeu pour en tirer profit. L’ambition de Nicolas Riedinger, directeur du département Environnement au Haut-Commissariat à la Stratégie et au Plan, de ne plus limiter la stratégie hexagonale à une neutralité des émissions nationales, mais de vouloir s’attaquer aux émissions importées, pourrait faire gagner le gros lot aux firmes françaises à l’écouter. Son idée est qu’opérer un tel virage finirait à ses yeux par valoriser les productions européennes et françaises à travers l’avantage carbone qu’elles obtiendraient.
Un bénéfice productif qui s’ajouterait aux gains sur le volet climatique. Un tel choix signifie néanmoins qu’il faut être prêt à accepter que le prix de certains produits puisse augmenter pour le consommateur tricolore. De quoi le contraindre à réduire la consommation de ces mêmes biens, une contrepartie nécessaire à en croire l’économiste, lequel explique que « la crédibilité d’un tel objectif et, partant, sa capacité à entraîner le reste du monde sur la voie de la décarbonation supposent en effet que nous soyons résolus à progressivement renoncer aux importations carbonées même en l’absence d’alternatives bas carbone peu coûteuses. »
Répartir
Un tel choix est donc éminemment politique et est pensé comme devant intégrer une « juste répartition des efforts, au moyen, le cas échéant, de mécanismes de redistribution adaptés. » Pour autant, Nicolas Riedinger considère qu’il s’agit d’un choix pertinent que d’aller plus loin que la Stratégie nationale bas carbone (SNBC 3). Celle-ci fixe uniquement une cible indicative d’empreinte en 2050, alors même que l’empreinte carbone excède de moitié les émissions territoriales hexagonales. Le passage de la théorie à la pratique proposé par le chercheur consisterait en la fixation d’un objectif de neutralité en empreinte à l’horizon 2060.
Là où le bât blesse, c’est qu’il ne suffirait évidemment pas d’arriver à fédérer en France autour d’un tel objectif, il faudrait également parvenir à obtenir un consensus au niveau européen. Reste à savoir si cette promesse d’arriver à substituer une production européenne moins carbonée à une production étrangère trouverait des oreilles attentives dans l’Union européenne. D’autant plus que la France serait la principale gagnante au vu de la très faible intensité carbone de sa production. Là où pour l’UE son empreinte « s’est élevée à 4 000 MtCO2e en 2023, soit 30 % de plus que ses émissions territoriales (3 100 MtCO2e) et ses émissions importées à 1 400 MtCO2e, contre 700 MtCO2e pour ses émissions exportées. »
Raisonnable
Au vu des différentes données dont il dispose, l’économiste juge que « viser l’horizon 2060 pour la neutralité en empreinte aurait à cet égard l’intérêt symbolique et diplomatique de converger avec celui de la neutralité carbone territoriale visé par la Chine. » L’effort à fournir pour l’UE ne serait pas bien différent de celui de la France, il est en effet question d’une réduction de l’empreinte « de 5,7 % par an en moyenne d’ici 2060 pour atteindre la neutralité, contre 6,8 % pour les émissions territoriales d’ici 2050. » Ce qui ne veut pas dire que l’objectif de neutralité en émissions territoriales en 2050 est abandonné, loin de là puisqu’au contraire il est jugé que « se donner une décennie supplémentaire […] pour atteindre celle en empreinte, soit en 2060 », apparaît « à cet égard comme un horizon a priori raisonnable. »
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