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Macro-économie / Taux

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Quand la tokenisation se joint au débat sur l’épargne européenne / Elle ne ramènera pas à elle seule les flux sur le Vieux continent

Cette épargne européenne abondante est investie très largement à l’étranger et interroge les dirigeants européens sur leur faculté à attirer une plus large partie de ces sommes dans leur pays d’origine. Agnès Bénassy-Quéré, seconde sous-gouverneure de la Banque de France, veut croire dans la capacité de la tokénisation des instruments financiers à changer la donne. Un complément bienvenu aux différentes réformes structurelles attendues dans les années à venir.
Euro. Photo par KIRILL KUDRYAVTSEV / AFP
Euro. Photo par KIRILL KUDRYAVTSEV / AFP

Une révolution technique au service de l’ensemble des plus modestes. Lorsqu’il est sujet de l’Union de l’épargne et des investissements (UEI), Agnès Bénassy-Quéré, seconde sous-gouverneure de la Banque de France, ne se cantonne pas à évoquer les discussions institutionnelles ou encore le calendrier de la Commission européenne. Elle s’attarde également sur les bénéfices qu’elle espère voir apparaître avec le déploiement de la tokénisation des instruments financiers, tout particulièrement en ce qui concerne les épargnants modestes.

Cette innovation pourrait à ses yeux permettre à cette partie de la population de « diversifier leur épargne, pour un meilleur équilibre entre rendement et risque. » Pour rappel, cette évolution consiste en la « représentation d’un titre financier sous la forme d’un jeton inscrit dans une infrastructure utilisant la technologie des registres distribués (DLT). » De quoi permettre un fractionnement des actifs plus aisé ainsi qu’une automatisation de certaines opérations en ayant recours à des contrats programmables.

 

Profiter

 

Des évolutions que la sous-gouverneure considère à même de pouvoir abaisser les seuils d’entrée et de créer un marché secondaire. De quoi rendre possible un élargissement de la base d’investisseurs et une amélioration de la liquidité. Bien que les ménages en soient les bénéficiaires, les entreprises ne seraient pas en reste. En reprenant les données d’une étude sur les obligations tokénisées, Agnès Bénassy-Quéré rapporte que des gains substantiels sont constatés.

Sitôt rappelées les réserves d’usage sur un échantillon pour le moins restreint – uniquement 23 émetteurs analysés, ce qui induit un possible biais de sélection – il n’en demeure pas moins que les chiffres sont parlants. Le recours à de telles obligations par des entreprises asiatiques et européennes a en effet été passé au peigne fin entre 2018 et 2023, et il s’avère que « les frais d’émission (rapportés à la valeur faciale) seraient plus faibles en moyenne de 0,22 point de pourcentage, et les taux d’intérêt seraient également moindres, de 0,78 point de pourcentage, par rapport aux obligations classiques, à caractéristiques identiques. » De quoi faire rêver de gains avec l’UEI, même plus faibles que ces quelque 100 points de base. Il faudra cependant arriver à dépasser la difficulté possible d’un lancement avec relativement peu de liquidité au début.

 

Poursuivre

 

L’autre risque identifié très clairement est celui d’une technologie qui arrive sans que des standards communs et une interopérabilité entre plateformes soient devenues effectifs. Alors un scénario beaucoup moins reluisant pourrait apparaître, celui d’une DLT se contentant de « déplacer la fragmentation plutôt que la réduire : les marchés financiers s’organiseraient en écosystèmes distincts, gérés par le secteur privé. » Le paysage pourrait alors être celui de différents écosystèmes évoluant parallèlement et où les frontières seraient devenues technologiques et non plus physiques. Les espoirs européens reposent essentiellement sur le projet Appia, lequel est attendu à l’horizon 2028 et doit permettre un écosystème financier tokénisé et intégré à l’échelle européenne.

La réflexion d’Agnès Bénassy-Quéré ne se cantonne pas à ce progrès technologique, elle reconnaît également la pertinence des modèles développés depuis des années par des pays européens. À savoir les fonds de pension à la néerlandaise, lesquels agissent en complément des régimes de retraite par répartition, et les comptes d’épargne à la suédoise. Ces derniers offrent une grande simplicité aux ménages et reposent sur une imposition forfaitaire en fonction du montant total investi et non du rendement de l’investissement. Deux exemples à combiner selon elle et qui sont loin d’une simple incitation au boursicotage.

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