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IPO : portés par la Tech, les montants prennent le pas sur les volumes dans le monde / L'Europe présente des signes de redémarrage

Le marché mondial des introductions en Bourse a continué d’accélérer en valeur au troisième trimestre, tandis que le nombre d’opérations est resté à peu près stable, d’après le dernier rapport d’EY sur le sujet. Une reprise toujours concentrée sur les plus grandes d’entre elles, notamment dans l’intelligence artificielle. En Europe, l’activité est restée plus sélective malgré des signaux de reprise.
(Photo de Silas Stein / DPA / dpa Picture-Alliance via AFP)
(Photo de Silas Stein / DPA / dpa Picture-Alliance via AFP)

Une fenêtre qui reste ouverte, mais pas pour tous les candidats. Au troisième trimestre, le marché mondial des introductions en Bourse (IPO) a confirmé sa reprise, concentrée néanmoins sur quelques grandes opérations – notamment dans l’intelligence artificielle – et sur les marchés américains et asiatiques. Mais l’Europe témoigne aussi de signes de redémarrage, estime le cabinet EY dans son dernier rapport sur le sujet. S’agissant du tableau d’ensemble : à fin septembre, 908 IPO ont été réalisées dans le monde depuis le début de l’année, soit un recul de 2 % par rapport à 2025. D’un autre côté, les capitaux levés lors de ces opérations ont bondi de 153 % sur un an, à 290 milliards de dollars. Un montant qui a notamment été soutenu par les plus grandes des IPO : celle de Space X expliquait en partie, à elle seule, l’accélération du deuxième trimestre.

Quant au troisième trimestre, il concentre 387 opérations dans le monde, en progression de 3 % sur un an, et 95,6 milliards de dollars levés, en hausse de 84 % sur un an. « Depuis janvier 2026, les Amériques captent 57 % des montants, l’Asie-Pacifique 32 % et l’EMEIA (Europe, Moyen-Orient, Inde et Afrique) 10 % », précise Cédric Garcia, associé chez EY, dans une présentation de l’étude. Le secteur des technologies a continué de dominer, sans conteste, l’ensemble des opérations en valeur : les 56 opérations enregistrées ( + 10 % en volume) sur ce front au troisième trimestre ont permis de lever 62,8 milliards de dollars, soit + 471 % en valeur.

 

Quels facteurs sous-tendent la progression

 

Comment expliquer cette activité mondiale résistante au troisième trimestre ? EY rappelle en effet que le marché des IPO a absorbé un certain nombre de courants délicats : les tensions géopolitiques, la hausse des prix de l’énergie, les interrogations sur la sécurité de l’intelligence artificielle et l’ampleur des investissements nécessaires à son développement. Mais l’appétit des investisseurs, qu’ils soient institutionnels ou particuliers, pour les dossiers les plus solides demeure. Les carnets d’ordres des grandes IPO sont sursouscrits, les prix d’introduction sont tenus, les premiers parcours boursiers apparaissent favorables, souligne ainsi le rapport. « Le mouvement est surtout porté par les entreprises très consommatrices de capitaux, en particulier dans l’IA et ses infrastructures – semi-conducteurs, centres de données et robotique. Les biotechnologies maintiennent également un rythme soutenu. Mais les secteurs de la consommation et de la distribution rencontrent un accueil plus contrasté », ajoute l’expert.

Cette réouverture mesurée du marché donne aussi davantage de latitude aux fonds d’investissement. Les scénarios privilégiés restent ceux d’une cession à un industriel, mais les IPO redeviennent une option envisageable, explique EY, ceci se traduisant par des préparations simultanées de vente et de cotation. « Objectif : préserver plusieurs voies de sortie et mieux défendre la valorisation. La dynamique amorcée au premier semestre s’est ainsi prolongée au troisième trimestre », explique-t-il.

 

L’Europe à son rythme

 

Dans le détail régional, la zone Amériques a enregistré 34 IPO au troisième trimestre (contre 69 un an plus tôt), pour 31,6 milliards de dollars levés (+ 116 %). La Chine a, de son côté, occupé une place structurante dans la dynamique en Asie-Pacifique, avec 84 IPO (contre 58 au troisième trimestre 2025) et des montants plus que doublés, à 44,1 milliards de dollars. En se concentrant plus particulièrement sur la zone EMEIA, le rapport évoque un réveil européen, ainsi qu’un sursaut indien. L’ensemble est plus ou moins aligné sur les tendances mondiales : 389 IPO (soit un niveau presque stable, en hausse de 1 %) depuis janvier, ainsi que 30,2 milliards de dollars de capitaux levés (traduisant une progression davantage mesurée que dans l’ensemble du monde, de 6 %). Sur le seul troisième trimestre, l’accélération est plus nette. Les 220 opérations recensées ont représenté 13,5 milliards de dollars d’émissions, en progression de 7 % et 8 %, respectivement. Ainsi, en nombre de transactions, l’EMEIA devient la première région mondiale sur la période.

L’Inde est restée le moteur, avec 138 IPO et 8,4 milliards de dollars de capitaux levés, contre 144 opérations et 7,2 milliards de dollars un an plus tôt. « Généralement plus modestes, ces transactions bénéficient à la fois du soutien d’investisseurs de référence et d’une vaste base d’épargnants locaux. À l’inverse, l’activité est restée plus sélective en Europe de l’Est et au Moyen-Orient, toujours sous l’effet des tensions géopolitiques », précise l’étude. L’Europe a enregistré plus d’IPO, avec 45 d’entre elles (+ 87 % en volume), pour un montant de 2,9 milliards d’euros (soit une baisse de 21 % en valeur). La levée de fonds européenne phare du troisième trimestre est à retrouver du côté de l’Espagne, avec l’opérateur de télécommunications DIGI Spain Telecom, dont les actions ont commencé à être négociées sur les marchés espagnols le 16 juillet. L’offre a atteint 287 millions d’euros (150 millions d’euros d’augmentation de capital, et 137 millions d’euros de cession de titres existants).

Le cadre réglementaire européen évolue aussi dans un sens plus favorable, laissant entrevoir des signaux d’accélération. « L’EU Listing Act et l’allègement de certaines obligations liées à la directive CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive) réduisent plusieurs freins à la cotation. Les opérations de carve-out (ou détourage) et de séparation d’activités menées par de grands groupes élargissent également le vivier de candidats. Pour autant, la sélection reste stricte : les investisseurs privilégient les entreprises capables de tracer un chemin crédible vers la rentabilité et positionnées sur des secteurs aux fondamentaux solides », estime ainsi EY.

 

Une reprise française sur les petites capitalisations

 

En France, l’embellie s’est concentrée sur Euronext Growth. Quatre cotations se sont détachées sur les neuf premiers mois de 2026 : celles de Rising Stone, de Ieva Group, du Slip Français et de D.A.T.E. Il est à noter que N4 Group, groupe familial de produits de nutrition sportive, a annoncé au début du mois d’octobre son IPO, en vue de l’admission aux négociations de ses actions sur Euronext Growth, également. L’offre initiale est d’un montant brut de 50 millions d’euros, incluant une augmentation de capital de 7 millions d’euros et la cession d’actions existantes, pour 43 millions d’euros. Bpifrance BlueSpring 1, BNP Paribas Asset Management Europe, CDC Croissance, Portzamparc Gestion et Vatel Capital ont réalisé des engagements de souscription pour un montant total de 20,85 millions d’euros, représentant 42 % du montant brut de l’offre initiale. « La fenêtre s’entrouvre, mais pas suffisamment pour les opérations de grande taille, toujours absentes du marché réglementé », commente le rapport d’EY.

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