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exclusif Pour Nicolas Dufourcq, la BPI ne souffre pas de son ADN politique

EXCLUSIF. Lors d'un face-à-face avec des ex-Centraliens, le patron de la Banque Publique d'Investissement a vanté les dispositifs mis en place, tout en appelant à redonner confiace aux entrepreneurs pour combattre la morosité.
Lors du "face-à-face de l'industrie" organisé à la maison des Centraliens ce matin, Nicolas Dufourcq s'est montré aussi direct et honnête que possible sur la genèse et l'objectif de la BPI, et son discours semble avoir fait mouche auprès des entrepreneurs, industriels et conseils rassemblés. Dès le départ, le message a été envoyé clairement au directeur général de la Banque Publique d'Investissement. Le cabinet de conseil Roland Berger a dressé un constat alarmant de la place de l'industrie en France, qui perd 600 000 emplois industriels et 5 points dans sa valeur ajoutée tous les dix ans, et n'alloue que 500 millions d'euros par an à la recherche-développement, contre 1,5 milliard en Allemagne. Notre outil industriel est plus obsolète, moins robotisé et manque d'une taille critique par rapport à notre voisin d'outre-Rhin, sans conteste. Enfin, un sondage des anciens Centraliens a montré que ces acteurs voyaient en la BPI le moyen de rassembler des institutions existantes, mais aussi un coup politique post-élections qui pourrait s'avérer dangereux, et dont l'action n'est en tout cas pas vraiment lisible pour l'instant. Nicolas Dufourcq n'a pas nié la genèse purement politique de la BPI, mais y voit une opportunité sans précédent d'accompagner les entrepreneurs, qui souffrent aujourd'hui cruellement d'un déficit de management, de leur redonner confiance pour qu'ils investissent dans l'innovation et l'export. "Nos conseillers sont là pour booster les managers, et les aider à aboutir à 40% de chiffre d'affaires à l'export, c'est essentiel", martèle-t-il. Et de souligner que même dans les bassins d'innovation que sont la Californie, Israël ou la Corée, aucun pays ne bénéfiice d'autant de subventions publiques! La palette des outils est multiple, et de ce point de vue, le directeur général de BPI France a fait un effort de pédagogie bienvenu. Tout d'abord, en vantant les mérites de l'ex-Oséo, devenu BPI France Financement, capable de fournir des prêts jusqu'à 5 millions d'euros en moins d'une semaine. Par ailleurs, l'organisme est présent dans l'accompagnement à l'export et accorde des crédits acheteurs de 3 millions d'euros à sept ans, ou encore coordonne son action avec Ubifrance. La logique voudrait d'ailleurs, a-t-il souligné, qu'on pousse ici aussi la logique du guichet unique au bout. Par ailleurs, les contrats de développement participatif, qui ne sont pas gagés sur l'entreprise ou garantis sur le patrimoine de l'entrepreneur, représentent 1,5 milliard d'euros aujourd'hui, et l'objectif du patron de la BPI est de doubler cette enveloppe particulièrement utile aux PME françaises. tout comme le crédit impôt recherche, complètement sanctuarisé, ou la garantie innovation. Sur l'aspect politique, Nicolas Dufourcq n'a pas nié que son institution avait été mise à rude épreuve par le nouveau gouvernement. "Le politique teste la résistance des objets qu'il fait", relève-t-il avec philosophie, conscient que les ministres font aussi face à de nombreuses pressions dès que des plans sociaux sont en jeu. Mais les précédents Florange et Petroplus, même s'ils avaient fait grand bruit en raison d'une de ses bourdes auprès d'un journaliste ("Petroplus, ce n'est pas un bon business"), ont bien montré que la BPI était crédible et inébranlable dans ses choix d'investissement. Même si elle consent à des efforts dans des dossiers difficiles, comme Clestra ou les ex-filiales de Rio- Tinto/Alcan. En réalité, la France n'a pour une fois pas de problème d'argent dans le financement des PME, et pourrait même avoir la capacité d'augmenter ses crédits de 30%, mais la demande fait défaut par crainte des entrepreneurs. "Ce qu'il faut en réalité, c'est redonner confiance aux entrepreneurs et nos credos sont pour cela: simplicité, proximité, optimisme et volonté", préconise-t-il. Combattre la monotonie chronique des entrepreneurs français pour leur donner envie d'investir et d'innover, voilà un vrai challenge d'avenir.
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