WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche

Private Equity / Jeito Capital

Private Equity
Jeito Capital

Jeito Capital renforce son pari en neurologie avec Augustine Therapeutics / Le fonds co-investit aux côtés de Novo Holdings, bras armé de Novo Nordisk

Alors que la neurologie suscite un intérêt grandissant, notamment illustré par les récentes acquisitions de Novartis et Johnson & Johnson, Jeito Capital et Novo Holdings viennent de co-diriger une levée de fonds de 77,7 millions d’euros pour Augustine Therapeutics. Cette biotech belge mise sur une enzyme clé, HDAC6, pour développer de nouveaux traitements contre les maladies neuromusculaires.
Rafaèle Tordjman
Rafaèle Tordjman

La conférence JP Morgan Healthcare 2025, dès janvier, avait tracé la voie pour les secteurs les plus dynamiques : oncologie, cardiologie, ophtalmologie et neurologie. Des tendances qui se sont rapidement traduites dans l'activité des grands groupes pharmaceutiques, et que semble suivre de près le fonds Jeito Capital, dirigé par le Dr Rafaèle Tordjman. Après deux tours de table dans le domaine de la vision et des maladies cardiovasculaires, puis un autre dans l’oncologie, le fonds de private equity indépendant vient de renforcer sa position en neurologie. Il a en effet annoncé lundi qu’il co-dirigeait avec Novo Holdings, le bras d'investissement du groupe pharmaceutique Novo Nordisk, le financement sursouscrit de série A de 77,7 millions d’euros (84,8 millions de dollars) de la société de biotechnologie belge Augustine Therapeutics.

Fondée en 2019, celle-ci s'appuie sur un fort ancrage académique en tant que spin-off de l’Institut Flamand de Biotechnologie et du centre VIB-KU Leuven. Il s’agit d’"une véritable pépite à plusieurs égards. Le premier, c'est son potentiel d’innovation pour le traitement d’une maladie majeure et aujourd’hui, sans alternative thérapeutique. L’autre élément est la capacité d’extension de ses programmes à d’autres pathologies tout aussi importantes", souligne à WanSquare Rafaèle Tordjman.

Ce projet s’inscrit dans le domaine de la neurologie, et plus précisément dans le traitement de certaines affections du système nerveux périphérique. Contrairement au système nerveux central qui se limite au cerveau et à la moelle épinière, le système nerveux périphérique s'étend à travers tout le corps, innervant les muscles, les organes et la peau.

 

Potentiel de "blockbuster"

 

"La première pathologie mentionnée est la Charcot-Marie-Tooth (CMT). Elle affecte à la fois les neurones et les muscles. Cette pathologie entraîne des faiblesses musculaires qui peuvent toucher plusieurs organes, notamment au niveau des membres. ", poursuit la fondatrice et présidente de Jeito Capital. " Le marché est immense et largement non adressé. Rien qu'aux États-Unis et en Europe, environ 200 000 patients sont concernés, ce qui représente un potentiel de chiffre d’affaires au-dessus du  milliard d’euros, typique d’un blockbuster", ajoute-t-elle.

Pour s'attaquer à ce marché, Augustine "s'appuie sur un mécanisme d'action au fort potentiel thérapeutique". L'entreprise cible spécifiquement une enzyme – c'est-à-dire une molécule qui aide à accélérer ou faciliter certaines réactions chimiques dans notre corps – appelée HDAC6, qui fait partie de la famille des HDAC (Histone Désacétylases). Et cette enzyme "présente un intérêt particulier pour des applications neurologiques, avec un mécanisme d'action que les laboratoires cherchent à maîtriser depuis des années ", indique la docteure. L'approche est prometteuse en ce sens qu'elle pourrait aider à réparer les nerfs endommagés sans causer les effets secondaires observés lors de recherches antérieures.

Les tests sur des souris atteintes de CMT ont montré des résultats encourageants : non seulement la progression de la maladie a été stoppée, mais certains symptômes se sont même améliorés. Si bien qu'Augustine prévoit le lancement imminent des premiers essais de phase 1 sur les patients humains.

"Ce projet révèle tout le potentiel de cette molécule et plus largement de toute cette famille de molécules. La CMT est le premier objectif mais le potentiel thérapeutique s'étend potentiellement à d'autres maladies neurodégénératives et neuromusculaires, voire à certaines pathologies cardio-métaboliques", précise Rafaèle Tordjman. Ces développements futurs viendraient ainsi renforcer un marché déjà prometteur, dans lequel Jeito a pris position en investissant dans NMD Pharma, société danoise, dès 2022, dans laquelle elle a réinvesti en 2023.

 

Un fort intérêt des grandes pharmas

 

"NMD Pharma et Augustine sont très complémentaires, NMD Pharma se concentre sur la jonction neuromusculaire, tandis qu'Augustine adopte une approche visant à traiter directement le neurone pour ralentir, voire stopper, la progression de la maladie. Il n’existe aucun traitement disponible sur le marché et les projets de développement en cours restent également extrêmement limités.", explique l’investisseuse à la tête du plus grand fonds européen indépendant en sciences de la vie.

Et les quelques rares laboratoires qui travaillent sur le sujet attisent l'intérêt des big pharma. C'est ainsi que Novartis avait racheté en 2023 DTx Pharma au stade préclinique pour un montant total pouvant atteindre 1 milliard de dollars. Tandis que le rachat en janvier 2025 par Johnson & Johnson d'Intra-Cellular Therapies, une biotech spécialisée dans le développement de traitements pour les troubles psychiatriques et neurologiques, pour 14,6 milliards de dollars – la plus importante acquisition de J&J depuis deux ans – est venu confirmer leur grand intérêt pour la neurologie au sens large. Ce n’est donc pas un hasard si Novo Nordisk, tout comme Eli Lilly, participent à ce tour de table d’Augustine Therapeutics.

Par ailleurs, la collaboration entre Augustine Therapeutics et la Charcot-Marie-Tooth Research Foundation (CMTRF), qui figure également parmi les investisseurs de la société, renforce encore la crédibilité de l'entreprise. "Dans le domaine des maladies rares comme la CMT, établir des relations solides avec des associations de patients est essentiel. Ces partenariats permettent non seulement de financer les recherches, mais aussi d'accélérer les étapes critiques vers des essais cliniques", indique Rafaèle Tordjman.

 

Vous souhaitez réagir à cet article ou apporter une précision ?
Commentez cet article