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Jeito Capital / Rafaèle Tordjman
Jeito Capital mise sur l’enjeu de la fertilité avec ReproNovo / Un tour de table de 65 millions de dollars soutenu également par AXA
Les investissements s’enchaînent pour Jeito Capital, fonds de private equity indépendant reconnu pour son positionnement dans la santé et la biopharma. Quelques jours après avoir conduit un important tour de table dans les maladies neuro-métaboliques, il dirige à présent le financement de série A de 65 millions de dollars (57 millions d’euros) de ReproNovo, société spécialisée dans le développement de traitements innovants pour la médecine de la reproduction et la santé des femmes.
Un tour de table auquel a notamment participé AXA IM Alts, la division des investissements alternatifs d’AXA Investment Managers, à hauteur de 15 millions de dollars, dans le cadre de sa stratégie Global Healthcare Private Equity.
"La thèse d’investissement repose sur la combinaison d’un besoin médical majeur – l’infertilité, qu’elle soit féminine ou masculine, en forte augmentation ces dernières années – et d’un impact sociétal considérable à l’échelle mondiale", explique à WanSquare Rafaèle Tordjman, la présidente et fondatrice de Jeito Capital. "Nous avons été convaincus par la qualité des molécules en phase 2, donc à un stade de développement déjà avancé, ainsi que par l’expérience de l’équipe conduite par Jean-Marie Duvall [la CEO de ReproNovo]. Le Chief Medical Officer est également une figure reconnue dans cette spécialité très pointue, où l’on compte bien moins d’experts qu’en oncologie, par exemple."
Une double expertise clé
Ce Chief Medical Officer est Joan-Carles Arce. Médecin et docteur en sciences, il connaît parfaitement les enjeux du développement pharmaceutique, qu’il a contribué à faire progresser pendant plus de trente ans dans des domaines aussi sensibles que la médecine de la reproduction ou la santé maternelle. Passé par Novo Nordisk et Ferring Pharmaceuticals, il a supervisé des essais cliniques à l’échelle mondiale et participé à la mise sur le marché de plusieurs traitements dans le domaine de la fertilité.
Une spécialisation qui fait écho à celle de Ksenija Pavletic, Partner et directrice commerciale de Jeito Capital, appelée à siéger au conseil d’administration de ReproNovo, qui connaît aussi parfaitement bien ce secteur. Avant de rejoindre l’équipe fondatrice de Jeito, elle avait déjà collaboré avec Rafaèle Tordjman chez Sofinnova Partners. Elle a notamment exercé de longues années chez Serono – avant son rachat par Merck KGaA – où elle a œuvré sur les volets développement et commercialisation. On la retrouve ensuite chez PregLem, start-up suisse de la santé féminine, financée par Sofinnova et rachetée en 2010 par le laboratoire hongrois Richter.
"Cette double expertise, à la fois pointue et rare, a été déterminante dans notre stratégie", souligne Rafaèle Tordjman. "Elle nous a permis de constituer une équipe solide autour de projets bien identifiés. Nous avons d’abord investi dans un premier actif, puis dans un second, dans une logique de build-up qui nous est chère : élargir le champ thérapeutique pour adresser un plus grand nombre de patients, tout en accélérant le calendrier de mise sur le marché. Cette combinaison d’élargissement du potentiel clinique et d’exécution rapide permet in fine de maximiser la valeur des produits et la valorisation de l'entreprise".
Des molécules solides issues des standards pharmaceutiques
Un autre argument fort en faveur de ce nouvel investissement du fonds Jeito tient à la qualité des molécules issues de l’industrie pharmaceutique, poursuit la docteure. "Ces molécules ont généralement été développées selon les standards exigeants de la pharma, ce qui garantit une rigueur importante dès les premières étapes cliniques. Il arrive que certains laboratoires cèdent ces composés sous licence ou les revendent lorsqu’ils réorientent leur stratégie. Ici, nous disposons de deux molécules, issues à la fois de la pharma et de la biotech, qui bénéficient déjà de résultats probants et d’une base scientifique très solide."
ReproNovo développe deux traitements oraux. Le premier, RPN-001, vise certains cas d’infertilité masculine liés à un déficit en testostérone. Le second, RPN-002, cible l’adénomyose, une maladie gynécologique encore mal prise en charge, responsable de règles très abondantes et de douleurs intenses.
RPN-001 a été développé initialement par Novartis, qui a ensuite cédé la licence à la biotech britannique Mereo BioPharma. Celle-ci a mené deux essais en phase 2b. Plus récemment, ReproNovo a obtenu auprès de Mereo les droits exclusifs mondiaux pour développer et commercialiser la molécule. Quant à RPN-002, il vient de la société suisse ObsEva, qui détenait les droits mondiaux avant sa liquidation récente, entraînant la vente rapide de ses actifs.
Les marchés adressés sont vastes, car les troubles de la fertilité sont devenus un enjeu mondial. "L’Afrique fait un peu exception, mais même l’Inde connaît désormais un déclin de sa natalité malgré une population toujours très importante. Ce qui est frappant, c’est l’ampleur de la situation en Chine, qui représente à elle seule autant de cycles de procréation médicalement assistée chaque année que le reste du monde réuni, témoignant de l’ampleur des enjeux liés à la natalité — et aussi à l’infertilité", précise Rafaèle Tordjman.
Fertilité et croissance : un double défi
Le sujet revêt aussi une dimension majeure de santé publique. "On observe, par exemple, une chute drastique du nombre de spermatozoïdes, diminué de 50 à 60 % en quarante ans. C’est considérable."
La stratégie de Jeito s’inscrit pleinement dans ce contexte, avec ces deux molécules en développement : "la première vise à améliorer la fertilité masculine, en augmentant les chances de succès des traitements, y compris la FIV, sans s’y limiter. La seconde cible une pathologie encore peu connue du grand public, l’adénomyose, qui touche pourtant une femme sur quatre. Cette forme particulière d’endométriose se caractérise par une prolifération anormale du tissu endométrial, provoquant douleurs, saignements abondants et difficultés à mener une grossesse."
Deux axes complémentaires qui ouvrent des perspectives sur un marché mondial très étendu, alors qu’une personne sur six est aujourd’hui concernée par des troubles de la fertilité, selon l’OMS.
Un enjeu sanitaire, mais aussi économique, qui suscite un intérêt politique croissant. L’OCDE, la Banque mondiale ou encore Eurostat alertent désormais sur les conséquences du déclin démographique en Europe, en partie lié à la baisse de la fertilité, comme facteur de ralentissement de la croissance.
En 2023, une étude de Morgan Stanley estimait que l’adoption massive des traitements contre l’obésité pourrait générer un gain économique équivalant à 0,7 % à 1 % du PIB américain, en réduisant les dépenses de santé et en améliorant la productivité. "De la même manière, améliorer la fertilité pourrait avoir un impact économique significatif", souligne Rafaèle Tordjman.
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