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Casino / Philippe Palazzi
Casino amorce son redressement / Premiers progrès tangibles, mais le groupe reste sur la corde raide
L’éclaircie est la première depuis longtemps pour Casino. Depuis l’enclenchement de sa restructuration financière au printemps 2023, précédée de mois de tension avec ses créanciers, le groupe n’avait plus connu la croissance. C’est dire l’événement que constitue l’annonce mercredi d’une progression de 2,4 % du chiffre d’affaires à données comparables au deuxième trimestre 2025, et de 0,5 % sur l’ensemble du premier semestre.
"Porté par un environnement de marché plus favorable au deuxième trimestre et les premiers résultats du plan Renouveau 2028, le groupe renoue avec la croissance pour la première fois depuis sa restructuration financière", souligne ainsi Casino, dans une formule qui reflète bien la réalité de ce deuxième trimestre. Une inflexion d’autant plus notable qu’elle concerne le périmètre du "Nouveau Casino", recentré depuis 2023-2024 sur le seul marché français et sur des formats de distribution de proximité.
Des signes de reprise
Fini les hypermarchés et supermarchés déficitaires, vendus ou fermés. Le groupe se structure désormais autour de trois piliers : les magasins de proximité alimentaire unifiés sous la marque " Casino " (ex-Petit Casino, Spar, Vival…), les enseignes urbaines premium (Monoprix, Franprix, Naturalia), et un réseau largement franchisé – plus de 80 % du parc étant désormais en location-gérance ou sous franchise.
Cette recomposition stratégique s’est accompagnée du lancement, en novembre dernier, du plan " Renouveau 2028 ". L’ambition : faire de Casino " le meilleur des marques de proximité ", en s’appuyant sur un maillage dense dans les zones urbaines, une offre modernisée et l’intégration de nouveaux services de la vie quotidienne (restauration, livraison, retrait d’espèces, consigne à bagages…).
Et cela semble déjà porter ses premiers fruits. Les enseignes Monoprix, Franprix, Naturalia et Casino ont vu leur chiffre d’affaires progresser de 2,7 % en données comparables au deuxième trimestre, soutenues par un environnement de marché plus porteur et les premiers effets du plan stratégique. Le chiffre d’affaires grossiste – c’est-à-dire les ventes aux franchisés – représente désormais 31,3 % de l’activité, contre 30,3 % en moyenne en 2024. La progression globale de 2,4 % sur le trimestre résulte ainsi principalement de ces formats, le léger différentiel s’expliquant par la stabilité de l’activité de Cdiscount, dont le chiffre d’affaires s’élève à 226 millions d’euros.
Premiers résultats pour "La Cantine"
La progression du chiffre d’affaires s’accompagne également des premiers effets visibles du plan d’assainissement et de réduction des coûts engagé depuis la restructuration. Rationalisation du parc de magasins, massification des achats, mutualisation des ressources : autant de leviers qui ont commencé à produire leurs effets.
Dans ce contexte, Casino parvient à améliorer ses marges. L’EBITDA ajusté s’établit à 286 millions d’euros sur le semestre, en hausse de 12,2 %, avec une marge de 7 %, soit un gain de 93 points de base.
L’assainissement du parc s’est notamment traduit chez Monoprix par la fermeture de dix magasins et l’ouverture de sept nouveaux points de vente au deuxième trimestre. La chaîne a par ailleurs lancé début avril son nouveau concept de restauration "La Cantine", avec trois magasins pilotes (Paris Beaugrenelle, Neuilly-sur-Seine, Colombes). Les premiers résultats sont jugés encourageants, avec un impact positif observé sur la fréquentation et les ventes globales. Une dizaine de magasins devraient être convertis d’ici fin 2025.
La Bourse salue les progrès
"Les résultats opérationnels et financiers du deuxième trimestre 2025 sont encourageants. Nous poursuivons la transformation du groupe grâce au succès de nos nouveaux concepts, au déploiement de nouvelles offres de restauration à emporter et à la poursuite de l’assainissement de notre parc", a commenté Philippe Palazzi, directeur général de Casino, aux commandes depuis mars 2024.
La Bourse a salué ces signaux positifs : l’action Casino Guichard gagnait 35,6 % mercredi matin, à 0,57 euro – un plus haut depuis deux mois. Un accueil bien plus favorable que lors de la présentation du plan stratégique en novembre, qui avait laissé les investisseurs sceptiques.
Mais le chemin reste étroit. Le redressement opérationnel ne garantit pas à lui seul le retour à l’équilibre financier. La restructuration menée l’an dernier s’était accompagnée d’une augmentation de capital de 1,2 milliard d’euros, majoritairement apportée par le consortium formé autour de Daniel Kretinsky, Marc Ladreit de Lacharrière et du fonds Attestor. Environ 900 millions d’euros ont été injectés en numéraire par ces trois acteurs, le reste venant de conversions de dette en capital.
La consommation de cash, principal point de vigilance
Or, malgré l’objectif affiché d’un cash-flow libre à l’équilibre en 2026, la consommation de trésorerie reste sous surveillance. Au premier semestre 2025, le cash-flow libre avant frais financiers s’établit à -48 millions d’euros, contre -413 millions un an plus tôt. Une amélioration de 366 millions d’euros qui intègre cependant un élément exceptionnel : un paiement de 153 millions d’euros en 2024 lié à des dettes fiscales et sociales. Une fois retraitée, la progression s’élève à 213 millions, souligne Oddo BHF.
La situation de bilan reste fragile. La dette financière nette atteint 1,41 milliard d’euros à fin juin, contre 1,2 milliard fin 2024. Le levier d’endettement (dette nette sur EBITDA ajusté) ressort à 9,75x, contre 11,73x en décembre. Mais il devra impérativement retomber sous les 8,34x au 30 septembre, pour respecter le prochain test de covenant bancaire.
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