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Schneider Electric parie sur la convergence entre énergie, automatisation et IA / Une vision qui structure l’ensemble de la feuille de route 2030

En présentant sa feuille de route 2030, Schneider Electric assume l’entrée dans une ère d’“intelligence énergétique”. Le groupe veut capitaliser sur dix années de transformation digitale pour accélérer dans les logiciels, l’IA, les services et une organisation industrielle profondément régionalisée.

11/12/2025 - 18:00
Olivier Blum, directeur général de Schneider Electric, lors du Capital Markets Day du 11 décembre 2025 à Woking.
Olivier Blum, directeur général de Schneider Electric, lors du Capital Markets Day du 11 décembre 2025 à Woking.

"Si je devais retenir une chose qui définit Schneider Electric, c’est notre façon de remettre en cause le statu quo et d’être toujours prêts pour le cycle suivant." En présentant jeudi la nouvelle feuille de route stratégique du groupe à l’occasion de son Capital Markets Day organisé au Technology Center de McLaren, à Woking, Olivier Blum a esquissé un Schneider Electric qui change d’échelle sans changer de cap. Pour le directeur général, nommé il y a un an, l’enjeu n’est pas de réorienter la trajectoire, mais de la projeter dans un environnement où l’électrification, l’automatisation et l’intelligence artificielle deviennent des moteurs convergents.

Douze mois après son précédent rendez-vous avec les investisseurs en Inde, Schneider Electric se retrouvait de nouveau face à eux avec un exposé ouvrant une séquence supplémentaire, dans la continuité du cycle engagé. Le groupe aligne désormais des objectifs à horizon 2030, qui reposent sur une croissance organique de 7 à 10 %, une progression cumulée de 250 points de base de la marge d’EBITA ajusté et une ambition de ROCE relevée entre 15 et 20 %. Sur le plan industriel, Schneider promet d’accélérer l’expansion des revenus digitaux, qui doivent représenter plus de 70 % du total d’ici la fin de la décennie, avec un quart des revenus issus des logiciels et services. Le mouvement de régionalisation, déjà amorcé, doit également franchir un cap afin de soutenir la montée en puissance des capacités locales.

 

De l’électrification à l’intelligence énergétique

 

"Il y a plus de dix ans, nous avons fait le pari que ce siècle serait celui de l’électrification et de la digitalisation pour rendre l’énergie plus efficace et plus durable. Aujourd’hui, ce n’est plus une vision ni un rêve : c’est la réalité dans laquelle nous opérons." Pour Olivier Blum, la transformation engagée au cours de la décennie passée a préparé le terrain à ce qu’il présente désormais comme une nouvelle phase, fondée sur l’“intelligence de l’énergie et de l’industrie”. Le groupe y voit une opportunité d’intégrer plus étroitement capteurs, automatisation, jumeaux numériques et agents d’IA dans l’architecture de ses solutions, de la gestion d’énergie aux automatismes industriels.

"Nous achevons ce cycle avec déjà 60 % de notre portefeuille qui est digital, et nous avons ajouté un pilier complet de services et de couches numériques au-delà du produit pur. Cette évolution de notre modèle d’affaires rend Schneider Electric beaucoup plus résilient." Cette résilience, le dirigeant l’attribue aussi à la diversification géographique et sectorielle du groupe, renforcée ces dernières années. "Nous avons construit une exposition très équilibrée, à la fois géographiquement et par marchés finaux, et un écosystème unique de partenaires partout dans le monde. C’est ce qui nous permet de traverser les cycles avec davantage de résilience et d’être au plus près de chaque marché."

 

Services, logiciels, IA : la nouvelle ossature du modèle

 

Le cycle qui s’ouvre désormais s’articule autour de l’ambition de devenir le partenaire technologique de référence dans la gestion de l’énergie. "Nous sommes convaincus que la seule façon d’emmener l’énergie au niveau supérieur, c’est la technologie. C’est pour cela que nous voulons être votre “energy technology partner”, le partenaire technologique de nos clients pour accroître leur efficacité et leur durabilité." Le groupe entend offrir une continuité complète entre conception, exploitation et maintenance, renforcée par l’intégration croissante de l’IA dans ses solutions. "Notre ambition est d’accompagner nos clients sur tout le cycle de vie, depuis la conception jusqu’à l’exploitation et la maintenance, avec des dispositifs intelligents qui mesurent, réfléchissent et agissent. Ce qui nous rend uniques, c’est la combinaison de la puissance, de l’IT et de l’automatisation dans une même architecture."

La montée en puissance des services occupe une place particulière dans cette feuille de route. Après avoir développé un réseau étendu de services de terrain, le groupe veut passer à l’échelle supérieure. "Après avoir développé massivement nos services de terrain, nous passons au niveau supérieur avec des services digitaux et des activités de conseil. Notre objectif est que, partout où un client interagit avec Schneider Electric, il bénéficie d’une expérience unifiée et différenciante." Ce glissement vers des modèles davantage récurrents nourrit ce que le groupe désigne comme son Digital Flywheel, un levier destiné à faire des revenus digitaux l’ossature de son modèle économique.

 

La régionalisation comme levier d’agilité

 

Dernier pilier de ce repositionnement, la régionalisation doit modifier en profondeur l’organisation industrielle. "Nous voulons aller au bout de la régionalisation : dans chaque grande région, 90 % de ce que nous vendons doit être conçu et fabriqué localement. En rapprochant la R & D et la supply chain des marchés, nous créons un modèle beaucoup plus agile, plus rapide, qui donne aussi davantage de pouvoir à nos équipes." L’objectif est d’adapter plus finement le portefeuille aux spécificités locales tout en assurant une meilleure maîtrise des coûts et des flux dans un contexte géopolitique instable.

À la Bourse de Paris, le message semblait entendu. L’action Schneider Electric gagnait jeudi 3 % à 249,5 euros, portée par des objectifs jugés solides par plusieurs analystes. "Les nouveaux objectifs 2026 – 2030 annoncés constituent un signal clairement positif", observe UBS, mettant en avant la reconduction la prévision d’une croissance organique de 7 à 10 % désormais étendue jusqu’en 2030, le lancement d’un programme de rachats d’actions de 2,5 à 3,5 milliards d’euros et une progression attendue de plus de 250 points de base de la marge d’EBITA ajusté. La banque souligne aussi le relèvement de l’ambition de ROCE entre 15 et 20 % ainsi que l’annonce d’un programme de cessions de 1 à 1,5 milliard d’euros de chiffre d’affaires.

"La trajectoire de marge sera déterminante", prévient néanmoins la banque suisse, qui relève l’absence d’un programme de réduction de coûts, là où elle anticipait 300 à 500 millions d’euros pour soutenir l’expansion de la rentabilité.

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