Chroniques / Jean-Baptiste Noé
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Jean-Baptiste Noé
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JO de Milan : le sport, levier politique
par Jean-Baptiste Noé
Pour les Jeux olympiques de Milan-Cortina, l’Italie veut témoigner de sa réussite. Si l’organisation des Jeux relève du sportif, leur image et leur rayonnement sont le levier du politique.
JO de Milan : le sport comme levier politique
Pour les Jeux olympiques de Milan-Cortina, l’Italie veut témoigner de sa réussite. Si l’organisation des Jeux relève du sportif, leur image et leur rayonnement sont le levier du politique.
Une Olympiade chasse l’autre. Après Paris 2024, voici Milan 2026, pour la version d’hiver des Jeux olympiques. L’Italie a voulu montrer sa spécificité par une organisation spéciale de cet événement. Si la cérémonie d’ouverture se tient à Milan, celle de clôture aura lieu à Vérone. Quant aux sites de compétition, ils sont éparpillés dans les Alpes italiennes, engendrant des déplacements complexes dans un milieu montagnard où les routes sont toujours tortueuses. Par cette organisation géographique, Milan 2026 a voulu délivrer un message, celui de la sobriété et du recyclage.
Fini les grands sites olympiques créés pour l’occasion, dont les images de délabrement quelques décennies plus tard laissent un triste goût. Cette fois, il s’agit d’insister sur le réemploi des bâtiments et l’usage de sites déjà présents auparavant. Une sobriété qui sied bien à un pays surendetté et dont l’économie demeure fragile. Dans l’organisation des Jeux, c’est donc aussi un message politique qui est délivré et nul doute que Giorgia Meloni voudra profiter du succès de l’organisation, comme le font à chaque fois les gouvernements.
Milan, capitale des Jeux, capitale de l’Europe
Milan est capitale des Jeux comme elle est aujourd’hui l’une des villes fortes de l’Europe.
Cela n’est pas sans rappeler les Jeux de Londres en 2012. À l’époque, Boris Johnson était le maire de la ville et l’Angleterre brillait au rythme de la finance. La City attirait les meilleurs profils, venus d’Europe et d’ailleurs, offrait des emplois qualifiés et les promesses d’une vie mondialisée. Londres, capitale des Jeux, affirmait la puissance de Londres capitale politique et économique.
C’est dans ce parallèle-là que Milan s’inscrit. Certes, la ville n’est que la capitale de la Lombardie et la deuxième ville d’Italie en termes de population. Mais son aire urbaine est plus importante que Rome et son poids financier beaucoup plus lourd. À défaut d’être une capitale politique, Milan veut s’affirmer comme une capitale économique. Grâce aux mesures d’attractivité fiscale mises en place par le gouvernement Meloni, Milan attire de plus en plus en Europe. De jeunes cadres, des ingénieurs, des professions libérales, attirés par des promesses d’emploi, le dynamisme d’une ville financière, la douceur de vivre italienne.
Milan s’est imposé, depuis le début des années 2020, comme une ville qui compte en Europe. Il y avait eu Barcelone, il y a désormais Madrid en Espagne et Milan en Italie, qui veut tenir le rythme dans la concurrence des villes européennes. Les JO sont donc pour la capitale lombarde l’occasion de s’offrir un moment de communication mondiale et de rappeler que l’Italie ne se limite pas à Rome et aux quelques cités historiques.
Les rêves lombards
Si Milan a donné son nom à ces Jeux, c’est en partenariat avec la ville de Cortina d’Ampezzo, où s’étaient tenus les Jeux de 1956. Un retour aux sources qui rappelle que la plupart des épreuves se déroulent en Vénétie et dans le Trentin-Haut-Adige. L’Italie du Nord, alpestre et industrieuse, va se montrer, face à l’Italie du Sud, méditerranéenne. Une Italie du Nord qui a été très durement touchée par la crise du Covid. Ce sont dans ces régions que les morts furent les plus nombreuses et que l’économie souffrit le plus de l’arrêt de la production et des échanges mondiaux.
Une crise qui a marqué l’imaginaire italien en révélant les failles d’un système de santé obsolète et d’une économie très dépendante de la main-d’œuvre étrangère. C’est aussi cette période noire que les Jeux doivent essayer de laver, en remettant la Lombardie et les régions septentrionales en haut de l’affiche. Avec les Jeux, Milan veut montrer à tous qu’elle est aussi la grande capitale du luxe et de la finance. Si Rome est imbattable pour l’attractivité historique, Milan veut être incontournable pour l’attractivité économique et industrielle de demain.
À défaut d’être la capitale de l’Italie, Milan espère être l’une des capitales de l’Europe. Objectif en partie atteint par son dynamisme et son attractivité. C’est cette lancée et ce positionnement que Milan espère conforter avec ces Jeux, pour décrocher une médaille d’or européenne.
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